28 octobre 2009

La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné

Je vous invite cette semaine à découvrir au travers cette interview, le talent d’un grand photographe de nature et de paysages, Patrick Dieudonné. Patrick Dieudonné est né en 1963 à Hayange en Moselle. Suite à des études littéraires, une maîtrise, une agrégation de Lettres modernes et un professorat jusqu’en 2003, Patrick se découvre une nouvelle passion pour la photo en 1995. Il franchît ensuite le pas et devient photographe professionnel indépendant en 2004. Installé depuis en Lorraine, Patrick s’est lancé dans la photographie animalière en suivant la migration des oiseaux de l’Espagne à la Norvège. C’est en découvrant, les magnifiques paysages de l’Europe du Nord qu’il s’est orienté vers la photo de paysage et de voyage. Patrick guide aujourd’hui des voyages photographiques à l’étranger (Écosse, Shetland, Toscane, Islande) avec des firmes françaises et étrangères. Il milite par ailleurs pour la protection de la nature dans plusieurs associations et projets en France et à l’étranger.

Bonjour Patrick, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?
J’ai vraiment découvert la photographie assez tard, il y a une douzaine d’années…c’est à un ami et collègue professeur d’alors, photographe animalier passionné, que je dois cette découverte qui a complètement changé ma vie, puisque me voici maintenant photographe professionnel. J’ai fait mes premières armes en photographiant des oiseaux dans mon jardin. J’ai rapidement investi dans du matériel à la hauteur (600 mm /f4 d’occasion) puis j’ai commencé à voyager dans toute l’Europe à la recherche des oiseaux, que j’ai accompagnés dans leurs migrations de l’Espagne à la Norvège, entre 1998 et 2000, prenant au besoin des disponibilités partielles pour pouvoir être libre aux bons moments. Cela m’a donné l’occasion de découvrir les pays de l’Europe du nord, dont je suis tombé amoureux (Shetland, Écosse spécialement). Je me suis mis alors aussi à la photographie de paysages et de milieux naturels, et d’illustration générale, avec un accent sur l’authentique et le traditionnel, en Écosse, Angleterre, Irlande, par exemple, puis en Afrique aussi et plus récemment aux îles Féroé et en Islande.

labbe parasite

D’où provient cette attirance pour la nature et la photographie animalière ?
Tout petit déjà, je courais les bois sans arrêt ! Mon animal préféré à l’époque était le faisan, pour l’émotion et le flash de couleurs qu’il vous procurait en décollant lourdement dans vos pieds… Pour moi, photographier la nature, et les oiseaux avant tout, c’est d’abord retrouver ces émotions d’enfance, le plaisir des rencontres attendues ou offertes et des petits matins solitaires, mais c’est aussi prendre conscience, par la patience et la connaissance que la photographie de nature requiert, de ce qui nous unit à elle en profondeur. Amour, force et faiblesse, beauté, courage, détermination, tous les animaux sauvages que j’ai photographiés suscitent en moi une profonde empathie. La migration des oiseaux par exemple est un phénomène qui me fascine vraiment : penser qu’un passereau comme le traquet motteux traverse tout l’Atlantique depuis le Groenland, puis le Sahara pour rejoindre ses quartiers d’hiver témoigne de forces qui nous dépassent fort largement. Sur un plan plus altruiste, le partage est aussi essentiel. Une belle photo peut nous extraire au moins temporairement de notre bulle technologique et nous amener à cette constatation simple que le moindre être vivant est une merveille autrement complexe que nos gadgets habituels. Et ces merveilles sont hélas menacées et impossibles à réinventer. Notre  » ingéniosité » a ses limites !

echasse blanche

Peux-tu nous parler de ta région la Lorraine, ton espace photographique ?Meuse
D’autres que moi en ont déjà parlé en images et l’ont fait bien mieux que je ne saurais le faire, Vincent Munier et Fabrice Cahez par exemple. Mon espace photographique se situe majoritairement ailleurs. Mais la Lorraine est une très belle région, avec des milieux diversifiés, des forêts et des écosystèmes encore fonctionnels pour beaucoup. Chat sauvage, lynx, chamois, castor, voilà quelques mammifères emblématiques que d’autres régions peuvent nous envier ! La Moselle et la Meuse, malgré les atteintes nombreuses, restent encore des rivières sauvages, surtout en amont, abritant une flore et une faune magnifiques. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à photographier en Lorraine, j’y ai fait mes premières photos réussies et mes premières découvertes, particulièrement sur la Moselle près de Toul et dans les Vosges, puis dans la Meuse où j’habite maintenant. Et je continue avec grand plaisir à photographier en vallée de Meuse, l’une des dernières grandes vallées naturelles de France.

Pourquoi avoir choisi de te diversifier dans différents thèmes photographiques ?
Je pense que tout s’imbrique et se touche dans un pays ou un terroir qui a une âme et je n’aime pas trop les catégories et découpages trop commodes. Paysages, milieux naturels et communautés humaines partagent une histoire, harmonieuse ou conflictuelle selon les cas, et un présent, qui restent à comprendre et illustrer. On ne peut cependant tout faire et tout savoir, il faut donc se spécialiser un peu, mais pas trop. Je suis maintenant principalement photographe de paysages, mais en photographiant aussi la faune, le patrimoine historique ou architectural, je revendique un statut de « généraliste » alors que la spécialisation peut sembler a priori nécessaire si l’on veut être identifié et reconnu. J’aime d’ailleurs explorer de nouvelles techniques de prise de vues, comme la photographie aérienne en paramoteur. J’ai mon brevet de pilote, ma propre machine, et je vole comme un oiseau… un vrai rêve, mais il faut être assez prudent tout de même en situation de prises de vue, plus que je ne l’ai été au début. Suite à une blessure à l’atterrissage et à d’autres projets j’ai mis un peu cette activité en attente mais je pense reprendre dès que possible, c’est trop excitant ! Parallèlement, cette polyvalence peut aussi faciliter les choses professionnellement. Il est difficile de vivre de la photographie de faune uniquement, dans un contexte de marché à la fois saturé et très concurrentiel. Ce qui entraîne des dérives vers la photographie commerciale (parcs, faune sous contrôle, voyages natures clés en main) et d’autres choses encore que je trouve peu attractives. Je préfère chercher davantage mes sujets tout en voyageant et découvrir en passant une foule d’autres choses, plutôt que, par exemple, louer – très cher – un affût à ours en Finlande et m’y enfermer sans avoir le temps de jeter un regard alentour… Cela dit, à chacun ses goûts et ses plaisirs, je ne juge pas…

