
Découvrez cette semaine l’interview et le travail photographique d’un grand photographe animalier, Tony Crocetta. Originaire de la banlieue Parisienne, Tony se découvre une nouvelle passion au début des années quatre vingt. Un voyage en Afrique et le virus de la photographie ne le lâchera plus. Photographe talentueux, simple et attachant, Tony partage avec nous sa passion pour la photo tout au long de cette interview avec à l’appui de magnifiques photos captivantes issues de ses nombreux voyages.
Bonjour Tony, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?
Bonjour Maxime. En fait tout à commencé un peu par hasard, en 1982, j’avais alors 21 ans. Un ami d’enfance déambulait avec un appareil autour du cou ; je suis intrigué par le bel objet, lui demande de me le prêter… et là, le flash ! Dès que je porte l’œil au viseur je suis subjugué par la visée réflexe, le potentiel créatif de cet appareil que j’ai tout de suite saisi, moi qui connaissais uniquement l’appareil tout plastique très basique offert à l’occasion de ma première communion ! Quelques temps plus tard je casse ma tirelire pour m’offrir un boîtier du même modèle, un très moderne Canon AE1 pour l’époque. Je ne connaissais strictement rien alors à la technique mais son apprentissage durant quelques mois me passionnait. Je me suis mis en quête de sujets ; très vite je me suis rendu compte que photographier les gens m’ennuyait. Je me suis tourné vers d’autres sujets plus attrayants, les fleurs d’abord… et rapidement vers les insectes qui virevoltaient autour. Puis j’ai commencé à voyager, des voyages africains dans un premier temps, jusqu’au jour où le hasard m’a fait traverser un parc naturel au nord du Togo. J’ai réalisé alors maladroitement mes tous premiers clichés animaliers, des babouins, des antilopes, des éléphants… le virus ne m’a plus jamais lâché !
D’où provient cette attirance pour la nature et la photographie animalière ?
Sans doute de ma frustration, durant ma prime jeunesse, de vivre en milieu urbain. Pour tout te dire, l’immeuble où je vivais en région parisienne jouxtait un grand terrain en friche, parsemés entre-autre d’arbres fruitiers, de mûriers et d’orties. Il appartenait en fait à un cimetière, mais, non exploité, il devint très vite mon terrain de jeu favori, mon jardin secret. J’avais pris l’habitude de « faire le mur » avec les copains, nous y construisions des cabanes, nous y coupions des branches pour réaliser des arcs… Aussi nous capturions des insectes, des mantes-religieuses, des coccinelles, des papillons, des hannetons, des criquets, des sauterelles et autres libellules… On les enfermait dans des boîtes en carton quelques temps avant de les relâcher. Je n’en suis pas très fier maintenant mais je me souviens en avoir épinglé quelques-uns pour réaliser ma propre collection. Puis un jour les bulldozers sont apparus et ont tout rasé en un rien de temps ! Les tombes ont remplacé mes rêves d’enfance. Il ne me restait plus que le parking pour jouer au foot entre les voitures et les lampadaires…
Dans le même temps, je me souviens être mordu, va donc savoir pourquoi, des documentaires animaliers que je regardais en noir et blanc sur l’unique chaîne de télévision de l’époque, surtout ceux de Christian Zuber, l’émission « Caméra au poing ». On y évoquait alors des lieux magiques, « Galapagos », « Seychelles », « Ile de Pâques », « Kenya » ! De quoi réveiller le petit Robinson qui somnolait en moi !
Même si celle-ci n’est pas terminée, as-tu rencontré des étapes importantes dans votre carrière ?
Oui, bien sûr ! La première étape importante fut sans aucun doute mon « entrée » à l’agence BIOS (Biosphoto aujourd’hui). Catherine Deulofeu, la directrice de l’agence, a perçu le potentiel qu’elle pouvait tirer d’un tout jeune photographe amateur, pas très structuré (et pas vraiment bon photographe d’ailleurs) mais qui avait déjà pas mal bourlingué : Malaisie, Bornéo, Sulawesi, Centrafrique, Botswana, Zimbabwe, Trinidad & Tobago… Je crois bien qu’elle a misé alors sur un cheval boiteux ! Dans la foulée, alors que j’avais économisé suffisamment pour remplacer ma vieille voiture, je me ravisais et décidais de m’offrir plutôt un 500 mm f/4,5 Canon, avec la bénédiction de mon épouse conciliante (à l’époque, cet objectif coûtait approximativement le prix d’une Renault Super 5 neuve). Le véritable tournant vint avec mon travail sur les llanos au Venezuela, une douzaine de séjours dédiés avec à la clé un prix à Montier-en Der, une exposition remarquée (l’étreinte de l’anaconda) à ce même Montier et moult publications dans les plus prestigieux magazines, en France et à l’étranger.
