
Découvrez cette semaine le travail photographique et l’interview du photographe Patrice Schreyer. Ce photographe professionnel est spécialisé dans la photographie de sport extrême comme le ski freeride ou le VTT. Considéré comme un personnage hors du commun dans le milieu de la photo de sport extrême, Patrice Schreyer a travaillé plus de huit ans pour la presse spécialisée. Cependant, aujourd’hui il veut proposer une photographie différente, ou plutôt un aspect différent… Pour cela Patrice est partie l’été dernier en Islande, ou il a pu photographier ce qu’il aime, ou ce qu’il veut, sans obligation. Aujourd’hui le résultat est là, avec des photos surprenantes et toujours aussi originales.
Bonjour Patrice, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?
Effectivement, la photographie est une vraie passion, même, plus que ça, un guide pour la vie, une recherche constante. Cette façon de vivre m’est venue, comme beaucoup de monde, par un appareil photo offert par les parents (un vieux reflex Ricoh). Si, au début, cet appareil me servait uniquement aux souvenirs de mes sorties en montagne, il m’a vite permis de mettre en images mon imaginaire (d’essayer tout du moins).
Pouvez-vous nous parler de la Suisse, votre espace photographique ?
Ouh là….., que dire qui ne fasse pas cliché ? Si ce n’est que, non, nous ne sommes pas tous des banquiers crapuleux se nourrissant de chocolat et buvant le lait de la vache
Milka. L’état d’esprit est relativement conservateur, ce qui me déplaît quelque peu. D’un autre côté, je découvre de plus en plus le côté plus artistique de mes compatriotes. Surtout du côté des Suisse-allemands, bien plus sensibles à l’art, me semble-t-il, que les romands.
Sinon, pour parler du terrain de jeu photographique, il est très varié, ce que j’apprécie particulièrement. En 2 heures de route, je passe des forêts du Jura aux sommets de 4000 mètres des Alpes. Toutefois, le côté étriqué de la géographie suisse me donne des envies de grands espaces que je vais chercher ailleurs.
Selon vous, qu’est ce qui fait votre réussite envers les magazines ?
Je ne sais pas si j’ai tant de réussite que ça avec les magazines. Mais il est vrai que je publie passablement. Je ne pense pas être meilleur qu’un autre mais peut-être certains rédacteurs apprécient-ils ma rigueur dans mon travail (mon côté suisse ?). Pour d’autres, évidemment, ce point sera plus problématique. Mais, globalement, les magazines apprécient un photographe qui réponde sans délai à leurs demandes et qui livre un travail qui corresponde à leurs besoins.
Vous travaillez avec l’agence photo Rapsodia, pouvez-vous nous expliquer comment se déroule cette collaboration ?
Avec l’agence Rapsodia, tout d’abord, il s’agit d’une histoire d’amitié avec Laurent et Anne, les patrons. A mes débuts, j’avais écrit plusieurs mails aux grands photographes outdoor européens, pour avoir des conseils et échanger quelques mots. Aucun n’a répondu sauf Laurent. Qui m’a invité à passer à son agence, à Annecy, avec quelques diapositives sous le bras. J’y suis allé la boule au ventre et en suis ressorti avec un contrat ! Un vrai choc et le début d’une belle histoire.
Pour la collaboration, nous décidons ensemble, Laurent et moi, lesquelles de mes images pourraient avoir un potentiel de vente par leurs réseaux. Et je leur donne certaines images en exclusivité pour qu’ils puissent les vendre au mieux. En plus de l’agence, Laurent anime également l’excellent forum de l’agence.
Comment avez-vous franchi le pas, du photographe amateur à celui de professionnel ?
Petit à petit. D’après les échanges que j’ai avec mes collègues français, le droit suisse est beaucoup plus simple pour les indépendants. Du moment que je déclare mes revenus sur ma feuille d’impôts, je peux faire ce que je veux, sans devoir décider au départ sous quel statut je vais travailler dans le futur. Ceci a très largement favorisé la transition, douce, au fil des années.
