10 décembre 2008

La photo vue par Etienne Compère

J’ai le plaisir de vous faire découvrir cette semaine l’interview d’un jeune photographe au talent prometteur, Étienne Compère. Passionné par la photographie, la nature et les grands espaces montagnards, Étienne partage avec nous cette passion grandissante… Découvrez vous aussi ce jeune photographe.

Bonjour Étienne. Alors la photo, une réelle passion ?
Bonjour Maxime. La photo est en effet une vraie passion, cela fait déjà plusieurs années que ça dure ! Tout aLa photo vue par Etienne Compère commencé grâce à la découverte des Pyrénées en 2003… un vrai petit coin de paradis dans lequel la beauté de la nature qui vous entoure se fait ressentir à chaque instant. Je n’avais pas encore d’appareil photo à cette époque et le besoin de retranscrire ces magnifiques paysages était de plus en plus pressant. C’est au cours de l’été suivant que je commence à m’intéresser à la photographie, à découvrir une multitude de techniques toutes plus complexes que les autres pour enfin savoir que je ne pourrai jamais me séparer de cet art !

En dehors des Pyrénées, c’est surtout la Normandie d’où je suis originaire qui a vu croître cette passion, bien que le manque de montagnes aux alentours fut très pesant voire même désespérant ! J’ai donc décidé d’aller voir ailleurs et de me rapprocher de la montagne en m’installant à Grenoble au début de cette année scolaire (je suis aussi un banal étudiant de 20 ans !) afin de vivre pleinement ma passion.

Quel est votre objectif ? Devenir professionnel ou satisfaire votre passion et prendre du bon temps ?
Je n’ai pas d’objectifs particuliers pour l’instant ; disons que mon approche photographique est en dehors de tout calcul rationnel. Devenir professionnel paraît si loin… mais pourquoi pas un jour, à condition évidemment de toujours pouvoir faire ce qui me plait, d’aller où bon me semble quand je le souhaite et de surtout sans se prendre la tête !

La photo vue par Etienne Compère

En dehors de cette éventualité, c’est avant tout pour le plaisir que je pars dans la nature appuyer sur le déclencheur. Le sentiment de bonheur que l’on ressent quand on est en montagne, au bord d’un lac, à s’activer autour de son appareil lors du coucher de soleil est si fort, jamais je ne pourrais m’en passer !

Quels matériels photos utilisez-vous et pourquoi ce choix ?
La photo vue par Etienne CompèreJ’utilise actuellement le reflex numérique canon EOS 10D, un boîtier dépassé depuis longtemps mais qui me convient jusqu’à présent, même si je sais que je m’en séparerai dès que possible pour un boîtier full frame tel que l’EOS 5D qui possède une dynamique étendue fort appréciable pour gérer les écarts de luminosité d’une scène. La gestion du bruit est aussi un vrai problème sur le 10D, la photo de nuit devient quelque chose de vraiment laborieux avec ce boîtier et les déceptions sont nombreuses !

L’objectif monté constamment sur le boîtier est le canon 17-40 f/4, la référence en photo de paysage ; il a pris la place du sigma 10-20 f/4-5.6 qui a mal supporté un séjour dans le Vercors. Le grand angle en paysage est pour ma part indispensable, le dynamisme apporté à l’image par le renforcement de la perspective et des lignes est fascinant !

J’utilise également le sigma 150 f/2.8, une référence pour la macro mais qui s’avère également bien pratique pour les gros plans de paysages. Sans oublier un trépied stable et léger (le poids du matériel devient problématique en randonnée), les filtres gris dégradés qui permettent d’équilibrer la luminosité du ciel avec celle de la terre, le polarisant, etc.

Pouvez-vous nous expliquer dans cas il est intéressant d’utiliser un déclencheur souple ?La photo vue par Etienne Compère
Aux heures de lever et de coucher du soleil, horaires bien connus du photographe de paysage, l’usage du trépied s’avère assez indispensable. Le déclencheur souple est alors bien souvent nécessaire dans ces situations pour éviter d’avoir une image floue.
Le tandem trépied-déclencheur souple (ou télécommande) est en quelque sorte l’arme redoutable pour celui qui veut pouvoir affronter sereinement la plupart des situations !

