12 mai 2009

La photographie animalière vue par Pierre Toscani

Je vous invite cette semaine à découvrir l’interview du photographe, Pierre Toscani. Passionné par la faune sauvage et la montagne, Pierre n’est pas qu’un photographe animalier, il est aussi un grand observateur. Comme il le dit si bien, s’il aurait pu peindre comme Robert Bateman ou Carl Brenders, il n’aurait probablement jamais touché un appareil photo ! Son téléobjectif est en faite son pinceau, qu’il utilise d’ailleurs avec talent… En montagne, la photographie animalière est un art qu’il faut savoir appréhender. En effet, les animaux sont très farouches et vous devez utiliser des techniques particulières et avoir une bonne expérience du terrain pour espérer photographier ceux-ci dans leurs environnements naturels. Découvrez une interview intéressante et très riche pour tous les amoureux de la photographie animalière.

Bonjour Pierre, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?
Bonjour Maxime. C’est ma passion pour la montagne et les animaux vivant dans ce milieu très particulier, qui m’a conduit à la photo… Mais plus qu’un photographe animalier, je suis un contemplateur, et il m’arrive régulièrement de ne partir en montagne qu’avec une paire de jumelles. Étant assez sensible à l’esthétique naturelle des choses, je me suis intéressé à la photographie dès l’âge de 18 ans. J’aurais d’ailleurs préféré avoir la liberté créatrice des peintres hyperréalistes qui peuvent faire, sur un seul tableau, la synthèse de plusieurs scènes observées. Mais lorsque je tiens un pinceau, j’ai l’impression d’avoir deux mains gauches ! Alors je me console avec mon appareil photographique… Je dois dire que les téléobjectifs exercent une certaine fascination sur moi !

photographie animalière

Pouvez-vous nous parler de votre région et de vos montagnes, votre espace photographique ?la vanoise
Je vis en montagne, au sud du massif de la Vanoise. Bien que les activités humaines aient profondément modifié la physionomie de la région (stations de sports d’hiver, routes, hydro-électricité, exploitation du bois…) y a encore de quoi rendre heureux bon nombre d’amoureux de Nature. Le Parc National de la Vanoise en particulier, avec ses 52 000 ha de zone protégée, ouvre un large éventail de possibilités photographiques (paysage, flore, faune, insectes…). Par la brutalité de son relief, la montagne a la particularité, comme le milieu sous-marin, d’offrir une troisième dimension au randonneur : celui-ci n’évolue plus uniquement sur un plan, il peut également prendre de l’altitude et, ce faisant, voir son environnement sous un autre angle. Les espèces rencontrées, animales ou végétales, varient non seulement en fonction de l’exposition du versant qui les abrite mais également selon l’altitude. Ainsi, à la belle saison, depuis les forêts de l’étage montagnard (environ 1000 m) jusqu’aux moraines et éboulis de l’étage alpin (environ 3000 m) la montagne est une véritable mine d’or pour le passionné qui sait prendre le temps d’observer.

Quel est votre statut de photographe, pur amateur ou véritable professionnel ?
Pour assurer un salaire, je suis photographe et infographiste dans le milieu scientifique et industriel. Comme photographe de la faune sauvage en montagne, je suis un simple amateur, au sens noble du terme : « celui qui aime ». La liberté que m’offre ce statut d’amateur me convient parfaitement.

La photographie animalière vue par Pierre ToscaniQuels pays avez-vous visités et surtout quel est celui le plus intéressant pour la photo ?
Jusqu’à présent, j’ai assez peu voyagé (environ un voyage tous les trois ans). Je privilégie les pays nordiques et montagneux : Spitzberg, Scandinavie, Ouest Canadien… Les Montagnes Rocheuses, depuis le sud des États Unis jusqu’au Yukon, sont assez gigantesques et très spectaculaires.
Pour un naturaliste, toutes les régions préservées du monde sont intéressantes, et je serais bien incapable de faire un classement par ordre d’intérêt.