vallée de la marne

Travailles-tu avec des agences photo ou travailles-tu en direct avec des magazines ?
ShetlandJ’ai travaillé en direct avec des magazines au début, avec le plaisir de réaliser des articles textes et photos de temps en temps, mais j’ai un peu arrêté tout cela suite à des difficultés à être payé pour certains articles (ne citons pas de noms). Je reprendrai certainement avec plaisir une ou plusieurs collaborations magazine si la situation s’améliore…Je suis en fait peu publié en France, en dehors des travaux de commande ou des ventes directes que je peux y réaliser.
La grande majorité des photos que je publie le sont à l’étranger par l’intermédiaire des agences photo internationales (5 ou 6) qui représentent mes images. Celles-ci sont utilisées dans des livres, brochures, calendriers, le web, etc. Certaines images ont fait plusieurs couvertures livres ou magazines, ou ont été publiées par le National Geographic. Je suis très heureux d’être maintenant représenté par le n° 1 mondial, Getty Images. C’est une référence qui m’ouvre certaines portes, car cette agence est très sélective et possède une énorme force de vente. Cela dit, elle est aussi celle qui impose aux photographes le taux de rémunération par image le plus bas (35 %).
C’est un peu un rêve… Avoir accès à des agences prestigieuses et voir son travail distribué de la sorte. Mais la concurrence et la pression sont fortes. Il faut aimer voyager, financer toutes les dépenses de matériel et de trajets en amont sans savoir par avance combien d’images seront retenues par les agences… il faut aussi maîtriser assez bien l’anglais pour légender précisément les images dans cette langue. En complément des revenus d’agence je réalise aussi des travaux de commande, je vends bien sûr des droits de reproduction des images en ligne et des tirages signés en direct à partir de mon site web, qui comprend plus de 10.000 photos.

Selon toi, est-il encore possible pour un amateur de se lancer et de réussir dans une carrière de photographe animalier ?
Tout est toujours possible. Il y faut de la détermination et beaucoup de travail, comme dans tous les domaines photographiques, et sans doute un peu de chance aussi. Cependant la photo animalière a été l’objet d’un énorme engouement dans ces dernières années, grâce en partie à des matériels de plus en plus performants qui mettent d’emblée l’amateur et le professionnel sur un quasi pied d’égalité (ce qui n’était pas le cas avant le numérique). La concurrence entre amateurs éclairés et professionnels est donc très forte, avec de nombreux amateurs qui donnent ou vendent leurs photos. On s’achemine peut-être vers un statut intermédiaire du photographe nature, avec beaucoup moins de pros et beaucoup plus de semi-pros dans la discipline. Un moyen de continuer à vivre de cette passion, qui se généralise étant donné la déréglementation qui prévaut actuellement sur le marché de l’image (agences microstock, etc) est de combiner photographie personnelle et pédagogie sur le terrain (encadrement de voyages photos, stages, etc). Il y a une forte demande dans ce domaine avec le numérique qui permet une pédagogie directe, grâce à la visualisation immédiate des photos.

La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné

De ton côté, tu sembles avoir réussi ? Quels évènements ont ponctué et lancé ta carrière ?
Comme je le disais plus haut, les choses évoluent favorablement actuellement, après des débuts assez difficiles. Mais on n’est jamais sûr de  » réussir » vraiment dans ce métier. Il faut toujours se remettre en question, et l’équilibre financier est toujours un peu précaire, car les frais sont très importants. Si l’on veut photographier hors de sa région, il faut voyager – il faut aussi suivre l’évolution technologique des boîtiers et des optiques, une fascinante mais ruineuse évolution…

La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné

Il n’y a pas eu à proprement parler d’élément réellement déclencheur ou détonnant dans mon évolution professionnelle, hormis peut-être le moment où mes images ont été acceptées dans de grandes agences internationales. C’est plutôt une évolution progressive, qui résulte d’un travail de fond à plus long terme. Je me suis lancé dans l’aventure il y a 4 ou 5 ans, avec un stock d’images résultant de 5 ou 6 années de pratique, mais les premières années ont été tout simplement sacrifiées sur le plan photo : je n’ai pas voyagé et très peu photographié, car j’ai scanné et légendé tout mon stock existant, je me suis formé en informatique (construction et contrôle de mon site web et d’autres sites), etc – il y avait un vrai travail de fond à faire, mais qui me permet maintenant une grande indépendance à ce niveau, et me permet aussi d’utiliser internet assez efficacement, ce qui est essentiel. Durant ces années j’ai exposé par deux fois au festival Nature de Montier en Der, un beau travail de commande réalisé pour l’Agence de l’Eau Seine-Normandie intitulé Vallées de Marne, Vallées de Vie, avec des photos de faune, du grand format panoramique et de la photo aérienne en paramoteur, et un travail plus personnel sur Écosse en moyen et grand format panoramique (6×17 cm)(Écosse, de Roc et de Vent). De belles expos (voir mon site) qui m’ont valu des rencontres et des discussions extra avec des passionnés et de grands photographes invités mais qui n’ont pas réellement généré de mutation sur le plan professionnel.