Le déclencheur souple avec sa position de blocage est également indispensable pour les longues poses excédant les 30 secondes, comme les photos de filé d’étoiles qui atteignent bien souvent une heure de pose…

Quels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez-vous lors de vos reportages ou shooting ?
Sur le terrain, j’emporte quelques gigas de cartes mémoires qui me permettent de rester jusqu’à une semaine en autonomie ainsi que tous les accessoires de base comme le trépied, les filtres, 3 batteries, etc. En randonnée, l’appareil, les objectifs et les petits accessoires sont dans une petite sacoche d’épaule, le trépied est fixé au sac à dos qui lui contient toutes les affaires de bivouac et la nourriture. J’ai donc au total environ 5 kilos de matériel photo, j’essaie de m’alléger le plus possible en supprimant le superflu sur le reste des affaires… La chose n’est pas facile !

Je traite ensuite mes photos avec Photoshop CS3 sur un PC équipé d’un écran CRT 19 pouces non calibré (j’espère le faire bientôt) même si en ce moment je me débrouille comme je peux avec un vieil ordinateur portable bien trop lent pour le traitement d’images.

J’essaie au travers du « développement » des images de restituer la vision de la réalité que j’ai eu lors de la prise de vue. Il n’y a donc pas de traitement spécial appliqué à mes images, je m’en tiens à un ajustement des contrastes, une augmentation de la dynamique, une légère saturation des couleurs et rien d’autre. C’est à mon avis pendant la prise de vue que tout se joue…

Des paysages montagnards magnifiques, mais des conditions probablement extrêmes, comment préparez-vous vos reportages ?
Tout commence la plupart du temps par la découverte sur internet, dans les livres ou encore dans les magasines de lieux qui automatiquement me font vibrer… des espaces sauvages, relativement préservés et surtout beaux ! Vient ensuite une étude approfondie du sujet, je cherche à connaître son potentiel photographique via la lecture de cartes au 1/25000° tout en déterminant quelle sera la position du soleil au lever ou au coucher, j’évalue le trajet nécessaire pour y accéder et je guette la météo (le ciel bleu n’est pas toujours recherché, un plafond nuageux ou une mer de nuages sont bien plus attractifs !) pour connaître le jour idéal et aussi pour savoir à quoi je dois m’attendre si je bivouaque sur place.

La photo vue par Etienne Compère

Les batteries sont toujours chargées au maximum avant de partir, les cartes mémoires vides, l’appareil prêt à déclencher. Cela est d’autant plus nécessaire lorsque je pars plusieurs jours en autonomie complète.

Je m’en tiens jusqu’à maintenant à la découverte de paysages – montagnards en grande partie – plus ou moins proches comme les Pyrénées et les Alpes, tout en espérant un jour pouvoir voyager bien plus loin, autour du monde et de ses merveilles naturelles…

Pouvez-vous donner quelques conseils aux lecteurs qui aimeraient faire de belle photo de paysage ?
Être passionné, pratiquer et surtout s’émerveiller ! On ne fait malheureusement pas une « belle » photo de paysage quand on le souhaite, encore moins quand on vient de se lancer dans cette discipline pour le moins ingrate, cela vient avec le temps ; à moins d’avoir un sens inné de la composition et un coup d’œil de génie… Chose rare qui a plutôt tendance à se développer avec la pratique justement !

La photo vue par Etienne Compère

Mais plus réellement, il s’agit de privilégier les heures de coucher et de lever du soleil, là où la lumière est la plus photogénique (la plus magique également) et où les couleurs sont bien plus envoûtantes. Arriver avant l’instant crucial permettra de choisir un emplacement idéal avec un premier plan de choix et aussi d’affiner les réglages de son appareil (trouver la bonne exposition en prenant plusieurs prises test, etc.) pour pouvoir ensuite se consacrer pleinement à la scène qui se dévoile devant nos yeux. Prendre le dessus sur le matériel pour se concentrer uniquement sur la photo à faire est à mon avis essentiel.

Doit-on connaître certaines techniques de prise de vue pour obtenir de bon résultat ?
La photo vue par Etienne CompèreJ’aurais tendance à dire oui même si cela n’est pas forcément nécessaire. La technique venant avec le temps, on peut très bien obtenir de bons résultats lorsque l’on débute, et heureusement ! Mais il est vrai que la connaissance et la maîtrise de la composition (le point clé d’une photo à mon avis), le sens du cadrage on encore la bonne gestion de la lumière comme techniques de base en photographie permettent d’obtenir davantage de bons résultats et de progresser plus rapidement par la suite.

