La photo vue par Philip Plisson

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Publié le 26/11/2008

J’ai le plaisir de vous présenté cette semaine une interview du célèbre photographe Philip Plisson. Photographe depuis de nombreuses années, Philip Plisson sillonne la côte à bord d’hélicoptère pour nous faire partager des moments uniques. Passionné par la photo mais aussi par la mer déchaînée et les grands espaces, Philip Plisson est un acteur célèbre de la photographie française…Bonjour Philip, pouvez-vous nous expliquer quand et comment vous avez débuté en photographie ?philip plissonBonjour Maxime. La photographie, c’est quelque chose que l’on commence sans s’en rendre compte, pour son plaisir, pour partager, mais aussi pour faire plaisir. Dans mon cas, cela remonte à l’âge de 9-10 ans, lorsque ma grand mère m’a offert mon premier appareil photo, et que j’ai découvert, d’une part que ce que je voyais je pouvais le mettre sur du papier, et d’autre part, que je pouvais faire plaisir en offrant mes photos.Pourquoi avoir orienté votre travail vers l’océan et tout ce qui touche de près ou de loin les bateaux ?Par manque de mer. Je fais partie de ces enfants qui ont été élevés au cœur de la France, sur les bords de la Loire, en Sologne. C’est une région où il y a beaucoup d’étangs, et toute l’année, j’avais quand même la chance de pouvoir faire du dériveur sur ces étangs, mais la mer me manquait terriblement ! Je faisais partie de ces enfants qui pleuraient fin août lorsqu’il fallait rentrer, en sachant qu’ils ne reverraient pas la mer avant 1 an. Je crois que c’est ce manque de mer qui au départ m’a donné envie d’en savoir plus, de lire, de regarder, de me cultiver autour de la mer.bateauComment êtes-vous devenu photographe professionnel et pouvez-vous vivre dorénavant de votre passion ?Je n’aime pas du tout le mot « professionnel ». Nous sommes tous des amateurs dans le sens étymologique du mot. C’est-à-dire qu’on fait ce métier, qu’on vit de la photographie parce qu’on l’aime. Je crois qu’il n’y a rien de plus affreux comme mot que le mot "professionnel". Qu’on en fasse le dimanche, ou qu’on en fasse pour en vivre, le dénominateur commun c’est l’amour de la photo. Aujourd’hui, je fais partie des très rares photographes qui vivent de la photographie, et je crois que je fais mieux que ça étant donné qu’aujourd’hui je vais vivre autour de moi 40 personnes avec mes photos.Quel matériel photos utilisez-vous et comment l’avez-vous choisi ?pecheurJ’utilise depuis 25 ans la même marque : Canon, mais ce pas moi qui l’ai choisie ! C’est eux qui m’ont choisi. Car j’ai eu la chance en 1984, d’être appelé par le Directeur Général de Canon à l’époque, qui m’a proposé un challenge. Je travaillais avec une autre marque. Il m’a prêté dans un premier temps tout un parc matériel et m’a dit, « on se revoit dans 3 mois, et vous me dites ce que vous en pensez». J’ai travaillé pendant un moment avec les 2 marques, puis, au bout de 3 mois,  j’ai fait mon choix et Canon m’a offert tout le matériel pour redémarrer avec eux. Depuis je n’ai jamais quitté cette marque et j’en suis très très très heureux !Utilisez-vous des objectifs bien précis en fonction des prises de vue et qu’elle est votre « arme » favorite ?Comme tous les photographes, nous avons un panel d’optiques à notre disposition, en fonction du type de prises de vues que nous réalisons. Chacun choisi dans toutes ces focales ce dont il a besoin. Évidemment chacun a ses petites faiblesses... Pour moi, c’est aujourd’hui et depuis longtemps le 70.200 de chez Canon, qui est un zoom magique. Mais si je devais partir autour du monde avec une optique, j’embarquerais mon 50 mm 1.2.photo de la merQuels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez-vous lors de vos reportages ?Comme tous les gens d’images, je travaille avec Mac, et les applications Mac, avec des développeurs comme Adobe, DXO. Je pense