Quels matériel photo utilises-tu ? Est-il mis à rude épreuve ?
La photo nature et de paysages par Patrick DieudonnéJ’utilise beaucoup de matériel, peut-être trop ! C’est parfois une contrainte car il faut sécuriser le matériel en voyage et il y a aussi les restrictions de poids et taille en avion. Je n’ai pas abandonné l’argentique que je trouve encore supérieur au numérique pour le paysage, en moyen et grand format (6×7 et 6×17 cm), pour sa capacité à restituer parfaitement certaines lumières exceptionnelles, son  » modelé » et sa profondeur. L’image numérique, malgré d’énormes progrès récents, ne  » sonne » pas toujours aussi bien, beaucoup de photographes formés à l’argentique partagent cet avis. Mais les agences tendent à préférer maintenant le numérique par standardisation, car l’étape du scan peut être destructrice et le numérique est plus simple à gérer. Je ne sais pas combien de temps je pourrai maintenir cette pratique qui coûte plus cher et souffre de délais contraignants (développement sur Paris, etc), mais je l’aime énormément.
J’ai donc un Pentax 67 II moyen format avec 5 ou 6 optiques dédiées du 45 au 200 mm, une chambre panoramique Fuji GX 617 avec 2 optiques (90 et 180 mm), et bien sûr du matériel numérique. J’ai un D200 en format DX que je n’utilise plus beaucoup, car j’ai aussi un Nikon D3 en format full frame, un appareil exceptionnel qui m’a réconcilié avec le numérique. Je trouvais en effet la visée des appareils normaux assez désastreuse par rapport au 24×36 (sans parler du moyen format), et la qualité des micro-détails insuffisante pour le paysage, sans parler des balances couleurs capricieuses. J’avais aussi essayé un Canon 5D full frame qui ne m’avait pas vraiment convaincu au niveau du rendu des couleurs. Le D3 a magnifiquement résolu ces problèmes et permet des prouesses en lumière ambiante faible et en photo d’action, surtout avec les optiques les plus récentes qui éliminent presque complètement le vignettage et sont très piquées. J’ai évidemment regardé aussi du côté du Nikon D3x – 24 Mpix ! – mais cet appareil est très cher et hormis sa résolution record en 24×36 moins performant que le D3. Il faut donc attendre un D700x plus abordable avec 24 Mpix, j’espère bientôt. Mais les pixels ne font pas tout et il serait préférable que les fabricants travaillent davantage sur le rendu de couleur et la dynamique, qui hélas sont moins attractifs et quantifiables pour le grand public…

Je lui adjoins généralement les optiques suivantes : 14-24 mm AFS 2.8, 17-35 AFS 2.8, 24-70 AFS 2.8, 80-200 AFS 2.8, 300 AFI 2.8 et à l’occasion converters x1.4 et x1.7. Ce qui donne un sac à dos un peu plus lourd et cher que je ne le voudrais, mais sans compromis sur la qualité d’image. J’ai aussi un 80-400 AF stabilisé, très pratique parfois, mais qui souffre de 2 défauts énormes que Nikon devrait corriger : un AF vraiment à la traîne et un collier de pied indigne d’un zoom aussi puissant. Je me suis séparé récemment de mon  » bébé », un 600 mm f/4 que je traînais partout mais qui devenait trop encombrant. Je pense le remplacer par un 500 mm quand je le pourrai, car le 300/2.8 est un peu court pour les oiseaux généralement.
Tout ce beau matériel peut se trouver exposé aux embruns, au froid, à l’humidité quand je photographie dans les pays du nord hors saison ou même en été, c’est pourquoi je le protège dans des sacs à dos Lowepro (Super Trekker, Photo Trekker) ou Tamrac (Expedition 5). Dans les Féroé, où la pluie et le vent sont constants, j’ai utilisé un Dryzone 200 (Lowepro) totalement étanche une fois fermé, ce qui me permet de randonner par tous temps et d’attendre – stoïquement – d’improbables éclaircies. Il est un peu lourd mais parfait pour ces conditions, car j’ai pour principe de protéger le matériel le plus possible pour le garder en parfait état de fonctionnement. Il ne faut pas trop se fier aux tropicalisations que les fabricants annoncent et j’emploie aussi des housses étanches (Kata) dans certaines conditions.

Aujourd’hui, que contient ton sac à dos ou ton fourre-tout sur le terrain ?
FeroeC’est très variable suivant ce que je veux faire. En général, un 17-35, un 24-70, un 80-200 et le D3 pour une configuration légère (relativement). En configuration normale je rajoute un deuxième boîtier (D200) avec le 80-400 monté, prêt à servir pour un plan rapproché ou une rencontre animalière. En Islande ou en Ecosse il arrive assez souvent de tomber, en recherchant des paysages, sur des oiseaux assez peu farouches qui peuvent être photographiés ainsi (pluviers dorés, labbes, par exemple), ou intégrés dans des paysages. Si je randonne moins loin, je prends aussi le Pentax 67 avec 3 optiques, grand-angle de 45 mm, zoom 55-100 et 135 macro. Mais ça commence à peser…Il m’arrive aussi de ne prendre que le matériel argentique si la lumière est très belle, 6×7, ou 6×7 et chambre panoramique. Enfin, quand je me sens plus courageux ou un peu masochiste, je prends tout sauf le 300/2.8 dans un seul sac super trekker et j’essaie différentes choses sur le terrain, les options sont alors illimitées mais le poids peut dépasser 20 kg…à pratiquer avec modération ! Je porte en plus toujours un pied photo pour la composition et les poses longues. Comme pied photo, j’ai deux Gitzo, un série 3 (GT3540 LS) et un série 1(GT1541) en carbone 6X. Ils sont étonnants de légèreté et de rigidité. J’utilisais avant des Gitzo alu (série 3, 4 et 5), excellents mais pesant bien plus. Je les utilise encore en affût ou sur des sols meubles ou par grand vent, car ils sont plus stables grâce au poids. Ces pieds sont coiffés de rotules ball américaines pas distribuées en France, mais qui sont excellentes et très belles, les rotules RRS BH-55 et BH-40 (Really Right Stuff).

