
Découvrez cette semaine l’interview du photographe et retoucheur Cyril Bruneau. Photographe professionnel et retoucheur dans le domaine de la photographie corporate, institutionnelle et publicitaire depuis plus de dix années, Cyril Bruneau travail pour de grandes marques et de grandes entreprises comme L’Oréal, Cartier, M6, Total, Air France…, mais aussi pour la presse Paris Match, le Monde… Cyril ne se contente pas de rester derrière son appareil photo, il manie également à la perfection les outils et logiciels de retouche photo et montage photo comme Adobe Photoshop. Auteur de nombreux livres, comme les Cahiers d’exercices Photoshop et Photoshop Element aux Editions Eyrolles, son expérience et sa maîtrise des outils numériques lui permettent de réaliser des photos techniquement compliquées. Tout au long de cette interview, Cyril vous décrit son activité et vous donne son point de vue sur la retouche photo…
Bonjour Cyril, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?
A l’âge de six ans mon arrière-grand mère qui était professeur aux Beaux-Arts de Casablanca m’a envoyé par le poste un petit appareil photo très simple avec deux réglages nuages et soleil. C’est à partir de ce moment que tout à commencé, je me suis mis à faire plein de photos, je ne me suis jamais arrêté, c’est une véritable passion. Après mon Bac, je suis entré dans une école de photo en Belgique pendant trois ans. Ensuite, j’ai été assistant de nombreux photographes puis j’ai commencé ma carrière de photographe.

D’où provient cette attirance pour la publicité et la photographie institutionnelle ?
Ce que j’aime dans la publicité et la photo institutionnelle, c’est de tenter de rendre beau quelque chose qui ne l’est pas forcement au départ.
Pourquoi avoir choisi de te diriger vers la photographie corporate et les reportages industriels ?
J’aime assez le monde de l’entreprise et de l’industrie, j’aime assez ce qui est vrai et concret. Lorsque j’étais assistant, j’ai touché à de nombreux domaines de la photo. J’aimais assez la photo corporate. Je ne fais pas que ça, je fais aussi beaucoup de photo d’artistes et de spectacles. Je fais aussi beaucoup de photomontages, j’adore ça.

Même si celle-ci n’est pas terminée, as-tu rencontré des étapes importantes dans ta carrière de photographe ? Comment s’est déroulée votre progression ?
Une étape importante a été le jour où je me suis mis à découvrir ce qu’on pouvait faire avec un ordinateur sur une photo. C’était le début des ordinateurs abordables pour la retouche, c’était un nouvel outil qui correspondait vraiment à ce que j’attendais.
Peux-tu nous parler de tes principales références, tes clients qui t’ont le plus marqués ou avec qui tu aimes travailler ?
Je travaille avec la plus part des grandes entreprises (Total, L’Oréal, Vinci, M6…). Une de la chose que j’aime dans ce travail c’est la diversité. Un jour de ce retrouver dans la suite d’un grand hôtel parisien pour faire le portrait d’une personne et le lendemain d’être dans une usine du centre de la France entrain de faire un reportage industriel puis ensuite de se retrouver à l’autre bout du monde dans le laboratoire d’un scientifique qui fait des recherches passionnantes.
Contrairement à la photo animalière, la photo d’entreprise ou corporate permet elle d’engendrer des finances plus stables ou des débouchés moins risqués ?
La photo animalière est passionnante mais très difficile financièrement. La photo corporate engendre surement plus de finances mais ce n’est pas un domaine facile surtout en période de crise.

Justement, selon toi, un amateur peut il encore se lancer sans trop de risque dans une carrière de photographe corporate ou institutionnel ?
Si quelqu’un veut choisir un métier « sans trop de risques » je lui déconseillerais fortement la photographie quelque soit le domaine. C’est un métier passionnant mais difficile sans aucune assurance, ni sécurité.
Quels appareils photos et accessoires photo utilises-tu ?
J’ai un Canon EOS 1Ds Mark III avec de nombreux objectifs.
Aujourd’hui, que contient ton sac photo ou ton fourre-tout sur le terrain ?
Cela dépend beaucoup de la prise de vue à faire mais le kit le plus tout terrain pour moi c’est un EOS 1Ds Mark III un 5D en deuxième boitier, un 17-40 mm, 24-70 mm et un 70-200 mm et deux flashs 580ex.
Avec quel matériel informatique travailles-tu sur le terrain, ou en post-traitement ?
Sur le terrain j’ai un Macbook pro et à mon bureau un Mac pro où je fais l’essentiel du post traitement.
Comment traitez-vous vos images après la prise de vue ?
Je shoot en Raw et je me sers de Lightroom et de Photoshop essentiellement.
Travaillez vous avec des agences photo ou en direct avec vos clients ? Y a-t-il des avantages ou des inconvénients ?
Je travaille avec les deux. En général je préfère travailler en direct avec une relation construite sur du long terme et basé sur la confiance. Avec les agences, il y a le pire comme le meilleur c’est très variable.
Quel regard as-tu sur le matériel photo et quels conseils donnerais-tu aux amateurs ?
Tout d’abord se souvenir que le matériel n’est qu’un moyen, ce n’est pas le but. En tant que photographe on peut avoir la tendance à penser que si on avait tel ou tel matériel on ferrait de bonnes photos. Si vous ne faites pas de bonnes photos avec votre Iphone vous n’en ferrez pas non plus avec un appareil qui coûte plusieurs milliers d’euros. J’aime bien l’image du Stradivarius, si on joue mal au violon, on ne tirera pas grand chose d’un tel instrument, en revanche un bon violoniste arrivera toujours à faire quelque chose avec un violon de moyenne qualité. Le conseil est de tirer le meilleur parti du matériel que l’on a et de se concentrer sur l’image.
Que penses-tu et quel regard as-tu sur la photographie d’aujourd’hui ?
La photographie c’est passionnant et il n’y a pas besoin d’être professionnel pour en faire. En ce qui concerne la photographie professionnelle c’est une profession qui subit des crises successives qui ont rendu le métier de plus en plus difficile. Une première crise en 1991 a mis fin aux années fastes de la photo, l’apparition du numérique a entrainé de lourds investissements pour les photographes tout en accélérant la baisse du prix des photos, les banques d’images puis les photos à 1€ ont rendus ce métier de plus en plus difficile.
Quel est ton regard sur les banques d’images et microstocks qui vendent des photos à 1€, voir moins ?
Les banques d’images ont tuées beaucoup de productions de photos et maintenant les photos à 1€ tuent les banques d’images. Ensuite il y aura des abonnements où les photos seront à volonté et il y a un moment où la source sera tarie car les photographes n’alimenteront plus ces banques d’images si elles ne sont pas assez rémunératrices. Je trouve qu’elles font beaucoup de mal à la profession, elles tirent le prix de la photo vers le bas et habituent les gens à une qualité médiocre de l’image.

