26 janvier 2009

La photo vue par Olivier Simon

Photographe amateur aux talents indéniables, Olivier Simon fait partie des photographes animalier que nous apprécions tout particulièrement. Proche de la Loire, Olivier arpente et observe ce fleuve depuis plusieurs années. Passionné par la nature et les grands espaces, la photographie permet à Olivier de garder des souvenirs immortels et de nous en faire profiter ! Ses photos d’oiseaux sont simplement magnifiques de la Chouette chevêche, au Martin pêcheur en passant par les différents oiseaux de Loire, si vous aimez la nature vous ne pourrez rester insensible à ces splendides photos. Olivier nous dévoile son parcours, ses envies, ses conseils, etc. Une interview à lire sans attendre …

Martin pêcheur

Bonjour Olivier, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?
Bonjour Maxime, je pense qu’elle vient d’un besoin de prolonger le plaisir de mes observations. Passionné avant tout par la Nature, la photographie est un moyen pour moi de garder un souvenir de mes rencontres avec la faune sauvage ou d’une belle lumière. Lorsque j’ai commencé à travailler, j’ai pu m’offrir mon premier reflex. Les débuts ont été laborieux mais les quelques « bonnes » images que j’ai pu ramener par la suite m’ont encouragées à persévérer. En progressant, je suis devenu plus exigeant sur la qualité de mes clichés. Et plus le temps passe, plus je m’investis dans cette quête du beau dans la Nature.

martin pecheur

Pourquoi si peu de photographes animaliers réussissent à percer dans ce domaine ?
Les causes sont multiples. Le marché de l’image « nature » n’est pas énorme. L’offre est bien plus importante que la demande et la valeur des images ne cessent de baisser. L’arrivée du la loirenumérique y est pour beaucoup à mon avis. La qualité et la quantité des images produites par les amateurs augmentent chaque année. Je me rends compte des progrès que j’ai fait depuis que je suis passé au numérique. De plus, les professionnels sont en concurrence avec des amateurs qui ne se soucient pas forcément de la rentabilité de leurs images. Le plus dur actuellement n’est pas de réaliser une très belle photo mais de la vendre. Personnellement, je n’ai jamais envisagé de passer professionnel. Je conseille plutôt aux photographes qui m’interrogent sur le sujet de trouver un travail qui leur laissera suffisamment de temps libre pour aller sur le terrain. Et par la suite, si vous développez un style original et dans l’air du temps, vous pouvez espérer vivre de vos images.

Pouvez-vous nous parler de votre région et de la Loire, cet espace de photographie ?
Je suis natif de Touraine et j’ai toujours vécu dans une commune riveraine de la Loire. Ce fleuve garde encore un aspect très sauvage : ses eaux, ses îles et ses bancs de sable abritent une grande diversité biologique. En plus de la vallée de la Loire, on trouve en Touraine des coteaux calcaires, des landes et des massifs forestiers. Les sujets pour le photographe animalier ne manquent donc pas. Au printemps, je peux faire une sortie en affût flottant sur la Loire le matin et un affût aux biches le soir, le tout à moins de 20km de chez moi. Mes attaches avec le fleuve sont très fortes et je ne me vois pas vivre ailleurs pour l’instant. Mais ça ne m’empêche pas de voyager régulièrement à la découverte de nouveaux horizons.

D’où vient cette attirance pour les oiseaux de Loire ?
oiseauImpossible de les ignorer lorsqu’on arpente les rives du fleuve depuis son enfance. Au printemps, c’est l’effervescence avec la formation des colonies et le spectacle des parades amoureuses. Les périodes de migration peuvent offrir de belles surprises. Les espèces présentes sur la Loire changent avec les saisons. Cette variété est très agréable pour le naturaliste et le photographe. Et puis le fait de se retrouver à l’eau parmi eux, isolé des berges par un bras du fleuve, partageant leur intimité me procure beaucoup de bonheur. Lorsque les eaux sont trop impétueuses pour me mettre à l’eau, cela me manque !