Le contenu de ton sac photo est-il différent en fonction des pays ou des sujets rencontrés ?
Oui, surtout si je voyage en avion. En voiture j’ai tendance à prendre tout pour tout avoir sous la main, mais en avion je me limite à l’essentiel, ce qui veut dire que le moyen format et la chambre panoramique restent alors – hélas – à la maison. En Afrique et à Oman par exemple, destinations animalières avant tout, le matériel était limité aux gros télés (300, 600), avec des sacrifices sur le paysage : un grand-angle 18-35, un 50 mm et un 80-200 …

La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné

Avec quel matériel informatique travailles-tu sur le terrain ? Es-tu en relation directe avec des agences ou presses spécialisées ?La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné
J’emporte un ordinateur portable Toshiba de 15.4 pouces avec des disques durs externes Western Digital de 500 Go, deux pour doubler les sauvegardes. J’alimente les appareils avec un convertisseur léger 12V/220V que je branche sur l’allume-cigare de mon Volkswagen Transporter aménagé ou d’autres véhicules que j’utilise sur le terrain. Le convertisseur est une pièce d’équipement tout à fait indispensable.
Je ne procède généralement à aucune retouche sur place, car les écrans de portable sont souvent trompeurs. Tout ce travail est fait à la maison sur un écran photo calibré et plus fiable. Comme je travaille assez rarement dans l’urgence, je ne transmets pas les fichiers à distance depuis l’étranger à mon agence principale. J’attends d’être de retour pour ce faire, mais il m’arrive parfois de trouver des clients imprévus sur place à l’étranger, et dans ce cas la technologie actuelle permet de finaliser et de livrer des photos rapidement.
En Islande l’an dernier j’ai réalisé ainsi un travail de commande pour un site internet dans un lieu reculé, battu par la neige et les tempêtes au mois de Novembre, mais hébergé et assisté au besoin par des islandais sur place. Une expérience enrichissante en direct !

Quelles sont tes techniques pour approcher les animaux ?
J’ai beaucoup pratiqué l’affût camouflé, qui est la technique la moins intrusive et la plus efficace lorsqu’on a du temps devant soi. J’ai utilisé aussi des affûts flottants, qui permettent des rencontres tout à fait extraordinaires lorsqu’ils sont acceptés mais peuvent se révéler parfois un peu stressants pour la faune dans certains cas. Une autre technique classique souvent utilisée en voyage est l’approche en voiture, avec des filets de camouflage pour briser l’effet de silhouette et les mouvements du photographe à l’intérieur. Avec un peu de patience on peut réaliser ainsi de très bonnes photographies d’oiseaux. L’approche finale se fait souvent moteur coupé, en laissant la voiture – en fonction du terrain – courir sur son erre. C’est plus efficace. Enfin, en approche en terrain découvert (pays du nord), si l’oiseau vous a vu et si vous êtes à pied, il est souvent inutile de chercher à se dissimuler après coup ou de ramper, ce qui ne fera que l’inquiéter davantage. Je copie alors une manœuvre de diversion qu’utilisent ces mêmes oiseaux, la technique de l’aile cassée. Je me fais le plus lent et le plus maladroit possible, en ralentissant à l’extrême tous mes gestes et en claudiquant visiblement dans une approche lente mais directe et en vue. Ainsi l’oiseau croit avoir affaire à un prédateur potentiel, mais si mal en point qu’il n’y a guère à redouter de sa part, et cet intox psychologique permet souvent (ça ne marche pas à tous les coups mais c’est efficace) une approche à courte distance. Enfin, parfois, il est préférable de ne pas approcher tout de suite et d’étudier plutôt les compositions possibles de plus loin…