Sans oublier le traitement de la photo sur l’ordinateur, savoir resserrer les niveaux, ajuster la balance des blancs, la luminosité et le contraste… Tant d’opérations qui avec l’avènement du numérique deviennent aussi utiles que les techniques de base en photographie.

Quels sont vos plus beaux souvenirs et votre photo préférée ?
Je n’ai pas de photo préférée à proprement parler, j’ai bien quelques préférences pour certaines images maisLa photo vue par Etienne Compère qui évoluent au fil du temps. Actuellement, j’avoue avoir un faible pour une image prise en juin dernier sur le balcon Est du Vercors où l’on aperçoit dans une ambiance embrumée toute une succession de montagnes allant de la région du Trièves jusqu’aux sommets plus imposants de la Chartreuse. J’avais bivouaqué au pied du Grand Veymont (le point culminant du Vercors) pour ensuite le lendemain matin, et après une course contre le soleil, atteindre le sommet de l’Aiguillette avant que les premiers rayons ne viennent percer le ciel. Il y avait beaucoup de brume ce matin-là, et les cadrages au grand angle n’apportaient pas grand-chose de nouveau… J’ai vite choisi d’utiliser le 150 mm afin de mieux me concentrer sur une zone précise du paysage.

Je garde un très bon souvenir de cette matinée passée sur ce promontoire, à regarder le soleil se lever derrière les Alpes et à me retourner pour voir les Hauts-Plateaux inondés de lumière… Chaque photo que je garde lorsque vient la sélection des images correspond généralement à un bon souvenir passé sur le terrain, et inversement.

Le matériel, c’est bien ! Mais l’œil du photographe, c’est mieux ! Alors selon vous comment peut-on le développer ?
En s’appliquant tous les jours, même quand on n’est pas devant son viseur à regarder la réalité de façon réfléchie, et non pas de manière instinctive. Certains ont la chance d’avoir naturellement ce coup d’œil qui va transcender une scène alors que d’autres comme moi devront le développer petit à petit.

La photo vue par Etienne Compère

Le moyen de développer cet œil du photographe tant convoité est à mon avis de pratiquer et toujours pratiquer, en faisant toutefois bien attention à ce que l’on a dans le viseur, savoir ce qui ne va pas, ce qui pourrait être mieux et ce qui est bien dans la composition de l’image. La chose est loin d’être facile !

Êtes-vous autodidacte ou avez-vous suivi des cours ? Est-ce nécessaire pour faire de belles photos ?
Aucun cours en ce qui me concerne, juste quelques éléments de base piochés sur La photo vue par Etienne Compèrele web (c’est le gros avantage des forums) ainsi qu’une lecture attentive du manuel de l’appareil… Je n’ai jamais voulu suivre de cours, j’ai préféré faire ce que je voulais et développer moi-même mon propre rapport à la photographie. Paradoxalement, c’est peut-être le fait de me sentir passionné qui m’a fait choisir l’école « buissonnière » !

Avez-vous déjà rencontré des problèmes ou avez-vous été confronté à des situations atypiques ?
Je n’ai jamais rencontré de cas véritablement extrêmes lors de sorties en plein nature, j’essaie dans ce sens de minimiser les risques et de me sentir protégé par ce qui m’environne. Les « problèmes » les plus fréquents sont surtout les mauvaises surprises lors du réveil en pleine nature, quand les conditions exceptionnelles tant espérées se concrétisent par un brouillard parfois mêlé de neige rendant très délicat l’exercice photographique…

J’ai aussi beaucoup de mal à arriver à l’heure pour le coucher de soleil. Avec cette sale habitude de partir au dernier moment, les derniers mètres d’une randonnée se font bien souvent sur un rythme effréné !

Quels sont vos terrains de photographie préférés, ceux qui vous inspirent ?
L’univers de la montagne me fascine depuis toujours, la force qui s’en dégage me fait vibrer à tout instant… Les grands espaces sauvages ont également ma préférence, la montagne en faisant partie.