Quels matériels photos utilisez-vous et pourquoi ce choix ?
J’utilisais du matériel de la marque Minolta en argentique et au moment de mon passage au numérique en 2004, j’ai opté pour la marque Canon. Je n’avais pas d’à priori contre les autres marques mais seul Canon proposait un téléobjectif de 300mm stabilisé. J’ai commencé avec un 20D que je possède toujours puis je l’ai complété par un 1D MarkII en 2007. Ce boitier est bien plus performant au niveau de l’autofocus notamment pour le suivi des oiseaux en vol. J’avais envie de réaliser plus d’images dynamiques et le 1D est parfait pour ça. Côté optique, le 300/4 IS avec ou sans le convertisseur est mon optique de prédilection en affût flottant. Pour les affûts terrestres, j’ai choisi un 500mm de la marque Sigma, un très bon rapport qualité/prix. Pour les photos de paysages, j’ai le choix entre un zoom 17-40/4, un 50/1.8 et un 105/2.8

L’objectif 500 mm est-il recommander pour ce style de photographie ?
En affût flottant comme en affût terrestre, une focale de 500mm permet de travailler à une plus grande distance des animaux. Cela minimise les risques de dérangement et permet de saisir plus facilement des comportements naturels. En étang où l’on rencontre des anatidés souvent très méfiants, le 500mm est très utile. Mais dans mon cas précis, je n’ai jamais monté le 500mm sur mon affût flottant car sur la Loire, je suis souvent à très faible distance des oiseaux. La profondeur des eaux et le courant m’oblige à coller aux bancs de sable et aux îlots où les oiseaux se trouvent. Avec le coefficient de recadrage du capteur du 20D, mon 300mm est parfois trop long pour les sternes ou les mouettes. Mais le retour au format 24×36 avec un capteur plein format me tente et dans ce cas, le 500mm sera utile vu la perte du coefficient de recadrage.

photo d'oiseau

Quels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez vous en reportage ou hors reportage ?photo de la Loire
Sur le terrain pour la journée, j’emporte plusieurs cartes mémoire (une dizaine de gigas au total). Pour mes voyages, j’utilise un videur de carte autonome pour les décharger chaque soir. Au retour à la maison, je gère mon flux d’images avec Lightroom sur PC. Le concept tout en un de ce logiciel m’a séduit et je trouve son interface beaucoup plus convivial que le logiciel fourni par Canon (DPP). Le post traitement n’est pas mon fort. Je me concentre à la prise de vue pour obtenir le meilleur résultat possible et m’éviter ainsi de jouer sur les courbes et autres curseurs au moment du dématriçage. J’utilise notamment des filtres gris neutre et dégradés pour réduire les contrastes et allonger les temps de pose en photographie de paysages.

La technique de l’affût permet de ne pas déranger les animaux, pouvez vous donner quelques conseils ?
Repérer d’abord les habitudes de l’animal que vous souhaitez photographier. Monter l’affut à bon vent pour ne pas être trahi par votre odeur. Essayer d’intégrer l’affut dans l’environnement au maximum. Laisser l’affût en place si possible pour que les animaux s’y habituent. N’entrer et sortir de l’affût que lorsque les animaux sont partis. Masquer le bruit du déclenchement avec une housse anti bruit pour photographier des espèces particulièrement farouches. Déplacer l’objectif lentement car les animaux sont très sensibles aux mouvements. Ne pas négliger le confort à l’intérieur de l’affut car vous y passerez des heures, un bon siège est indispensable. Et bien sûr faire preuve de patience en sachant que l’échec fait partie du jeu !

chouette

Suivre la LPO, peut-il aider à photographier et comprendre les oiseaux ?
En tant que membre de la LPO et webmaster du site web de la délégation Touraine, je ne peux qu’encourager les photographes qui débutent à se rapprocher des associations de protection comme la LPO. Participer aux animations et aux actions de conservation organisées par les associations permet de mieux connaitre les espèces et leur milieu naturel. Certains photographes font un peu n’importe quoi dans des zones protégées et feraient mieux de se renseigner auprès des associations locales avant d’entreprendre de photographier une espèce sensible.