guepier nain

Y-a-t-il des techniques particulièrement efficaces pour photographier les paysages ?
Il faut de bonnes bases techniques pour maîtriser l’exposition en paysage à la chambre panoramique (la mesure se fait au spotmètre à main) et plus généralement lorsque la lumière La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonnéchange ou que des zones d’ombres ou de forts contrastes apparaissent. Le numérique a bien simplifié cela grâce aux histogrammes, mais il est préférable de poser juste de suite à l’instinct ou par expérience plutôt que de passer son temps à bracketter un peu au hasard !
Le principal problème en paysage est la gestion de la dynamique, souvent énorme. La majorité des photographes ont du mal à analyser une scène en termes d’écart de luminosité ou de diaphragmes (ou d’IL, pour employer un autre terme). L’œil humain est une merveille qui peut compenser des écarts de luminosité de plus de 10 diaphragmes ou IL, alors que l’appareil (film ou numérique) ne peut « voir » et enregistrer que 4 ou 5 IL ou diaphs au grand maximum. D’où d’énormes déceptions à l’arrivée, ciels blancs et premiers plans enterrés ! Il faut bien comprendre cela dès le départ, et je commence toujours par là dans les stages que je donne, que ce soient des stages personnalisés ou les voyages photo que je guide en Islande ou en Écosse. Il suffit de mesurer diverses zones en utilisant la mesure spot de l’appareil ou un spotmètre à main pour voir si la photo peut être faite ou non et si le contraste est gérable (enregistrable) par l’appareil. Dans la plupart des cas un filtre dégradé neutre adapté à la situation et bien placé, couplé ou non avec un polarisant, peut changer totalement le résultat, en le ramenant dans la gamme dynamique visible par l’appareil. C’est un peu le « zone system » d’Ansel Adams sur le terrain. J’utilise pour ma part des filtres dégradés gris Lee filters qui me paraissent indispensables pour équilibrer une photo dès la prise de vues. C’est sans doute ma culture argentique qui ressort (les diapos doivent être parfaites de suite) et je pense qu’il est de loin préférable de faire ce travail in situ plutôt que de bracketter sans filtres et de compter ensuite sur la retouche par ordinateur. Ainsi je ne retouche pas réellement mes photos et je me contente généralement d’un équilibrage des niveaux et des couleurs, ce qui est bien plus rapide sur des lots d’images importants, et au final bien plus naturel. La tentation est en effet forte d’en faire beaucoup trop en retouche et optimisation ; je vois ainsi beaucoup d’images sur-optimisées ou HDR en photo de paysage qui me laissent un peu songeur !

Rien ne remplace la recherche d’une belle lumière sur le terrain, et la quête d’un photographe de paysage doit surtout se focaliser sur ce point, le reste est à mon avis du  » graphisme », qui peut être occasionnellement intéressant, mais dont le principal danger est d’arriver à une déréalisation de l’acte photographique et au final à sa dévalorisation aux yeux du public. Un photographe de nature se doit de la respecter lorsqu’il la met en scène et certaines manipulations (HDR, corrections excessives) sont à mon avis  » too much » , sonnent faux pour des photographes habitués à l’argentique, et nous séparent encore une fois de la nature plutôt qu’ils ne nous en rapprochent. Toute maîtrise technique doit se vouloir invisible !

Combien de photos as-tu dans ta photothèque, et comment les stockes-tu ?La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné
J’ai plus de 10 000 images en ligne sur mon site, donc bien plus du double en diapos et en fichiers numériques. Beaucoup de diapos ne sont pas ou pas encore scannées et restent ainsi sans prendre de place sur mes disques durs, mais elles ne sont pas directement utilisables. Les photos numériques ou numérisées sont stockées sur des DD externes Maxtor et Western Digital de 500 Go à 1 To (Firewire ou USB2). Les 6×7 ou les 6×17 scannés peuvent peser de 250 Mo (l’équivalent de 90 Mpix !) à 400 Mo, il faut donc beaucoup de place pour le stockage. Si l’on veut des scans de qualité, il faut un bon scanner (calibré) et une certaine expérience de l’opérateur. J’utilise un Nikon Coolscan 9000 ED pour le moyen format et le 35 mm et un Imacon Flextight Precision pour le 6×17.
Pour retrouver tout cela rapidement, garder un peu d’ordre dans la production d’images et légender assez rapidement les images en 2 langues (anglais/français), j’utilise IView Media Pro 3, un logiciel de catalogage très performant dans ses différentes versions mais hélas racheté il y a quelque temps par Microsoft… Depuis il n’évolue plus (mais reste très bon) ! Je l’utilise avec Capture One Pro, conçu au départ par Phase One pour des dos numériques moyen format, et qui me sert à développer mes fichiers RAW (je photographie toujours en RAW). Capture One possède une interface et un traitement très rapide, ainsi que des profils couleurs qui me semblent plus naturels et adaptés à ce que je fais que Camera Raw, Nikon NX ou Lightroom. J’ai testé ces logiciels et leurs récentes évolutions qui les rendent un peu  » usines à gaz » et freinent le flux, et je reste fidèle à une démarche plus simple et plus directe que m’offre Capture One, en séparant développement et catalogage.

Que penses-tu et quel regard as-tu sur la photographie d’aujourd’hui ?
Vaste question. Tout bouge et change en apparence à grande vitesse, et on n’échappe pas aux effets de mode, qu’ils soient visuels ou technologiques . Je pense assez souvent qu’il aurait été bien plus simple de passer professionnel dix ans auparavant, mais il se trouve que j’étais loin d’être prêt à l’époque ! Le passage au numérique, une véritable révolution en termes de distribution et de production d’images, m’a un peu pris de court au début. Je pensais que le moyen format argentique était la seule solution – et le resterait encore un moment – pour atteindre une qualité supérieure en paysage et illustration. J’ai pas mal investi dans ce domaine et cela a constitué certainement un avantage pour entrer dans de grandes agences il y a trois ans. Mais maintenant la donne change, et les récents appareils reflex full frame 24×36 peuvent délivrer des fichiers de qualité assez comparable à moindre coût et avec plus de maniabilité. Il reste encore un avantage au MF en termes de réalisme, de couleur et de modelé, mais qui le voit encore vraiment ? Et le MF en numérique reste difficilement abordable hors du studio de mode à gros budget… Je regrette qu’une technologie chasse l’autre à ce point sans tout à fait la remplacer en qualité, mais c’est ainsi, il faut s’adapter.