Enfin, la rencontre un jour -voici une dizaine d’année- du côté du lac Baringo au Kenya d’un garçon extraordinaire, Simon, jeune guide ornitho en herbe qui me guidait en bateau à la recherche de l’oiseau rare… et qui deviendra au fil du temps un ami cher puis mon partenaire dans l’aventure Meltingpotsafaris !
Globe-trotter et photographe animalier sont-ils compatible avec vie de famille ?
Absolument pas ! Il faut choisir, faire des sacrifices, accepter des choses difficiles. Actuellement je passe six mois par an hors de l’hexagone. C’est bien sûr déstabilisant pour la cellule familiale. Lorsque je rentre après une longue période d’absence je m’aperçois que mon fils semble avoir grandi de 5 cm ! Tu dois apprendre à vivre loin de ta base, le plus souvent dans une chambre d’hôtel basique ou sous une tente rudimentaire avec pour seuls compagnons un bagage en toile et ton encombrant matériel photo. Mais c’est le prix à payer pour aller dénicher le Quetzal au fin fond du Costa Rica ou le Cobra à lunettes en Inde…
Photo animalière rime souvent avec finance difficile, comment t’en sors-tu ?
Lorsque c’était encore le bon vieux temps de l’argentique, tout allait pour le mieux de ce point de vue-là. Les photographes chevronnés, talentueux, bon commerciaux et qui n’hésitaient pas à investir très cher dans les films pro inversibles ne courraient pas les rues. Les magazines et l’édition payaient les images et reportages dignement et, je le crois, à leur juste valeur. Et puis le numérique est arrivé et a bousculé la donne. Le matériel haut de gamme s’est dans le même temps démocratisé, les boîtiers sont devenus bien plus rapides, précis et performants. Les images, souvent d’excellente qualité, sont arrivées à profusion dans les rédactions avec pour conséquence une baisse sensible du prix de la photo. Autrefois tu amortissais le coût d’un reportage sur une seule vente, aujourd’hui parfois trois à quatre sont nécessaires, et encore juste pour rentrer dans tes sous ! Financièrement, ce n’était plus jouable. Aussi, face à la demande croissante de jeunes photographes qui désiraient apprendre la technique, j’ai eu l’idée d’animer des stages photo… avec pour cadre celui que je connaissais le mieux : l’Afrique.
Ainsi est né Meltingpotsafaris qui propose des stages de photographie animalière combinés à un safari au Kenya… Je peux continuer ainsi de vivre pleinement mon job et ma passion… sans flirter en permanence avec la banqueroute !
Avec quelles agences photos travailles-tu ? As-tu des conseils à nous donner à ce sujet ?
Je collabore avec les agences Biosphoto, basée à Avignon et NHPA au Royaume-Uni. A elles deux mon travail peut être diffusé dans le monde entier. Je suis rentré plus tardivement dans l’agence britannique pour donner de meilleures chances à mes photos d’oiseaux qui se vendent mal, culture oblige, sur le marché français, malgré le travail performant de Bios. Je pense sincèrement que tout bon photographe peut un jour entrer par la grande porte dans une agence prestigieuse… Encore faut-il s’en donner les moyens. Si tous les sujets ont été faits et refaits vous diront les esprits chagrins… hé bien justement qu’ils se mettent à l’ouvrage au plus vite.
Chaque photographe a sa propre personnalité, son propre regard, son style à lui. De l’imagination, des idées, beaucoup de travail, de la patience et un peu de culot (!) sont les clés de la réussite.
Selon toi, est-il encore possible pour un amateur de se lancer et de réussir dans une carrière de photographe animalier ?