Comment un amateur peut s’équiper d’un petit parc d’objectif sans se ruiner ?
La photo vue par Olivier SimonIl faut savoir être patient et bien choisir ses optiques en fonction de sa pratique photo. Inutile de vous ruer sur un télézoom peu cher mais aussi peu lumineux, vous finiriez par le revendre pour passer à une optique plus lumineuse. Un 300/f4 est parfait pour débuter en animalier, vous pourrez économiser pour une plus longue focale le temps de faire vos gammes avec le 300mm. Avant de craquer pour une optique, réfléchissez bien à l’usage que vous en ferez, on s’encombre parfois d’un objectif qui ne nous servira que rarement. Et ne négligez pas le marché de l’occasion qui n’a jamais été aussi fourni !

Est-ce qu’avec un reflex et un objectif 70-300 mm, je peux me lancer dans la photo d’oiseau ?
J’ai commencé avec ce type de zoom, certains d’entre eux délivrent des images de très bonne qualité même s’ils sont souvent « mous » à la focale maximum. Peu lumineux, ils nécessitent pas mal de lumière pour atteindre des vitesses d’obturation suffisantes. Avec les capteurs APS-C, la focale maximum de 300mm équivaut à 480, c’est largement suffisant pour la photo d’oiseaux depuis un affût. Alors que j’étais encore en diapo, je me souviens avoir photographié des chardonnerets élégants plein cadre à la mangeoire avec un 75-300 Sigma.

Le matériel, c’est bien ! Mais l’œil du photographe, c’est mieux ! Alors selon vous comment peut-on le développer ?photographie
Au moment de la prise de vue, il ne faut pas hésiter à multiplier les essais, varier les angles et les réglages. Cela ne coûte pas cher maintenant avec le numérique alors osez !
C’est aussi très important de s’intéresser au travail des autres photographes, d’échanger ses impressions et de soumettre ses images à la critique. Regardez attentivement le travail des photographes qui vous plaisent, essayez de dégager les points forts d’une photographie.
Quand on est capable d’expliquer pourquoi une image est réussie ou non, c’est déjà un grand pas de fait. Il faut ensuite développer votre propre style sans pour autant vous affranchir des règles élémentaires de composition.

Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?
La photographie nature a énormément évolué ces dernières années. Les images sont de plus en plus belles et nombreuses. Il suffit de comparer les images primées dans des concours photo il y a 6 ans avec celles sélectionnées aujourd’hui, le niveau a beaucoup progressé. Les nouveaux matériels ont rendu possible la capture de scènes jamais photographiées auparavant. Une saine émulation existe entre les amateurs qui se hissent au niveau des meilleurs pros. Les changements qui me plaisent moins, c’est la surenchère permanente des constructeurs qui sortent un nouveau boitier tous les ans, les phénomènes de mode qui poussent les photographes sur la même espèce…

Très proche de la nature, quel est votre regard sur la biodiversité et l’environnement ?
loutreChaque année, je constate un recul des milieux naturels au profit de routes, de lotissements ou de zones d’activités en Touraine. Un vieux verger arraché pour y planter du maïs, une vallée défigurée par une rocade ou encore une haie rasée pour agrandir une parcelle céréalière ; autant d’exemples qui me viennent en tête pour illustrer cette atteinte permanente à la biodiversité. Je ne suis pas très optimiste concernant la pérennité dans mon département d’espèces comme le râle des genêts ou l’outarde canepetière. Mais l’espoir subsiste grâce aux efforts de l’État et des associations de protection pour acquérir et gérer des zones sensibles.

Quels sont vos plus beaux souvenirs et votre photo préférée ?
Ma première rencontre avec des dauphins, un coucher de soleil sur Delicate Arch ou les jeux de 2 blaireautins juste à mes pieds restent des moments d’intense bonheur mais je retiendrais une photo faite l’été dernier sur la Loire. Celle d’un balbuzard pêcheur nettoyant son plumage dans le courant de la Loire après avoir consommé sa proie. J’ai pu partager depuis mon affût flottant l’intimité de ce rapace qui constitue mon Graal en tant que photographe de la Loire. Quel beau cadeau m’a fait cet oiseau sans le savoir, j’avais du mal à y croire tellement c’était beau et inespéré. Des larmes de joie se sont mêlées au fleuve ce matin là.

balbuzard pêcheur

Êtes-vous autodidacte ou avez-vous suivi des cours ? Est-ce nécessaire pour faire de belles photos ?héron
Je n’ai jamais suivi de cours ou fait partie d’un club photo. Ma pratique de la photo est très solitaire. Mais j’ai beaucoup appris à la lecture de guides spécialisés comme par exemple celui de Gilles Martin « Photographier la nature dans tous ses milieux ». Les forums photo de discussions sont également une source d’informations très utiles et grâce à eux, j’ai fait la rencontre de photographes qui sont devenus des amis.