Pourquoi avoir choisi de vous focaliser sur les animaux en montagne ?
Choisissons-nous réellement nos passions ? Mon père était chasseur et, dès mon plus jeune âge, je l’ai accompagné en montagne. Même en dehors des périodes de chasse, été comme hiver, nos sorties étaient principalement axées sur la recherche et l’observation des animaux. L’aspect sportif de ces randonnées me plaisait aussi énormément. Finalement, je n’ai fait que continuer sur cette lancée, en troquant simplement le fusil pour l’appareil photo. Connaissant les deux disciplines, je peux dire que la réalisation d’une belle image d’un animal sauvage vivant dans son milieu naturel est un défi bien plus exigeant et difficile à relever (donc plus intéressant) que sa simple destruction. La biologie des animaux vivant dans les milieux difficiles est un sujet particulièrement intéressant.

Quels matériels utilisez-vous et comptez-vous évoluer ?
Je suis fidèle à la marque Nikon depuis 1980. Un boîtier D300 et quatre objectifs (17-35, 105 macro, 300 et 500 mm) constituent mon équipement. La plupart du temps, je n’emporte que deux objectifs, choisis selon le sujet ou la configuration du terrain. L’AF-S VR Nikkor 300 mm f/2.8G IF-ED est mon téléobjectif à « tout faire », et de loin mon préféré. Je suis satisfait du matériel que j’utilise actuellement et n’envisage aucun changement à court et moyen terme.

La photographie animalière vue par Pierre Toscani

Jusqu’à quel point vous autorisez-vous à retoucher vos photos, si vous les retouchez ?
Je ne me considère pas comme quelqu’un de créatif ; j’essaie simplement d’être un témoin. J’aime montrer les choses telles que la Nature les a créées. De plus, ayant fait mes classes à l’époque où la diapositive était reine, j’ai gardé les anciens réflexes consistant à ne déclencher que lorsque l’image est telle qu’on la souhaite. Je traite mes photos le plus rapidement possible après la prise de vue et je passe le minimum de temps sur chacune d’elles. Comme amateur, je n’ai aucune contrainte de rentabilité : une photo non satisfaisante va à la corbeille, tout simplement. La souplesse offerte par le numérique incite parfois à parfaire le cadrage de certaines images, mais je ne descends qu’exceptionnellement en dessous de 3900 x 2400 pixels, ce qui autorise encore des tirages de qualité au format 40×60 cm.

Vers quel boîtier et objectifs je dois m’orienter pour me lancer dans la photo animalière ?La photographie animalière vue par Pierre Toscani
Pour un usage amateur, je crois qu’il faut relativiser l’importance du matériel (dans notre société moderne, on a souvent tendance à chercher dans les performances du matériel, la réponse aux difficultés rencontrées). En matière de photo animalière, le véritable gage de réussite est dans la connaissance des animaux, la connaissance du biotope dans lequel ils vivent et surtout du temps que l’on peut consacrer à cette activité. Même si les gros téléobjectifs s’avèrent irremplaçables pour traiter certains sujets dans certaines conditions, il ne faut surtout pas en conclure qu’ils sont indispensables pour faire de belles photos d’animaux. Je ne me considère pas comme une référence, mais simplement à titre d’exemple, la majorité de mes photos sont réalisées au 300 mm. Ainsi, un boîtier reflex premier prix (au format DX ou équivalent) et un téléobjectif 300 mm d’ouverture moyenne constituent actuellement une excellente base de départ, qui pourra d’ailleurs être conservée très longtemps. Après deux ou trois saisons de pratique régulière, le nouvel adepte sera parfaitement à même de savoir comment compléter ou faire évoluer son matériel, en fonction de ses sujets favoris, des difficultés qu’il aura rencontrées et de ses ambitions.