Il y a toujours cette lueur dans ma tête quand je cherche un lieu où je pourrais aller faire quelques images. J’espère toujours tomber sur un espace enchanteur, le plus sauvage possible, et dans lequel la mysticité qui s’en dégage vous soulève pour vous procurer un sentiment de bien-être absolu… J’ai pu jusque là rencontrer nombre d’endroits se rapprochant de cette description mais jamais avec autant de force s’en dégageant. C’est en quelque sorte une quête que je m’évertue à suivre dans mon approche photographique. Je sais déjà que cette quête aura de fortes chances de me mener un jour vers l’Himalaya, l’Islande et la Patagonie, le « triangle » de rêve de bon nombre de photographes de paysages.

La photo vue par Etienne Compère

Je rêve aussi de découvrir les montagnes du monde unes à unes, avec leurs spécificités, leurs visages multiples, leurs attitudes complexes et gracieuses, leurs habitants et leurs cultures…

Que souhaitez-vous apporter ou quelles émotions avec vos photos souhaitez-vous faire transparaître ?
La beauté. La beauté du monde qui nous entoure, qui est le plus souvent à deux pas de la maison mais que l’on oublie trop vite. C’est en mettant en avant une nature sauvage, libre et infiniment supérieure que je souhaite au travers de mes images susciter cette impression de beauté et de grandeur qui mène à l’émerveillement et au respect du monde, de soi et des autres… C’est du moins ce vers quoi j’aspire, car je sais que je suis loin d’arriver à un tel but !

Quels sont vos photographes préférés, ceux qui vous impressionnent ? Et pourquoi ?
Je dois bien avouer que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la photographie de paysages depuis que j’ai découvert les œuvres de deux photographes que j’ai le plaisir de côtoyer sur le terrain et dont le talent et l’originalité n’ont rien à envier aux plus grands : Vincent Favre et Xavier Jamonet. Leur approche artistique qui se traduit par la recherche de conditions exceptionnelles capables de créer des ambiances fantastiques mais bien réelles m’enchante toujours autant.

La photo vue par Etienne Compère

C’est seulement ensuite que j’ai pu découvrir quelques grands noms de la photographie de paysages comme Galen Rowell, Marc Adamus ou encore Michael Anderson. Là encore, c’est avant tout la qualité artistique et l’émotion qui se dégage de leurs images qui m’attire le plus, avec toujours ces conditions permettant de sublimer n’importe quel paysage sauvage.

Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?
Le plus naturellement possible, je continuerais toujours à arpenter la montagne et ses merveilles, cherchant avant tout à faire ce qui me plait, à progresser… bref à continuer la voie dans laquelle je suis lancé, avec tout ce que cela peut apporter de nouveau et de bienvenu, comme cette interview !

Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Rien d’important pour le moment, j’essaie de sortir régulièrement en montagne aux alentours de Grenoble même si le rythme de ces sorties pourrait être plus soutenu ! Je pense aussi aux Pyrénées, montagnes qui m’enchantent chaque jour un peu plus, et qu’il me tarde de retrouver dès que possible…

Je dois aussi faire une mise à jour de mon site web depuis des mois, elle devrait voir le jour d’ici la fin de l’année j’espère !

La photo vue par Etienne Compère

Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
J’ai été très agréablement surpris d’apprendre que j’allais avoir une interview sur Photovore, site que j’ai découvert par le biais de l’interview de Nicolas Dory et que je parcours régulièrement pour son contenu de qualité. C’est la première fois que je me plie au jeu de l’interview et je dois bien dire que l’expérience est plutôt amusante et enrichissante !

Merci Étienne d’avoir partagé avec nous cet instant photo, nous vous souhaitons un bel avenir dans la photographie et nous espérons vous revoir bientôt sur Photovore. N’hésitez pas vous aussi à soutenir le travail de ce jeune photographe prometteur…

Voir le site d’Étienne Compère, Collines et Vallées.

Si vous aussi, vous êtes photographe amateur ou professionnel et que vous souhaitez répondre à nos questions, n’hésitez pas à nous contacter.

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Il y a déjà un commentaire


  1. 1 Thomas déc 11th, 2008 at 8:23

    Merci à photovore de nous faire découvrir un photographe très talentueux !!! A seulement 20 ans, ça laisse présager un avenir assez exceptionnel à Etienne !

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