Oui… à condition qu’il soit d’abord animé par une passion viscérale, un état d’esprit un peu marginal tout en gardant les pieds sur terre et qu’il se munisse d’une bonne dose de philosophie face aux échecs inéluctables. Aussi et surtout il devra être aussi talentueux commercial que photographe, rien ne va sans l’autre. Pour être très honnête je pense que cette « discipline » doit être d’abord abordée comme une passion, un loisir et en complément d’une activité plus rémunératrice. Sinon, gare aux désillusions !
Quels matériels photos utilises-tu ? Est-il mis à rude épreuve ?
Je suis un Canoniste convaincu depuis toujours. Je travaille actuellement avec des EOS MarkII et MarkIII, choisis pour leur robustesse, la tropicalisation et la cadence record (10 images/seconde pour le MkIII). Le MkII arrive un peu en fin de vie après 5 ans de bons et loyaux services. Il n’est jamais tombé en panne, juste quelques vis desserrées (un jour j’ai retrouvé la griffe porte flash dans un coin du fourre-tout ! Ah, les pistes africaines !). Mais il est dans un tel état « apparent » d’usure, rayures, traces de chocs qu’il est invendable sur le marché de l’occasion. En fait je le conserve plus comme troisième boîtier, comme un bon souvenir, un compagnon de route… Du côté des optiques j’utilise un large panel d’objectifs, les 200 mm f/1,8 ; 70/200 mm f/2,8 IS ; 300 mm f/2,8 IS ; 500 mm f/4 IS + un convertisseur X 1,4, des grands angles, le 24 f/2,8 notamment, le classique 50 mm f/1,8 et un zoom 17-40 f/4 choisi pour sa légèreté et compacité. Dire qu’ils sont soumis à rude épreuve est réducteur. La poussière, les chocs, la pluie, les champignons, les vibrations… enfin, pas besoin de te faire un dessin. Si j’étais un photographe amateur, je n’achèterais certainement pas du matos « Tony Crocetta ».
Le contenu de ton sac photo est-il différent en fonction des pays ou des sujets rencontrés ?
Yes, of course ! Au Kenya où je passe actuellement le plus clair de mon temps je privilégie les gros télés. En fait je suis un photographe animalier strict et je n’ai aucune honte à dire que je suis un très mauvais photographe de paysage, inutile donc de m’encombrer avec des focales courtes. Lorsque je suis allé en Inde pour un reportage sur le cobra, même si j’emporte le 500 mm au cas où, j’ai surtout travaillé au grand angle et avec le 70 /200, très polyvalent. Les contraintes imposées par les compagnies aériennes en termes de poids de bagage cabine impliquent que tu dois faire le bon choix avant le départ. Après, il est déjà trop tard !
Avec quel matériel informatique travailles-tu sur le terrain ? Es-tu en relation direct avec des agences ou presses spécialisées ?
J’emporte toujours un PC de grande capacité pour délester les cartes mémoires, tout du moins lorsque j’ai accès à des prises de courant. Dans certains cas, lorsque je séjourne une longue période au cœur de forêts tropicales comme ce fût le cas aux Philippines ou au Costa-Rica, j’opte plutôt pour un videur type EPSON, avec deux/trois batteries chargées à bloc. La photographie animalière a ceci de particulier qu’elle est intemporelle. Même si c’est arrivé quelquefois, je n’ai pas d’impétueux besoin de diffuser au plus vite et en direct les images ; cela peut attendre mon retour… et de toute façon l’indispensable travail de dérawtisation et du post-traitement.
Quel regard as-tu sur le matériel photo et quels conseils donnerais-tu aux amateurs ?
Je constate souvent, c’est vraiment caricatural, combien bon nombre de photographes « amateurs » (au sens noble et respectable du terme) se compliquent la vie. Ils passent un temps fou sur les forums spécialisés, commentent des matériels qui ne sont pas encore sortis sur le marché, les critiquent alors même qu’ils ne le possèdent pas, dissertent sans fin sur la taille du capteur, s’égosillent à qui mieux-mieux sur le nombre de pixels ou l’emplacement d’une touche… Pendant ce temps-là, ils ne font pas de photos !