La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné

Si on laisse les paramètres techniques un peu à l’écart et qu’on revient à l’essentiel, la vision photographique et la création d’images, il ne me semble pas que tant de choses aient changé, même si le niveau technique des images réalisées a fortement progressé en photo animalière. J’aime surtout des gens qui vont au bout de leurs idées et de leurs projets photo et peuvent proposer une certaine cohérence dans leur démarche. En France en photo nature je citerai parmi mes préférés Vincent Munier, Erwan Balança, Hellio et van Ingen bien sûr qui ont toujours été au top, j’aime bien aussi ce que font Michel Loup qui est également très bon en paysage, Christophe Sidamon-Pesson qui a une démarche personnelle, et Gilles Martin pour ses divers talents, la cohérence de sa démarche globale. A l’étranger en animalier je citerai Art Wolfe, Jim Brandenburg, Dietmar Nill, moins connu, parmi bien d’autres grands noms. En photo de paysage j’aime bien des choses, avec une préférence pour des photographes étrangers travaillant en grand format pour la plupart, Jack Dykinga, Colin Prior, Joe Cornish, David Muench, Galen Rowell et bien d’autres…

Quel est ton regard sur les banques d’images et microstocks qui vendent des photos à 1€ ?
grand koudouLes moyens techniques de diffusion et de production sont là, il fallait donc s’attendre à voir apparaître une photographie de masse comme on parle de consommation de masse. Au début ces images étaient de basse qualité et strictement commerciales, et faisaient peu d’ombre aux véritables agences, qui vendent principalement des images à droits gérés. Mais il devient possible maintenant d’y trouver assez souvent des images de paysage ou d’illustration correctes ou même très bonnes parfois. A terme on se demande ce qui restera aux grandes agences … Mais les principaux responsables ne sont pas tant les entreprises qui pratiquent ce genre d’offre que les photographes experts trop naïfs qui se disent qu’ils pourront gagner quelques sous avec ces agences et ne se sentent pas prêts à proposer leurs services à de vraies agences. Il vaudrait mieux qu’ils tentent le coup, car en donnant des photos de qualité aux microstocks ils se font leurrer et, ce qui est plus grave, dérèglent le marché classique. Tant qu’on sépare torchons et serviettes tout pourrait aller bien (les microstocks correspondent à un besoin réel d’images de moindre qualité à bas prix) mais si le niveau des contributions à ces agences monte (ce qu’il est en train de faire), il deviendra tout à fait impossible de gagner quelque argent en agence pour qui que ce soit. Les recettes des photographes par image représentée baissent constamment, les frais de voyages augmentent par contre, et la seule solution est de produire plus et mieux, mais c’est souvent contradictoire et il y a une limite facile à percevoir !

Comment décris-tu ton approche de la lumière ?
On pourrait plutôt parler de quête, avec la passion, les poursuites et les déceptions que cela implique. La lumière est tout en photographie de paysage. Je suis capable de revenir dix fois au même endroit au même moment si je prévisualise une photo potentiellement superbe, et d’attendre jusqu’à ce que la lumière dont je rêve soit présente. Tout est là où presque quand la lumière est là, et la prévisualisation (un terme cher à Hansel Adams) opérée en amont vous permet alors d’agir vite et de réaliser la photo que vous attendiez. Mais il faut être prêt avant dans la plupart des cas, surtout avec un matériel argentique plus lent à mettre en œuvre, et cela suppose des repérages préalables et une bonne connaissance du terrain. En voyage ces conditions sont parfois difficiles à réunir de suite, mais je retourne souvent sur des lieux déjà photographiés quand j’en ai l’occasion car cela me donne plus d’efficacité. Je considère souvent mon premier voyage dans un pays donné comme une introduction, l’essentiel s’écrivant surtout au deuxième voyage.

îles Féroé

Lorsque la lumière est vraiment superbe, je préfère utiliser un appareil argentique, 6×7 ou 6×17 le plus souvent, et chargé en Velvia 50, qui la traduit magnifiquement sans risque de l’affadir ou de la distordre. La diapo réussie sur table lumineuse vous donne alors une satisfaction qui dépasse de loin l’aperçu sur ordinateur de votre fichier numérique :, vous avez un support matériel de votre photo, qui a été posée juste (ou non) sans possibilité d’y revenir, et c’est une grande satisfaction que je retrouve un peu moins en numérique, où le post-traitement est nécessaire pour  » finir » l’image, et peut-être la trahir…

Globe-trotter et photographe sont-ils compatibles avec vie de famille ?
Pas totalement sans doute puisque je suis marié, mais que nous avons choisi de ne pas avoir d’enfants. Ce serait sans doute assez difficile pour eux d’avoir un père absent 2 ou 3 mois d’affilée… Ma femme Brigitte m’a accompagné dans nombre de mes voyages, depuis les Shetland et l’Islande jusqu’en Afrique du Sud. Elle est elle aussi passionnée de nature, et ornithologue compétente, nous sommes donc souvent sur la même longueur d’onde et nous avons de bons souvenirs ensemble, à camper des jours entiers sur des îles isolées des Shetland ou à identifier des oiseaux dans la savane africaine…D’autres voyages ont été entrepris seuls, et hélas de plus en plus maintenant que mes dates de voyage ne correspondent plus guère aux vacances scolaires (elle est professeur de lettres). Je peux rester loin de mes bases pendant plusieurs mois sans trop de problèmes car je vis ma passion, mais c’est parfois moins facile pour le conjoint qui est quant à lui soumis à la routine du quotidien et peut trouver le temps long. Mais je suis quand même généralement présent durant tout l’hiver.