Quels sont vos principaux clients, vos références et ceux pour qui vous travaillez le plus souvent ?
Je travaille, à ce jour, principalement pour la presse européenne. Que ce soit dans la randonnée, le vélo, le ski, etc… Je travaille également pour la marque suisse de matériel de montagne « Mammut » et pour la marque de lunettes italiennes « Rudy Project ». De plus en plus, j’essaye de développer une clientèle régionale pour du portrait et de la mise en images d’entreprise par exemple.
Comment se déroule une journée photo pour un photographe pro, hors reportage ?
Tranquille vu de l’extérieur et bouillonnant à l’intérieur. Lorsque je photographie pour moi, je déclenche peu mais retourne 10 fois chaque image dans ma tête. En fait, très souvent, j’imagine ma prochaine image durant mon sommeil et la fais de façon presque automatique ensuite. Je photographie de moins en moins mais de plus en plus « profond », je crois.
Quels matériels utilisez-vous et comptez-vous évoluer ?
A ce jour, bien que je trouve le matériel vraiment pas très important en soi, j’utilise un Nikon D300 avec divers objectifs, du 16mm au 70-200mm en passant par le 18-200mm. En flash, j’utilise 3 SB-800 et 1 Quantum T5d-R. J’aimerais beaucoup évoluer vers des flashs plus puissants mais comme je porte souvent mon matériel durant des journées, je ne peux me permettre d’être trop lourd.
Pouvez-vous nous parler de votre boîtier, le Nikon D300, que vous apporte-t-il ?
Par rapport au Nikon D2X que j’avais auparavant, le D300 m’apporte que du bonheur. Je l’ai équipé de la poignée pour tout ce qui est sport ou lorsque je peux être lourd. Par contre, dès que je pars en reportage trekking, je le prends en boîtier simple et dispose ainsi d’un appareil très léger. Mais, à terme, c’est sûr, je crois que le plein format me fait de l’œil et la haute résolution m’attire pour des tirages d’art de plus grande taille, plus fouillés.
Pourquoi utiliser des zooms à grandes ouvertures, malgré leurs poids ?
C’est purement subjectif. Si l’on considère que le 90% de mes reportages publiés jusqu’à aujourd’hui ont été fait avec le Nikon 18-200mm, je crois que les objectifs pros n’apportent, en presse, pas grand-chose. Par contre, ayant réutilisé, durant mon essai islandais (images libératrices), toutes mes optiques 2.8, j’ai redécouvert le plaisir des grandes ouvertures, des flous doux, de la texture, etc.
Aussi, depuis, tant que je ne dois pas tenir d’horaire, je prends ces zooms pros.
Selon vous, quels sont les bons réglages (ouverture, sensibilité, etc.) pour réaliser ce style de photographie ?
Soyons honnêtes, depuis l’apparition du numérique et du matériel très performant, il est devenu très facile de photographier du sport. En gros, il suffit d’avoir la vitesse minimum nécessaire (environ 1/1000 – 1/2000) et l’image sera réussie, techniquement. Après, l’important d’une photo n’est pas tellement la technique mais l’ambiance qui s’en dégage. C’est encore plus vrai pour l’autre partie de mon travail, plus dans la recherche photographique que dans la représentation. Là, la technique devient même anecdotique. J’essaye de transmettre mes émotions, au prix des ombres bouchés, des hautes lumières grillées et de la mise au point évitée consciencieusement.
Jusqu’à quel point vous autorisez-vous à retoucher vos photos ?
En retouche pure (enlever, ajouter quelque chose), je ne me permets rien ou que dans de très rares cas. Par contre, en réglage des courbes et niveaux, cela dépend du style. En sport, je reste très neutre, j’essaye de coller au plus près de la réalité. En photo personnelle, par contre, je triture aisément, en amont, les réglages de mon boîtier pour obtenir mon style.
Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la technique du filé ?
C’est un peu une « vieille » technique qui ne s’utilise plus beaucoup car elle donne des images très typées. Mais, en gros, il s’agit de mettre la vitesse la plus basse possible tout en suivant, de côté, le mouvement du sujet. Ainsi, le cycliste, par exemple, sera net devant un fond bien flou, mettant en valeur le sujet principal. On peut encore rehausser l’effet avec un coup de flash. Technique surtout utile si l’arrière-plan n’est pas esthétique ou trop présent.
Quel regard avez-vous sur le matériel photo et quels sont, selon vous, les plus belles évolutions de ces dernières années ?
J’en ai un regard de plus en plus désintéressé. A mes débuts, à chaque achat (très souvent des occasions), je ne tenais plus en place et l’usais de façon quasi compulsive. Aujourd’hui, ce n’est devenu plus qu’un outil de travail, sans plus. Sinon, dans les évolutions, clairement, pour moi, le numérique m’a beaucoup amené. Je ne pense pas que j’aurais pu ainsi progresser dans la gestion de mes éclairages au flash en argentique. Le numérique m’a aussi permis de me « libérer », d’oser plus.
Combien de photo avez-vous dans votre photothèque, et comment les stockez-vous ?
Aujourd’hui, je dois avoir environ 15’000 images que gère ma femme, Floriane, avec le programme Portfolio. Chaque image est dûment référencée par des mots-clés pour la recherche et contient, de plus, une légende courte dans les champs IPTC.
Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?
Un regard de plus en plus aimant et concerné. Après 10 ans de photo, j’ai l’impression de commencer à gentiment la cerner, la comprendre et savoir m’en servir. A chaque matin de prise de vues, je me réveille heureux !
Quel est votre regard sur les banques d’images et microstocks qui vendent des photos à 1€ ?
Pile l’inverse que le regard ci-dessus. J’ai l’impression que les microstocks ont fait beaucoup de mal. Pas tant en direct que dans la perception de la photo qu’ils ont donnée au public. Aujourd’hui, combien de clients ne veulent plus payer pour de la photographie originale parce que « ça ne coûte rien, c’est gratuit ». Heureusement, il existe encore des personnes qui se rendent compte de l’apport indéniable d’un photographe professionnel qui répondra exactement à leur demande et qui ne représente, tout compte fait, qu’une part infime du budget de leur communication. Mais jusqu’à quand ?
Comment décrivez-vous votre approche de la lumière ?
Instinctive. C’est vrai, je ne saurais mettre des mots sur ma lumière ou mes compositions. Plusieurs personnes, déjà, m’ont proposé ou demandé de donner des cours. J’en suis totalement incapable, n’intellectualisant pas du tout la photographie. Je « sens » la photo ou ne la fais pas.
Pourquoi aller jusqu’en Islande pour réaliser vos photographies ?
Parce qu’après une année de reportages sportifs et de photos publicitaires, j’ai un grand besoin de « déconnecter », de m’octroyer une parenthèse, de respirer la photo sans y réfléchir, sans répondre à une demande. Me laisser aller totalement dans l’image, sans avoir où elle va m’emmener.
De plus, ce pays a une telle ambiance artistique qu’il me transporte, m’aide à progresser. Jusqu’à ce jour, chacun des 7 voyages aura été photographiquement violent sur le moment mais m’aura aidé à progresser dans mon travail. Voici un court aperçu de ces errances : visions d’un pays imaginaire.
Est-ce les magazines qui vous demandent de réaliser certains clichés, ou vous réalisez ces derniers et ils les choisissent ?
Non, il est extrêmement rare que les magazines commandent des reportages (les images isolées ne rapportent pas suffisamment pour réellement s’y investir). J’essaye, dans
la mesure du possible, d’obtenir un accord de principe avant de monter le sujet mais je pars toujours sans être sûr de vendre par la suite. Ca donne un côté un peu insécurisant et déstabilisant mais cela apporte aussi une très grande motivation : il faut être le meilleur possible pour vendre.