Quel regard avez-vous sur le matériel photo et quelles sont, selon vous, les plus belles évolutions de ces dernières années ?
J’ai débuté en 1976. À cette époque, les posemètres intégrés aux boîtiers achevaient à peine leur généralisation, les téléobjectifs abordables étaient de piètre qualité et peu lumineux, et la sensibilité des bons films couleur était ridiculement faible. Malgré cela, les bons photographes faisaient tout de même d’excellentes photos… Ces souvenirs me permettent aujourd’hui de relativiser les choses…
L’ampleur des progrès réalisés en un peu plus de trente ans est assez énorme ! Les posemètres « intelligents » et les automatismes associés, la sensibilité des capteurs de plus en plus élevée, le fait que l’on puisse visualiser et contrôler ses photos sans délai, la prise de vues en rafale de plus en plus rapide, la mise au point interne aux téléobjectifs, puis automatique, instantanée et silencieuse, leur luminosité, leur qualité optique, le fait qu’ils soient stabilisés… Il y aurait de quoi en remplir des pages (sur mon site, j’ai publié deux études sur les verres spéciaux et la mise au point qui, entre autres, donnent une idée des évolutions accomplies dans ces domaines). Un boîtier de moyenne gamme actuel est incomparablement plus performant que n’importe quel équipement de très haut de gamme proposé il y a vingt ans !
On peut voir l’avènement du numérique comme une évolution ; je fais partie de ceux qui y voient plutôt un tournant majeur dans l’histoire de la photographie. D’une part, il a rendu la photographie plus accessible (sur le plan financier comme sur le plan technique) et d’autre part, il a facilité la diffusion des images de tout un chacun dans des proportions inimaginables. Et tout ceci sans ne rien sacrifier à la qualité des images, bien au contraire !
Le potentiel d’évolution du matériel est encore important. Chaque nouvelle génération de capteurs apporte encore son lot d’améliorations. Les progrès dans le traitement des images brutes sont constants. Les lentilles asphériques commencent à se multiplier dans les nouveaux objectifs. L’optique diffractive n’a probablement pas dit son dernier mot, et les résines à particules inorganiques sont pleines de promesses… Les passionnés de techniques ont de beaux jours devant eux !

La photographie animalière vue par Pierre Toscani

Combien de photos avez-vous dans votre photothèque, et comment les stockez-vous ?
Mis à part une centaine de diapositives que je conserve précieusement, toutes les autres sont maintenant quelque part au grenier : j’ai définitivement tourné la page de la photo au sel d’argent… Après trois années de pratique de la photo numérique, je pense avoir environ cinq ou six cents fichiers photos dans ma photothèque.
Ces fichiers photos sont regroupés dans des dossiers annuels ; les recherches s’effectuent par mots-clés. Je sauvegarde sur trois disques durs différents (ce qui est très certainement excessif compte tenu du fait que mes images ne constituent pas un patrimoine culturel irremplaçable).

Quelles sont les cinq règles ou conseils que vous donneriez aux lecteurs de Photovore pour réussir une photo ?
La photographie animalière vue par Pierre ToscaniJe pense que vous ne faites pas là allusion aux critères de netteté, d’exposition, etc. que les lecteurs réguliers de Photovore.fr connaissent forcément… Il faut avoir une grande expérience pour prodiguer des conseils, et tout particulièrement dans un domaine où la subjectivité et le sens artistique de chacun sont prépondérants dans les jugements qui sont portés. Ayant moi-même encore beaucoup à apprendre, permettrez-moi d’être très prudent en la matière…
Peut-être faudrait-il tout d’abord définir ce qu’est une photo réussie. Par exemple, une photo techniquement parfaite (donc, à priori réussie) est-elle pour autant une belle photo ? J’ai, dans ma bibliothèque, des livres contenant quelques photos que je peux regarder sans me lasser ; dans ma modeste photothèque personnelle aussi ! Bien qu’elles ne soient pas toutes techniquement parfaites, elles sont pourtant des exemples de ce que j’appelle une belle photo : une photo qui, d’une certaine manière, me parle ou éveille en moi une émotion.
Ma réponse va donc peut-être vous décevoir mais, de même qu’il n’y a pas de règle pour faire une belle chanson, je pense qu’il n’y en a pas non plus pour réussir une photo !
Mes conseils prendront donc plutôt la forme de quelques suggestions : photographiez vos sujets favoris encore et encore, inspirez-vous du travail de ceux dont les photos vous plaisent, réfléchissez objectivement sur vos images, tirez quelques enseignements de vos échecs flagrants, prenez conscience de vos défauts en confrontant votre travail au jugement des autres, et intéressez-vous aux sujets que vous souhaitez photographier. Ainsi, parfois, une photo finira par sortir du lot. Une image sur laquelle votre regard s’attardera encore, même après l’avoir regardée cent fois : une image réussie.