Pour simplifier à l’extrême, il existe trois types de matériel (objectif & réflex numérique s’entend) : l’entrée de gamme, la gamme « expert » et le matériel pro ! Point final ! Quand on a fait son choix, inutile de refaire le monde ou de fantasmer sur l’appareil du voisin, on utilise le matériel que l’on possède et on se consacre à l’essentiel : la prise de vue. Et puis, bien malin celui qui verrait la différence sur un 20×30 tiré d’un Jpeg ou d’un Tiff entre une image issue du capteur d’un boîtier premier prix moderne et des fleurons pro des marques leaders.
Combien de photo as-tu dans ta photothèque, et comment les stocke-tu ?
… Je n’ai strictement aucune idée du nombre d’images de ma collection, et pour tout te dire, je ne pense pas que cela ait une importance capitale. J’ai quelques milliers de diapositives qui dorment d’un sommeil profond dans des classeurs (peut-être sans espoir de réveil) et sans doute autant de fichiers numériques sagement entreposés dans des disques-durs. J’ai perdu quelques photos que j’avais gravées sur des CD ou DVD et qui refusent aujourd’hui toute lecture… Le disque-dur amovible (doublé) est, de loin, le support le plus intelligent et fiable pour conserver nos virtuelles images.
Quel est ton regard sur les banques d’images et microstocks qui vendent des photos à 1€ ?
… Et même moins puisque l’une d’elles se targue de proposer des clichés à partir de 0.14 cts d’euros ! A ce tarif-là, un photographe qui vendrait 100 images mensuellement (!) (Cela n’arrive jamais) par l’intermédiaire d’une telle agence gagnerait 0.14 x 100, soit 14 gros euros… auxquels il faudrait rétribuer la part de l’agence, soit 50 % de moins et les retenues fiscales, AGESSA , CSG, CRDS… etc. Cela ne lui paierait même pas les piles qu’il utiliserait pour son flash ! Si le plaisir d’être publié pour un non-professionnel est légitime, il faut savoir qu’en fait les photographes qui succombent au « charme » des grandes surfaces de l’image sont les dindons de la farce. Ne vous faites pas de soucis pour ces agences, elles tirent, elles, très bien leur épingle du jeu via la masse de photos vendues. On peut comprendre toutefois les motivations d’un iconographe ou d’un rédacteur en chef à qui on étrangle toujours plus le budget photo et qui s’approvisionne occasionnellement dans ce type d’agence. Je regrette, mais ne peut que constater, ce nouvel aspect du marché photo : il anéantira dans l’œuf bien des vocations de photographe, pas seulement animalier d’ailleurs, qui auraient eu leur chance à une autre époque.
Proche de l’environnement et de la nature, comment contribuez-vous à sa conservation ?
Je pense qu’un photographe animalier, souvent en première ligne et témoin bien malgré lui des atteintes que l’homme fait subir à notre belle planète, a un rôle, et même un devoir d’information et d’éducation envers le public.. Je suis très fier d’être l’un des membres fondateurs de l’association Noé Conservation (noéconservation.org) qui œuvre efficacement, soyez-en assuré, à la protection de certaines espèces très menacées par la mise en place de programmes intelligents. Je suis de plus en plus sollicité pour animer des conférences, notamment envers les plus jeunes, sur l’impétueux besoin, vital, de conserver notre biodiversité à l’échelle mondiale ; j’ai monté, avec l’aide précieuse de la ville de Drancy, l’exposition « latitudes animales » ou comment les photographes animaliers s’engagent et communiquent en faveur de la biodiversité. Enfin je propose parfois mes images à titre gracieux pour les institutions qui n’ont pas de but commercial et qui les utilisent pour leur communication en faveur de l’environnement.
Peux-tu nous parler de ta jeune entreprise Melting Pot Safaris LTD ?
Si je devais définir Meltingpot, je dirai que c’est un concept pensé par un photographe animalier pour des photographes animaliers, quel que soit leur niveau. Je me suis appuyé sur mes frustrations passées et certaines mauvaises expériences pour concevoir, avec l’aide précieuse de mon partenaire kenyan Simon, une entreprise conviviale qui permet d’optimiser le temps sur le terrain et un rendement photographique optimum. L’idée est de proposer un safari de qualité au Kenya, résolument orienté photo où chaque détail est pensé pour faciliter la vie du photographe : dans la transformation et l’aménagement des véhicules, le professionnalisme et compétences des guides, l’optimisation des circuits et des trajets, le choix des hébergements au sein même des parcs, réserves et sanctuaires… Surtout, Meltingpot dispose depuis un peu plus d’un an maintenant de sa propre concession dans le Massaï-Mara sur laquelle nous avons installé un très confortable camp de brousse, avec, entre-autre, une immense tente dédié au stage lui-même et au travail sur les ordinateurs. C’est un camp de base idéal, situé au cœur de cet incroyable écosystème.