Peux-tu nous parler de ton dernier voyage en Islande ? En gardes-tu de bons souvenirs photographiques ?
L’Islande est magnifique. J’adore les pays du Nord et leur climat difficile, leur relief souvent tourmenté, leur contact avec la mer, leurs oiseaux marins ou de la lande, et l’on retrouveLa photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné tout cela en Islande, avec en prime le volcanisme qui rend cet endroit du monde tout à fait exceptionnel. J’ai d’excellents souvenirs photographiques là-bas, il serait trop long de les évoquer tous, mais ce que j’aime le plus est la solitude des highlands de l’intérieur. C’est l’un des derniers espaces vierges d’Europe, avec des lieux visuellement incroyables comme le Landmannalaugar, un paysage de badlands totalement bouleversé par des éruptions relativement récentes (moins de 500 ans) à grande échelle Tout y est excessivement coloré, on croirait la palette d’un peintre un peu fou. A l’inverse, d’autres lieux de l’intérieur sont totalement gris ou noirs, dans un dénuement minéral total, sans trace de vie. Même les oiseaux ne s’y aventurent pas et ces déserts sont impressionnants, quoique difficiles à photographier. Il faut généralement un solide 4×4 pour accéder aux lieux les plus reculés et intéressants, et c’est une contrainte mais aussi un charme supplémentaire… Par contraste, toute la bande côtière islandaise est pleine de vie et aisément accessible en voiture normale, avec de nombreux oiseaux nicheurs en été (labbes, oiseaux de mer, pluviers, phalaropes, grèbes esclavons, etc). On trouve aussi sur la côte quelques-uns des plus remarquables paysages, l’arche de Dyrolahey à la pointe sud, le fameux lagon glaciaire de Jokulsarlon et ses icebergs, mais ces lieux sont un peu trop touristiques en été et s’apprécient bien mieux hors saison !

Tu effectues des stages photo à l’étranger, en quoi consistent-ils ?
C’est une activité assez récente que j’ai entreprise à la demande de deux organisateurs de voyage photo et nature, un organisateur privé qui propose des croisières ornithologiques et photo à la voile dans l’Atlantique nord (Arthurexpeditions) et un organisateur de voyages photo français plus généralistes, Aguila. J’ai eu l’occasion de guider cette année un voyage dans les Shetland, un archipel formidable et un peu méconnu que je connais comme ma poche pour y avoir passé plus de 6 mois au total ces dernières années, et deux en Islande. Dans les deux cas l’intendance et l’organisation sont totalement prises en charge par les organisateurs – ainsi je peux me consacrer pleinement au guidage, à la pédagogie et au contact humain qui se révèle très enrichissant. J’ai l’habitude de gérer un groupe, un acquis de ma carrière passée de professeur, et je partage ma passion : c’est donc une expérience qui me satisfait pleinement jusqu’ici, et que je compte poursuivre. L’an prochain je guiderai ainsi des voyages en Toscane, Irlande, Écosse, et bien sûr Islande. Il y a certainement un équilibre à trouver entre cette activité et mes voyages plus personnels, mais jusqu’ici cela fonctionne bien.

Islande

Sur le terrain, les stagiaires bénéficient de ma connaissance photographique des lieux, sélectionnés pour leur potentiel photo, car je sais pour y avoir déjà opéré où tombe la lumière à tel moment, où nous placer pour telle perspective, etc. Ils bénéficient aussi de tous mes petits « trucs » techniques et de conseils personnalisés en fonction de leur niveau et de leur matériel. Ils me voient aussi prendre des photos avec eux, et discuter mes choix, mes préférences de cadrage ou de composition. Ce sont des apports difficiles à synthétiser autrement qui peuvent leur permettre de progresser très vite ou de remettre en perspective quelques habitudes bien ancrées, pour les plus aguerris. Il m’arrive aussi bien sûr de progresser à leur contact ! Je propose aussi des stages personnalisés en photo de paysage et traitement d’image dans ma région. Il suffit de me contacter pour cela.

Proche de l’environnement et de la nature, comment contribues-tu à sa conservation ?
La photo nature et de paysages par Patrick DieudonnéOn peut penser assez commodément que le simple fait de photographier et de donner à voir la beauté de la nature peut suffire. C’est effectivement important, mais cela ne suffit pas, étant donné les pressions qui pèsent sur elle. D’ailleurs en tant que photographes nous contribuons involontairement à renforcer la pression en voyageant, donc en polluant, et du fait de notre simple présence parfois perturbante dans des milieux naturels, même si nous « travaillons pour la bonne cause ». Il faut donc faire plus. Adhérer et fournir des photos gratuitement à des organismes de protection (LPO, ASPAS, etc) est un premier pas à faire, et que j’ai fait, mais il est encore mieux de s’investir directement, et près de chez soi si possible.
L’expertise du photographe naturaliste et l’amour qu’il a pour les lieux qu’il photographie peuvent être d’une grande utilité, s’il est déterminé à faire le maximum. Prenons un cas concret : il y a quelques années un secteur de Moselle sauvage près de Toul (54), classé en Espace Naturel Sensible (ENS), très riche en faune (castor, oiseaux, dont balbuzard de passage) s’est trouvé menacé par un aménagement hydraulique important, qui avait déjà l’accord du préfet. Avec le soutien du maire de la commune concernée, j’ai fondé un collectif, organisé des conférences avec diaporama, monté un véritable dossier, contacté la presse – et nous avons fini par gagner après six mois de lutte ! Rien n’est jamais inéluctable, il faut agir et ne pas avoir peur de se faire quelques ennemis, pour le bien de ce à quoi nous croyons et que nous aimons. Maintenant, lorsque je retourne sur cet endroit magnifique, j’ai l’impression que le bruit de l’eau sur les galets et les petits gravelots qui alarment me disent merci ! Et cela vaut bien plus à mes yeux qu’une photo réussie de plus ou de moins.