Le matériel à mes côtés, la technique assimilée, mais l’inspiration me manque, comment puis-je évoluer ?
J’éprouve toujours quelques difficultés à parler d’une situation qui m’est totalement inconnue !
A priori, je dirais qu’il ne faut pas se forcer, et faire de la photo uniquement parce que l’on possède le matériel nécessaire… Peut-être faudrait-il tout simplement mettre à profit ces “passages à vide” pour réfléchir à ce qui vous intéresse vraiment ? Enfin, pour tenter malgré tout de répondre à la question, je pense que vous avez toujours la possibilité de vous inspirer du travail d’autres photographes… D’autre part, il me semble que, si vous vous concentrez sur les sujets qui vous passionnent vraiment, l’inspiration devrait venir d’elle-même.

Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?La photographie animalière vue par Pierre Toscani
Si vous le permettez, je ne parlerais ici que de photographie animalière… C’est une discipline qui semble avoir le vent en poupe, si l’on en juge par le nombre de forums, festivals, salons, expositions et autres concours qui foisonnent un peu partout, et tout au long de l’année. D’ailleurs, un véritable marché se développe autour de cette activité, et le commerce des accessoires et des services offerts aux adeptes semble plus florissant que jamais : c’est un signe qui ne trompe pas ! J’entends dire, ici ou là, qu’il faut y voir un regain d’intérêt pour la Nature. D’autres prétendent que ce n’est qu’une mode passagère et que le soufflé retombera aussi vite qu’il est monté… La vérité est probablement quelque part entre ces deux points de vue…
Pour les « dinosaures » comme moi, très exigeants sur le processus qui conduit à la photo, les choses n’évoluent pas beaucoup. Certes, le matériel récent nous simplifie un peu la vie, mais il faut toujours prendre le temps d’observer, d’étudier l’animal, de reconnaître le terrain, de préparer ses affûts, de se tromper, de recommencer, et c’est très bien ainsi puisqu’il n’y a que comme cela que la photo animalière nous intéresse… Pour les personnes moins exigeantes, ou ne disposant pas du temps nécessaire, et qui placent l’image au premier rang de leurs préoccupations, les possibilités photographiques se sont incroyablement diversifiées. Ainsi, un grand nombre de parcs clos et d’affûts préinstallés (payants) attirent bon nombre de photographes qui, après quelques heures d’autoroute ou d’avion, ont la quasi-certitude de pouvoir photographier cerfs, loups, ours ou aigles royaux. Le temps où il fallait un minimum d’expérience pour prétendre photographier de telles espèces est révolu, et aujourd’hui il est possible de se constituer rapidement une photothèque d’espèces “prestigieuses” qui autrefois aurait nécessité des années de présence sur le terrain.
Quoi qu’il en soit, il est indéniable que le niveau technique et esthétique de certaines photos que l’on peut voir aujourd’hui, est véritablement extraordinaire.

Quel est votre regard sur les banques d’images et microstocks qui vendent des photos à 1€ ?
La plupart des photographes reconnaissent que la photo numérique et l’Internet sont de formidables outils. Et ils ont d’ailleurs très vite tiré parti des avantages offerts par ces nouvelles technologies. Malheureusement, on réalise aujourd’hui que, comme dans d’autres domaines, ces nouvelles technologies apportent aussi leur lot de désagréments ! Il y a, décidément, toujours un diable quelque part ! Même si je ne suis pas directement concerné par ce problème, je comprends que les « distributeurs d’images » auxquels vous faites allusion menacent directement la survie de bon nombre de photographes. Cependant, je ne vois pas comment on pourrait interdire à quelqu’un, de brader ses photos s’il en a envie… C’est un problème particulièrement difficile qui se dresse devant les gens de la profession…