que nous avons tous aujourd’hui les mêmes outils.Peut-on devenir rapidement un photographe publicitaire, sans grande connaissance ?photo de bateauJe ne pense pas qu’on puisse devenir un photographe publicitaire, ni un photographe tout court très rapidement ! Il faut travailler, faire des images, connaître des échecs, exercer son œil... Mais il faut surtout avoir la culture de son sujet ! Donc les choses ne se font pas comme ça ! Je ne connais pas de gens qui ont réussi dans la photographie sans travailler, sans désillusion sans périodes financières difficiles. Tous ceux que l’on remarque aujourd’hui dans la photographie sont passés par là !Qu’est ce qui est le plus difficile : trouver les bons réglages ou attendre la photo inédite ?Sur le matériel photo du 21 siècle, les réglages n’existent plus. Aujourd’hui n’importe quel enfant est capable avec le matériel moderne de faire une image nette, extrêmement bien posée. Il n’y a plus de technique. Selon moi, la photographie c’est et ça restera un œil. Aujourd’hui c’est l’art d’être où il faut, comme il faut qui fait une photographie. C’est aussi l’art d’apprendre à écrire avec la lumière. Ce ne sont pas les appareils photos qui écrivent, c’est l’auteur !Quels sont vos conditions de travail et vos terrains de photographie préférés, ceux qui vous inspirent ?Depuis 30 ans, c’est le trait de côte, c’est la mer, les hommes qui vivent de la mer, c’est les côtes sollicitées... J’adore les jours de tempête en mer comme en hélicoptère les jours de tempête ! J’ai vraiment le sentiment d’être un privilégié de voir des choses que peu de gens peuvent voir ; d’aller au cœur de la tempête, au cœur des vagues ou des déferlantes, ou d’aller à côté des phares qui sont sollicités ou à côté des bateaux qui eux aussi souffrent quand la mer est très forte ! C’est un énorme privilège !voilierAvez-vous des sujets de prédilection ou la photo exceptionnelle est le but avant tout ?phareLorsqu’on a rendez-vous avec la nature, lorsqu’on se fixe un travail, c’est d’abord pour faire des photos exceptionnelles, des photos dont on va être fier ! On ne part pas en prise de vues pour faire des photos médiocres ni même moyennes... On est là pour faire quelque chose que l’on considère systématiquement comme exceptionnel ! Car une photo, qu’est ce que c’est ? C’est la concrétisation de nos rêves. On rêve de photographies. Un vrai photographe, un bon photographe, c’est quelqu’un qui s’endort avec des rêves d’images, et qui se réveille avec des rêves d’images. Et on ne rêve pas d’images médiocres ! On est là pour donner le maximum, et le meilleur de soi.Que souhaitez-vous apporter ou quelles émotions souhaitez-vous faire transparaître ?J’ai simplement envie que les gens s’intéressent au monde de la mer, regardent peut être la mer autrement, aient envie d’en savoir plus. À partir du moment où ils s’intéressent à la mer, eux et leurs enfants la respecteront mieux ! Ce n’est qu’une prise de conscience. Je ne suis pas là pour donner des leçons d’écologie. Je pense qu’à partir du moment où je fais aimer le sujet, j’ai beaucoup plus de chances que les gens le respectent.mer déchainéeAvez-vous déjà rencontré des problèmes ou avez-vous été confronté à des situations atypiques ?Quand on travaille dans un milieu naturel, avec et sur la mer, il y a des moments de frayeurs, des poussées d’adrénaline comme dans tous les métiers. Il arrive aussi que la nature ne crée pas le spectacle qu’on attendait. Il faut donc faire avec. Pour les situations atypiques, il arrive que vous passiez par-dessus bord sur un bateau en pleine prise de vue, ou d’un quai. Et le pire qu’il me soit arrivé c’est de me crasher en hélicoptère en mer ! Ce sont des moments que vous n’avez pas envie de revivre...Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?vieux gréementQuand on fait avec passion une activité comme celle que je fais aujourd’hui, il n’y a pas de vision à long terme ! La retraite n’existe pas, on ne peut pas s’imaginer un jour d’arrêter. Je n’imagine rien de spécial sinon que la nature me donne la santé le plus longtemps possible pour faire toutes les images dont je rêve tous les jours. Et la plus belle sera celle que je ferai demain...Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, etc. ?Tous les 15 jours, voire toutes les semaines, j’ai la chance de changer d’activité. Je vais photographier le Charles de Gaulle juste avant qu’il ne soit remis en eau, j’embarque ensuite sur le plus grand des portes containeurs français qui fait 9600 boîtes. Je vais aussi travailler sur les îles éoliennes pour un reportage l’environnement maritime des volcans, puis je repars un mois en Egypte pour préparer un ouvrage sur l’Egypte vue du Ciel (un très beau sujet qu’on m’a offert, en collaboration avec les aéronefs de l’armée Egyptienne). Enfin, je repartirai en décembre, après le salon nautique pour les malouines, l’Antarctique et la Georgie du Sud pour revenir début janvier...phare en merPour finir, avez-vous une remarque à faire aux lecteurs de Photovore.fr ?Comme vous avez pu le comprendre, je ne suis pas un grand fan du matériel. J’ai toujours pensé que trop de technique tue la photo, même si grâce au Canon EOS1 Mark III je suis redevenu Auteur Compositeur Interprète de mes images ! Une expression populaire dit qu’une image vaut 1000 mots. Aussi permettez-moi un petit reproche : je trouve qu’il y a trop de bavardage autour des images. Je préfère les portfolios sans commentaire. On a l’impression qu’un certain nombre d’auteurs se sentent obligés d’expliquer leurs photos, conscients que le coefficient émotionnel de l’image n’est pas au rendez-vous...Merci Philip pour avoir répondu à nos questions, c’est avec grand plaisir que nous retournerons régulièrement voir vos galeries et expositions.Voir le site de Philip Plisson.




Avatar de ait elhadj
31 janv. 2009 à 14h04
très belle photo et beau billet... bravo .. ah la mer
1  + -
Avatar de Annick Salaün
21 sept. 2010 à 10h13
Passionnée des photos de Mr. Plisson, je suis trés peinée de ce qui lui arrive. Moi-même photographe TRES amateur, je pleure lorsque mon ordi bug et que je perds quelques malheureuses photos alors tant de belles oeuvres parties en fumée c'est un triste moment pour notre patrimoine maritime.
Bonne chance, pourvu que vous en récupériez le plus possible, et merci de continuer à nous faire rêver Messieurs Plisson Père & Fils.
Une bretonne chez les basques, qui rêve d'enfin connaître son pays par jour de tempête!
Kenavo et bon courage!
PS la photo du Phare ci-dessous avec son gardien fermant la porte à point nommé trone dans mon salon depuis des années; elle fait "gamberger" tout le monde, mission accomplie!
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Avatar de Yoann Gueye
21 sept. 2010 à 22h51
Comme beaucoup je suis triste de ce qui arrive à Philip Plisson. Haibtué de la trinité, j'aime flaner dans sa galerie. Mes murs sont couverts de ses photos et mes étagères pleines de ses images.
Merci pour la joie de voir tous les jours la mer dans le terres.
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Avatar de BIION
22 janv. 2011 à 08h07
Comment ca triste? Il a violé sa nièce et les gens sont tristes pour lui??!!!
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Avatar de Christian RIBE
1 févr. 2014 à 10h23
il est toujours intéressant de lire Ph. Plisson ! sa gentillesse, son naturel, sa simplicité, l’authenticité de ses propos en font un merveilleux photographe;
Pour mémoire : comme l'a dit Didier Decoin , lors du vernissage de l'expo de La Seyne, la citation " une bonne image vaut 1000 mots" serait de Confucius.
j'ajouterai : une image de Ph. Plisson vaut 10 000 mots.
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Avatar de adonisfa
3 sept. 2016 à 15h31
C trop bien
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