As-tu déjà été confronté à des situations atypiques, as-tu des anecdotes ?
Certainement. Il y a de grandes satisfactions en photographie de voyage et de nature, mais aussi quelques surprises parfois. Il ne faut pas sous-estimer les aléas et les problèmes possibles. Ainsi, en Afrique du Sud, nous devions pour une fois rouler de nuit malgré les avertissements que nous avions reçus à ce sujet, vers la fin de notre voyage. Le soir tombait, il y avait une lumière d’orage impressionnante, une des plus belles que j’aie vues de ma vie, sur une piste totalement déserte au sud du Kalahari. Nous avons d’abord été pris en chasse par une autre voiture, que nous nous sommes arrangés pour distancer car notre 4×4 était neuf et puissant. Puis nous sommes arrivés comme prévu – nous avions été avertis de ce qui pouvait se passer dans cette région – sur un faux barrage de police, de nuit. Il y avait une seule solution, tenter un passage en force. Ce que j’ai fait en passant au moins à 80 km/heure, les faux policiers mais vrais truands se sont écartés au dernier moment et nous avons sauvé, sinon nous-mêmes, au moins le matériel. Mais cela n’est rien en comparaison des innombrables bons souvenirs et de l’accueil ouvert que nous avons eu partout au Botswana, par exemple.

paysage d'Ecosse

En Europe du nord par contre, concernant la sécurité et les vols possibles de matériel, nous sommes bien mieux lotis qu’en France par exemple, et c’est assez reposant. Aux Shetland et en Islande presque tout le monde laisse sa voiture et sa maison ouvertes la plus grande partie du temps… espérons que cela dure !

Selon Patrick Dieudonné, quelles sont les caractéristiques d’une photo réussie ?
Ce qui m’attire d’abord dans une photo c’est la qualité de la lumière. J’y suis excessivement sensible et cela prime sur tout autre élément. Ensuite bien sûr il faut que je trouve un intérêt au sujet et bien sûr une composition si possible personnelle ou originale. Une photo qui combine tout ces éléments et ajoute en bonus une petite touche de surprise ou de rarement vu fait mon bonheur pour de longues minutes.

Les concours ou les festivals comme le célèbre Montier-en-Der sont de plus en plus convoités et difficiles, quelles seront, selon vous, les tendances à venir ?
Je suis un peu moins le concours de Montier que dans les années précédentes, où je participais assez régulièrement, et où j’ai eu plusieurs fois des photos exposées en sélection finale du concours, sans jamais obtenir toutefois de premier prix de catégorie. Il est certain qu’un premier prix de catégorie à Montier ou a fortiori le premier prix général attire l’attention et que cela peut être un atout professionnel. Mais je n’ai rien envoyé à Montier, ni ailleurs d’ailleurs, depuis deux ou trois ans… peut-être devrais-je me forcer, mais je ne pense pas que l’essentiel en photo soit là. Comme je le disais je valorise plus un vrai travail de fond qu’une photo  » de concours » sans arrière-plan.

paysage shetland

On tend à tout voir sous l’angle de la compétition dans notre société… il est toujours très intéressant de voir de belles expositions telles que nous en offre le festival mais je suis sûr qu’on pourrait composer une exposition ou un « Salon des refusés » comme en peinture au XIX e S, tout aussi excitant que l’exposition en place… Tout est très relatif, le jury, les goûts du moment, il faut en rester conscient et ne pas trop se focaliser là-dessus.

Peux-tu nous donner ton actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Mon actualité en termes de communication est relativement réduite pour les mois à venir, je n’envisage pas d’exposer à Montier cette année, mais peut-être l’an suivant. J’ai une exposition qui a tourné tout l’été en Champagne-Ardenne en compagnie de celle de Vincent Munier et Pascal Bourguignon sur le même thème (Vallées de Marne, Vallées de Vie), mais je n’ai pas eu le temps d’aller la voir car je voyageais en Écosse et Islande. J’ai récemment fourni un grand nombre de photos d’oiseaux pour un ouvrage sur les espaces Natura 2000 en Lorraine qui devrait sortir cet automne. Je contrôle beaucoup moins les parutions à l’étranger qui dépendent des clients d’agence, mais je devrais avoir un certain nombre de photos dans des brochures de compagnies maritimes qui desservent l’Islande.
En ce qui concerne les voyages, je viens de revenir d’un voyage de 2 mois ½ en Islande et je vais repartir soit en Irlande, soit en France (Sud de la France ou Corse) pour un mois jusqu’en Novembre, ensuite je tenterai de traiter et légender les photos de cette année pour les agences et pour mon site, un travail assez long. Pour l’an prochain, des voyages sont prévus en Toscane, Irlande, Écosse et Islande, un agenda assez chargé mais pas encore bouclé au niveau des dates.
J’ai aussi un ou deux projets de livre, mais tout cela reste très dépendant d’un éditeur compétent et sympa et il faut que je reprenne des contacts à ce sujet, après avoir été échaudé sur un projet précédent par un grand éditeur français qui s’est désengagé in extremis. Je ne peux guère en dire plus pour l’instant.

La photo nature et de paysages par Patrick Dieudonné

Pour finir, as-tu une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
J’ai beaucoup apprécié de lire sur votre site, que je connaissais, les interviews des photographes que vous avez déjà interrogés sur leurs pratiques, plusieurs d’entre eux sont d’ailleurs des amis ou des connaissances. On entre ainsi un peu dans leurs univers et leurs projets, leurs petits trucs, et on voit de très belles photos bien sûr. Le site en général est clair et bien informé, cependant sur le matériel des tests plus poussés seraient certainement appréciés. Continuez en tout cas, longue vie à Photovore et un grand merci pour cette interview !

Voir le site du photographe nature et de paysages, Patrick Dieudonné.

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