Comment décrivez-vous votre approche de la lumière ?
En matière de photo animalière, la lumière est une variable souvent difficile à gérer : c’est la Nature qui commande. Bien sûr, on essaie toujours de privilégier les premières minutes de soleil matinal ou les fins d’après-midi, mais il faut aussi que le sujet soit là, que son attitude soit belle… Le photographe animalier doit aussi constamment s’adapter en fonction de la saison, de la météo, du milieu qui peut être ouvert ou fermé (forêt)… En montagne, à la même heure, la lumière change aussi souvent d’un versant à l’autre. D’une manière générale, on s’intéresse d’abord à son sujet. Puis, selon les possibilités du milieu, on choisit le décor, le cadre de prise de vues, en tenant compte du facteur lumière lorsque l’on peut déterminer, au moins approximativement, l’heure à laquelle on a le plus de chances de photographier son sujet. Mais très souvent, il y a une grande part d’incertitude dans tout ce processus.

tetras lyre

Pouvez-vous nous parler des différentes espèces que vous photographiez, et celle que nous croiserons peut-être ?
Il y a tant de différences entre le comportement d’une perdrix bartavelle et celui d’une marmotte (par exemple), qu’il faudrait pouvoir passer chaque espèce en revue…
D’une manière générale, et pour faire simple, la faune du massif de la Vanoise et des environs est assez timide. Mis à part le bouquetin et, dans certains secteurs, la marmotte, la plupart des animaux sont assez difficiles à approcher. Certaines espèces (lièvre variable, hermine, tichodrome, etc.) pourtant bien présentes, sont même assez difficiles à observer. D’une manière générale, et d’après de nombreux témoignages, le chamois y est également plus farouche que dans le Mercantour ou le Grand Paradis. Les visiteurs qui découvrent la montagne en été s’étonnent parfois de la faible densité des grands mammifères (chamois, bouquetins, cervidés) : “tout cet espace, ces pâturages verdoyants pourraient abriter cent fois plus d’animaux” ! Il ne faut pas oublier que ce sont les conditions de vie hivernales qui, d’une certaine manière, déterminent leur nombre : en hiver, l’espace disponible permettant à ces ongulés de se nourrir est beaucoup, beaucoup plus faible.

Pour photographier le Lagopède alpin ou le Cassenoix, vous travaillez en affût ?
Ces deux espèces ont un comportement très différent. Le lagopède alpin est un gallinacé généralement discret qui vit toute l’année à plus de 2000 m d’altitude. Son plumage est très mimétique en toute saison, et il sait parfaitement l’utiliser pour passer inaperçu : c’est donc un oiseau assez difficile à localiser. Par contre, une fois repéré, et moyennant un minimum de précautions, il est parfois possible de l’approcher à une douzaine de mètres.
Le cassenoix moucheté, comme la plupart des corvidés, est très méfiant et très malin. C’est un oiseau essentiellement forestier. Pour le photographier il est préférable d’installer un affût à proximité d’un perchoir utilisé régulièrement le long d’une des “routes aériennes” qu’il fréquente régulièrement. On peut aussi, à la mauvaise saison, mettre à profit son goût pour les graines du pin cembro, pour l’attirer près d’un affût.

cassenoix mouchete

Quels souvenirs gardez-vous de l’Ours grizzli au Yukon ?
J’ai pu observer des grizzlis à de nombreuses reprises au cours de trois voyages effectués dans le nord-ouest canadien (Yukon) avec un co-équipier. Lorsque l’on se déplace à pied, en autonomie, à plusieurs jours du dernier endroit habité, il n’est pas nécessaire de voir un grizzli pour que cela vous laisse un souvenir indélébile : une simple trace sur le sable au bord d’une rivière suffit ! Surtout lorsque c’est justement à cet endroit que vous avez prévu de passer la nuit ! Aussi, lorsqu’à l’occasion d’une halte, vos jumelles s’arrêtent, après quelques minutes d’observation, sur un magnifique spécimen à la fourrure ondulante, cela vous marque à jamais. Personne ne peut rester indifférent à la vue d’un ours en pleine Nature lorsqu’aucun obstacle ne vous en sépare. Et tout à coup, la montagne vous apparaît complètement différente ; plus belle aussi…