Pouvez-vous nous parler de votre reportage photo, les 3 cols ?
Ah, un bien beau reportage vélo, fait avec des bons amis. L’idée était de proposer, à Bike Magazine, un reportage sur les mythiques cols suisses, sous l’angle du vélo de descente. Ces gros vélos sont presque des motos à la descente, de par leurs suspensions, mais sont de véritables enclumes à la montée. Alors, nous avons imaginé ce reportage en utilisant les cars postaux (transports publics helvétiques) pour les montées et les petits sentiers alpins pour la descente.
Le reportage a très mal commencé avec un ciel plombé et même des chutes de neige au premier col. Premier coup de stress qui ne m’aura pas quitté sur les 2 jours. Mais, ensuite, le temps d’automne dans toute sa splendeur m’a aidé à réaliser l’un de mes plus beaux sujets.
Comment réalisez-vous vos photos de ski au crépuscule ou à l’aube ? Faîtes-vous du hors piste ?
Voilà un style d’images vraiment pas si simple. Pas tant au niveau technique (encore une fois, merci au numérique, qui me permet de déclencher « à vide » pour contrôler mon éclairage) qu’au niveau organisation. Il faut aller placer les 2 ou 3 flashs, sur trépied, dans la poudreuse, sans mettre de traces sur la future image. Ensuite, attendre le moment propice où je pourrai équilibrer la lumière du couchant avec mon éclairage et envoyer le skieur. Qui devra prendre l’élan presque à « l’aveugle » jusqu’à l’endroit précis des repérages pour y poser son virage. Et, bien entendu, comme il s’agit de ski en hors-pistes (donc vierge de toutes traces), un seul essai est possible.
Autant dire que je ne réalise pas des dizaines d’image de ce type chaque hiver et que chaque image est une petite victoire. Sinon, oui, je fais également du hors-pistes. A ce jour, la presque totalité des magazines de ski ne publient que du freeride, il me faut donc suivre leurs demandes. Ce qui ne me pose aucun problème, j’aime beaucoup le ski.
Selon « Patrice Schreyer », quelles sont les caractéristiques d’une photo réussie ?
Clairement, une photo qui me transmet une émotion ou un univers. Le côté « réussi techniquement » de la photo ne rentre que très peu en considération dans mon appréciation.
Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?
La plus longue possible, j’espère. Et avec autant de plaisir qu’à ce jour. J’espère également pouvoir progresser jusqu’à mon but (mais y arriverai-je un jour ?). Tout en continuant les images sportives, j’aimerais beaucoup me rapprocher des gens. Et, bien entendu, aller de plus en plus dans la photo artistique, abstraite ou décalée.
Je suis aussi de plus en plus sensible aux séries qui me permettent de raconter de courtes histoires. Régulièrement, certaines se retrouvent en ligne dans mes news.
Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Dans les prochains mois, je vais jongler entre les reportages trekking, vélo, escalade ainsi que les mandats pour les entreprises de la région. Cet automne, la galerie La Golée, en Suisse, va également me faire l’honneur d’exposer une partie de mon travail. Et, bien entendu, cet été, je vais me refaire une pause islandaise.
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
Honnêtement, et j’en suis confus, je ne connaissais pas Photovore.fr. Difficile de donner donc un avis avec si peu de recul. Mais, à chaud, la rubrique Photographe me plaît beaucoup. J’aime beaucoup lire les avis de mes collègues et leurs pérégrinations. Un très grand merci à vous pour m’aider à faire découvrir mon travail. Longue vie à Photovore.fr !
Merci Patrice d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, nous sommes fier de vous compter parmi nos photographes interviewés. Bon voyage en Islande et surtout bonne photo !
Voir le site de Patrice Schreyer ou son blog photo pour suivre son actualité.










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