Comment se déroule ces safaris ? Est-ce destiné à un large public ?
Les safaris sont totalement organisés par Meltingpot, de Nairobi à Nairobi où les participants sont pris en charge dès leur sortie de l’aéroport. Chacun choisit son programme en fonction de ses désirs, de la durée, du budget, du confort ou standing des hébergements, surtout des espèces convoitées (félins, oiseaux, macro ou espèce spécifique, séjour à thème)… souvent un peut tout cela à la fois. Tout le monde peut trouver un module qui lui convient, des familles avec enfants, des photographes totalement débutant, néophytes, experts, chevronnés voire professionnels. Pour ceux qui le demandent j’anime des stages d’initiation ou perfectionnement à la technique photo animalière « en situation », de post-traitement…
Dans quelles conditions as-tu réalisé ton reportage sur l’Anaconda au Venezuela ?
Si tous les sujets ont tous étaient faits et refaits, l’un d’eux n’avait pourtant jamais vraiment été réalisé dans sa globalité. L’anaconda est la créature de tous les superlatifs, c’est le plus
gros des serpents, le plus lourd, le plus spectaculaire et l’un des plus mystérieux aussi, les légendes les plus folles évoquaient des monstres terrifiants de 25 mètres ! A chaque fois que j’en surprenais un, il disparaissait aussitôt dans des eaux turbides. Il y avait là matière pour amorcer quelque chose… qui me prendra finalement 7 années et douze séjours vénézuéliens pour mener le reportage à son terme ! Je crois bien que si j’avais imaginé cela auparavant je ne me serais certainement pas lancer dans une entreprise aussi hasardeuse. Les premières ventes des reportages sur la faune des Llanos (capybara, ibis rouge, tamanoir, puma…) me payaient de quoi racheter un billet pour le séjour suivant. Jusqu’au jour où le biologiste Jésus Rivas, spécialiste mondialement reconnu du reptile géant a entendu parler de mon travail. Nous nous sommes donné rendez-vous au sein d’une station biologique. Il m’en a appris plus sur l’anaconda en 15 jours que je n’en savais sur plusieurs mois de travail. Je lui fournissais des images de comportements rares pour son étude et en perspective de livres à paraître, surtout j’ai pu photographier le biologiste au travail, d’une certaine façon l’homme et la bête. Une première vente du sujet dans le Figaro magazine… puis tout s’est enchaîné.
As-tu déjà été confronté à des situations atypiques, as-tu des anecdotes ?
La première chose qui me vient à l’esprit c’est ce jour où, alors que je traînais mes boîtiers du côté du Népal, j’ai bien failli y laisser la vie, en tout cas quelques plûmes, car, inexpérimenté, je n’avais pas imaginé qu’une femelle rhinocéros unicorne (cuirassée comme un char d’assaut) était bien plus véloce qu’une vache et pouvait courir aussi vite alors que je tirais de trop près le portrait de son rejeton. Ceci m’a marqué profondément et beaucoup appris sur la présence saugrenue du photographe dans le biotope d’un animal. Fini le cliché à tout prix ! J’avais été imprudent, j’étais un intrus qui n’avait rien à faire dans le périmètre d’activité d’animaux « sensibles ». Finalement, cette expérience (probablement ma plus forte montée d’adrénaline) fût salutaire, elle m’a recadrée et permis une approche philosophique de mon métier, bien plus respectueuse de mes sujets et du règne animal.
Selon « Tony Crocetta », quelles sont les caractéristiques d’une photo réussie ?