La photographie animalière vue par Pierre Toscani

Comment se sont déroulées ces prises de vue ?La photographie animalière vue par Pierre Toscani
Lors de nos randonnées de plusieurs jours dans les montagnes du St Elias (sans guide et, évidemment, sans arme), il est absolument hors de question de tenter d’approcher un ours dans le but de le photographier ; la première règle de sécurité étant d’éviter tout « contact » avec ces animaux. Dans ces conditions, il n’est généralement pas possible de faire de bonnes images.
Pour les prises de vues, il est bien plus simple, et plus sûr, d’opérer depuis un véhicule, lorsque l’opportunité se présente à l’occasion d’un trajet motorisé dans ces régions. Ainsi, il est parfois possible de les observer à distance plus réduite et même, lorsque les conditions s’y prêtent, d’effectuer une courte approche afin de se placer de manière favorable.

Quels conseils pourriez-vous promulguer aux amateurs qui souhaiteraient gravir les Alpes pour la photo ?
Je pense qu’il est toujours utile de bien se documenter, longtemps avant de partir, afin de préparer son séjour avec soin. Aujourd’hui, il est relativement facile de connaître à l’avance les sujets que l’on a de bonnes chances de pouvoir observer dans le secteur que l’on a choisi de visiter. Une bonne condition physique permet d’augmenter son rayon d’action sur place et, par conséquent, d’améliorer ses chances de succès.
J’ajouterais qu’une fois sur place, hormis les quelques précautions habituelles que tout randonneur en montagne se doit d’observer (vêtements, nourriture, météo, etc.), il ne faut pas hésiter à se lever très tôt si la photo animalière est le principal but de la randonnée. Le fait de se mettre en route vers 9h00 est sûrement le meilleur moyen d’accumuler les déceptions. Enfin, ne pas partir sans une bonne paire de jumelles et ne pas hésiter à prendre le temps de s’en servir souvent.

Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?
Quelle que soit la saison, la montagne et moi avons toujours des tas de choses à nous dire, alors j’espère bien pouvoir encore fureter quelques années là-haut, avec ma paire de jumelles et mon téléobjectif ! Je n’ai d’autre ambition que celle de continuer à faire des photos « authentiques », des images ayant une histoire. Une histoire que j’aurai plaisir à me remémorer, ou peut-être à raconter, qui sait ?

La photographie animalière vue par Pierre Toscani

Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Le printemps arrive (nous avons toujours un peu de retard, par ici) et la vie va reprendre son cours en altitude, au fur et à mesure que la neige disparaitra. Les sorties vont être plus régulières et plus nombreuses…
Comme membre de l’Association Sportive de la Chasse Photographique Française (www.ascpf.com), je participe à des expositions organisées à l’occasion de salons ou de festivals (Montier-en-Der, Pralognan-la-Vanoise, etc.). Pour l’automne prochain, je suis en train d’organiser un voyage aux USA, dans les Montagnes Rocheuses.

La photographie animalière vue par Pierre Toscani

Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
Je n’ai pas de remarques particulières à faire sur ce très bon magazine généraliste que j’ai découvert récemment (j’avoue avoir encore du mal à utiliser le terme “webzine”). Je voudrais simplement remercier Maxime Damès pour m’avoir donné l’occasion de m’exprimer ici, et j’espère avoir éveillé la curiosité de quelques lecteurs afin de leur donner l’envie de venir voir la montagne en vrai, avec leurs yeux, et aussi leurs objectifs…

Merci Pierre de nous avoir consacré un peu de ton temps pour cette interview, nous te souhaitons un bon voyage aux USA et également de continuer à vivre votre passion pour la photo pendant de nombreuses années.

Voir le site du photographe animalier Pierre Toscani.

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