Tu exerces aussi le métier de retoucheur freelance, t’autorises tu n’importe quelle retouche ?
C’est drôle que tu me demandes ça car il y a deux jours quelqu’un m’a demandé de falsifier un diplôme, j’ai refusé. Sinon je ne refuse pas grand chose.
Cette activité de retouche photo suscite de nombreuses polémiques, vis-à-vis de la mode, de la photographie, etc. Quelle en est ta vision ?
Si tu parles de ce projet de loi qui vise à indiquer si une photo est retouchée je pense plusieurs choses. Je trouve ça d’abord un peu léger de croire que le fait d’indiquer qu’une photo est retouchée va aider les filles anorexiques. Avant que la retouche soit systématique les filles des magazines étaient toujours autant irréelles. Pour ceux qui ne le savent pas, il faut savoir comment se passe une séance de photo de mode. Il y a d’abord un casting ou des filles très jeunes et très belles sont sélectionnées et on choisit parmi elles celle qui sera parfaite pour la photo ensuite elle est maquillée par un maquilleur professionnel et coiffée par un coiffeur professionnel qui vont transformer une femme déjà très belle ont une véritable déesse. Ensuite on met à cette fille des vêtements de grand couturier et ensuite le photographe la met sous une lumière qui la sublime. A cette étape on est déjà très loin de la réalité et la photo n’est pas encore retouchée. Je pense qu’il faut plutôt éduquer les gens qui d’ailleurs sont de moins en moins dupes et savent que la photo ne reflète pas la réalité. En revanche, je pense que cette loi serait utile plus pour les gens photographiés qui vont peut-être arrêter de demander que leur portrait soit retouché systématiquement et commencer à s’accepter tels qu’ils sont.
Tu crées aussi de véritable banque d’image pour les entreprises, avec des milliers de clichés, ce travail doit être pharaonique ?
J’adore faire ça, ça me passionne car je plonge dans une entreprise et cela me pousse à la connaître dans les moindres détails. Je découvre des métiers que je ne connaissais pas, chaque entreprise est très différente. Après il y a beaucoup de liberté dans la réalisation et dans la création. J’aime beaucoup faire ça.

Photographier Claire Barsacq, présentatrice du JT de M6, est-ce une fierté, le sentiment d’avoir réussi ?
Une fierté ? je ne sais pas, ce n’est que de la photo après tout. Je l’ai trouvé très sympa et j’ai beaucoup aimé la séance photo. Ce que je me souviens, j’étais content que M6 me fasse confiance car le nom de la présentatrice était top secret à l’époque. J’avais la pression car je ne pouvais pas me planter mais c’est souvent le cas en photo. Le sentiment de réussite je m’en méfie beaucoup car j’ai vu tellement de photographes très talentueux et très connus ne plus avoir de travail.
Selon « Cyril Bruneau », quelles sont les caractéristiques d’une photo réussie ?
Il faut différencier un travail artistique, d’un travail de commande. Pour un travail artistique, c’est difficile de répondre car dès que tu penses à une caractéristique tu trouves très vite un contre exemple.
Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?
Une chose est sûre je ferai de la photo le plus longtemps possible, j’essaye de progresser et de m’améliorer avec le temps et j’espère que je pourrai vivre de cette passion encore longtemps.

Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Mon actualité, un livre que j’ai écris avec Bernard Richebé devrait sortir fin février chez Eyrolles un nouveau cahier d’exercices qui sera sur la dernière version de Photoshop Elements. En ce qui concerne les voyages, je n’espère pas tout de suite car durant les deux derniers mois j’ai fait 6 pays différents sur 4 continents et pris plus de 20 avions. Même si je me suis vraiment éclaté j’ai envie de souffler un peu. Mais plus tard dans l’année j’ai quelques projets pour aller au Japon, en Chine et en Argentine j’espère qu’ils se réaliseront. En fin d’année peut être un nouveau livre…
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
Sur Photovore, je ne peux qu’être admiratif car je sais le travail qu’implique le nombre d’articles écrits c’est immense ! Avoir autant d’informations, des témoignages de photographes très différents, des articles que l’on ne retrouve pas sur d’autres sites c’est génial. Je suis reconnaissant et d’autant plus que c’est offert gratuitement. J’ai un blog où j’écris un article par semaine et cela me demande déjà beaucoup de travail, je n’ose pas imaginer tout le travail abattu par Photovore.
Voir le site du photographe Cyril Bruneau et un espace plus personnel, son Blog photo !

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