Avez-vous déjà été confronté à des situations atypiques ?
Il m’est arrivé alors que j’affutais le martin pêcheur sous une toile de camouflage de me retrouver avec l’oiseau posé sur ma tête. Je pouvais sentir à travers la toile ses petites pattes, j’aurais bien aimé immortaliser cette scène plutôt cocasse.

Que souhaitez-vous apporter ou quelles émotions avec vos photos souhaitez-vous faire transparaître ?
J’ai envie de montrer aux gens combien la nature est belle. Ils l’ont souvent à portée, toute proche d’eux, mais ne prennent pas le temps de la regarder. Lors d’expositions, je rencontre des personnes qui s’émerveillent devant une photo de sterne en vol en me demandant de qu’elle espèce il s’agit. Ils ont du mal à me croire quand je leur dis que la photo a été prise depuis un pont en plein centre ville. « Balade Nature », mon site web qui a plus de 10 ans d’existence, a été créé avec ce désir de partager, de donner envie de partir à la rencontre de la Nature.

nature

Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?
mouetteJe ne fais pas de plan à long terme. La semaine en hiver, je ne pense qu’à l’affût que je vais tenter le week-end prochain et dès la belle saison revenue, l’affût est dans le coffre de la voiture pour aller à l’eau dès la sortie du travail. Il y a beaucoup de sujets à travailler près de chez moi et je dois faire des choix chaque année faute de temps. J’ai commencé à monter des expositions seulement l’année dernière, ce fut beaucoup de préparation mais les retours furent très bons et je vais continuer.

Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Actuellement je prépare un article pour un magazine spécialisé qui paraitra au printemps. Mon exposition « Oiseaux de Loire » sera visible durant tout l’été à la Maison de Loire de Jargeau (45). Je présenterais une nouvelle exposition ayant pour thème « Les mammifères de nos campagnes » au mois de septembre à Saint Cyr sur Loire (37). Côté voyage, le prochain est prévu en avril et sera consacré à la photographie de paysages.

Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
J’ai connu le site Photovore grâce aux copains qui se sont déjà prêtés au jeu des questions/réponses. On admire souvent des photos sans rien savoir sur leur auteur, cette rubrique me plait car j’y découvre le parcours du photographe qui se cache derrière elles.
En tous cas, j’espère vous avoir donné envie de mettre le nez dehors avec l’appareil photo autour du cou. Et n’oubliez pas que votre plus belle photo reste encore à faire…
Merci à vous et longue vie à Photovore.

couple d'oiseau

Merci Olivier pour cette interview très intéressante et enrichissante, toute l’équipe se joint à moi pour te souhaiter une excellente année 2009.

Voir le site Balade Nature du photographe Olivier Simon.

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Il y a 4 commentaires


  1. 1 Frank jan 26th, 2009 at 18:27

    Wouah, wouha, wouha…. Que de magnifiques photos ! Effectivement Olivier vient de me donner envie de reprendre mon appareil et partir en rando ce weekend ;) En espérant qu’il y est un peu moins de vent…

    Merci à Olivier et Maxime pour cette interview, c’est très intéressant de pouvoir avoir l’avis et les conseils de photographes aussi talentueux. De plus, je remarque qu’il n’y a pas que des photographes pro et c’est aussi révélateur de la photo d’aujourd’hui, qui reste pour certains une réelle passion ;)

  2. 2 Gérald jan 29th, 2009 at 10:08

    C’est toujours un grand plaisir de voir les images d’Olivier.

  3. 3 philippe fév 7th, 2009 at 21:07

    Olivier est un photographe aussi talentueux que super sympa et je crois que ses plus grandes qualités sont l’humilité et un amour immodéré pour la nature : ses images transpirent cette sensibilité et c’est pourquoi elles sont si merveilleuses.

  1. 1 You are so b... 2 - Seite 3 - Leica User Forum Pingback on fév 1st, 2009 at 20:12

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