C’est difficile à dire, de donner des généralités ; tant de paramètres comptent pour qu’une image soit esthétique, se démarque et « fonctionne » : mise au point, piqué, lumière, cadrage, sujet, comportement, fond, éléments parasites, choix de la focale, distance de prise de vue, profondeur de champ, rendu de la vitesse…
Mixe tout ça et tu obtiens une infinité de variations qui fait que chaque photo est unique. Disons que j’aime bien les images avec juste un sujet et un fond dépouillé, un sujet que l’œil analyse puis reconnaît instantanément et qui ne se déconcentre pas attiré par divers éléments parasites comme des branches disgracieuses ou un autre animal noyé dans le flou par exemple. Bien sûr, la qualité de la lumière est le constituant principal : sans elle, difficile de faire de belles images.
Jusqu’à quel point t’autorises-tu à retoucher tes images ?
Post-traiter ne signifie pas « travestir » une image et encore moins la réalité. Cependant, vendre ses images (ce qui, vous en conviendrez, est la moindre des choses pour un professionnel) implique de proposer du matériel plus séduisant que les confrères. Outre les sujets choisis, toujours exotiques, je l’espère originaux, j’ai un faible pour les couleurs vives et acidulées. Recadrer une image, très légèrement (moins de 20 %) se justifie parfois pour faire « passer » un sujet dans un magazine ou dans le cadre d’un tirage d’expo, plus rarement lorsqu’il s’agit de rentrer cette même image dans une agence.
De la même façon, il m’est arrivé de gommer une brindille, une herbe ou une branchette qui parasitait l’esthétique globale d’une image mais, pour ce qui me concerne, cela reste une pratique très occasionnelle. Enfin, j’avoue déplacer le curseur de la saturation peut être parfois juste à la limite du nécessaire, en veillant à conserver toutefois un effet naturel. Mais je revendique et assume pleinement ce choix.
Les concours ou les festivals comme le célèbre Montier-en-Der sont de plus en plus convoités et difficiles, qu’elles seront, selon toi, les tendances à venir ?
La technologie aidant, pas besoin d’être devint pour imaginer la tendance à venir : les photographies élues de ces concours prestigieux seront des images de comportements dynamiques, des images qui seront sans doute réalisée avec des autofocus de plus en plus précis et performant, des rafales rapides qui permettent de capturer encore plus aisément « l’instant exact ». Je pense aussi toutefois que les images empreintes de poésie auront aussi leur mot à dire : la pureté, la simplicité dans la conception et le cadrage sont peut-être encore plus difficile à réaliser car elles nécessitent un vrai regard, un œil, une véritable démarche artistique. Bon, ceci est peut être vague, mais c’est justement ça la (belle) photo, ça ne se décrit pas, ce n’est pas régit par des règles strictes : ça se ressent, intimement.
Comment vois-tu la suite de ton aventure en tant que Photographe ?
Maintenant que Meltingpot est sur les rails, je vais prendre un peu de recul et sans doute bientôt repartir vers des destinations nouvelles qui hantent mon esprit depuis toujours : l’Australie, les régions polaires, l’Alaska, le Brésil… Surtout prendre le temps de réaliser mes images sans contrainte aucune, sans obligation absolu de résultat. Ca, c’est vraiment un luxe pour un photographe de nature.
Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Rapidement, en vrac : une expo ambitieuse à Montier en novembre prochain en compagnie de photographes spécialisés Afrique (Afrique, terre de couleurs, organisée par le forum Colorsofwildlife). Je travaille actuellement à un livre qui regroupera une bonne partie de mon travail depuis mes débuts. De janvier à mars 2010 une nouvelle saison de safari au Kenya. Puis, dès mon retour en avril, l’édition numéro 2 des « latitudes animales » qui rassemblera le travail de quelques-uns des tous meilleurs photographes de l’hexagone.
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
Site très intéressant, interface bien pensée et ludique. Je ne connaissais pas, j’ai pris du plaisir à le parcourir. Mais je dois t’avouer que je ne suis pas un fan de technologie dernier cri, ni même féru de technique ou des dernières nouveautés, même si je conçois que certains y soient sensibles. En fait, je pense que chacun peut y trouver ce qu’il y cherche, en piochant ici ou là. Pour ce qui me concerne, j’ai trouvé « ma » rubrique : découvrir -ou redécouvrir- le travail d’auteur, celui de quelques confrères dont certains sont des amis… me concentrer uniquement sur leurs belles images… et rien d’autre. L’image est la finalité de notre passion, le reste n’a finalement guère d’importance…
Visitez le site du photographe animalier Tony Crocetta ou Melting Pot Safaris LTD.

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