
Photographe depuis de nombreuses années, Henry AUSLOOS nous offre des photos hors du commun. Passionné par la photo et la nature, ce photographe animalier nous dévoile son parcours.
Bonjour Henry, alors la photo, une réelle passion, comment est elle née ?
Bonjour. En fait je me ballade, seul, dans la nature depuis l’âge de 4 ans environ (ce qui a d’ailleurs collé de nombreuses sueurs froides à mes parents lorsque je disparaissais dans les bois pendant des heures !) et la photo, je l’ai découverte vers l‘âge de 11 ans au collège. Bien plus tard, vers 22 ans, la lecture du livre « La Chasse Photographique » a bouleversé mon avenir. J’ai décidé d’en faire mon métier malgré les réticences de ma famille. Bien m’en prit car cette passion-métier, je l’exerce depuis 33 ans et je ne compte ni en changer ni m’arrêter de sitôt !
Pourquoi si peu de photographes animaliers réussissent à percer dans ce domaine ?
De bons photographes, surtout avec le matériel existant de nos jours, il en court les rues ! Mais cela ne suffit pas. A mes débuts, lorsque je venais présenter mes photos à divers magazines, on me disait : « Pas mal, mais ce qu’on cherche actuellement ce sont des tigres… ». Plus tard, quand j’avais réussi ce genre de photo on me disait ; « Ce n’est plus à la mode, maintenant nous recherchons des baleines… » Et ainsi de suite pendant des années. Puis, un jour, près de 8 ans plus tard, j’avais une telle collection de bons documents que les refus ne se justifièrent plus.
De la taupe à la baleine, du colibri à l‘autruche, je possédais les documents ! Une revue suisse qui m’avait reçu en son temps, ne voulait que des textes arguant avoir les meilleurs photographes suisses et allemands. J’ai mis près de 2 heures à décider le rédac-chef de voir mes photos. Résultat : 5 posters, 10 couvertures et 12 articles complets dans l’année qui suivit. Une belle réussite. Le reste s’est très vite enchaîné.
De photographe amateur à photographe professionnel, comment peut-on franchir le pas ?
Je ne pense pas que de nos jours, le pas puisse encore être franchi. Il y a trop d’images sur le marché, trop de photographes amateurs de haut niveau. Finalement, faire des photos ce n’est pas très compliqué, mais en vivre, c’est-à-dire faire vivre une famille jour après jour, voyager, remplacer le matériel, etc., c’est une autre histoire. Souvent les « amateurs » talentueux ont une activité lucrative qui leur laisse pas mal de temps libres, comme bons nombres d’instituteurs ou de fonctionnaires divers. Ils font leurs photos pendant leurs congés, mais on oublie que pendant ce temps ils sont payés. Attention ceci n’enlève rien à leurs capacités ! Moi, lorsque je suis sur le terrain, il n’y a pas d’argent qui rentre dans les caisses à la fin du mois…
Comment se déroule une journée de travail pour un photographe professionnel hors reportage ?
D’abord, il faut visionner les photos. Puis les traiter. Tous les photographes professionnels travaillent en Raw (fichiers bruts) et cela demande du temps de les ouvrir, corriger les couleurs, etc. Après cela il faut les
archiver sur disques durs en ayant un classement tel que l’on retrouve immédiatement n’importe quelle photo et enfin, tenter de les commercialiser (c’est le prix qui est souvent le plus grand frein et l’originalité des documents). Ensuite, un peu de repos : lecture, préparation des prochains reportages, coups de téléphone nécessaires, utiles ou… futiles, mais tellement agréables. Et enfin, un peu d’oisiveté ! Pourquoi le cacher, tous les photographes animaliers professionnels, sauf sur le terrain, ont une certaine tendance au relâchement quand ils sont chez eux ! Nous « travaillons » pour vivre, mais nous ne vivons pas pour travailler. N’oublions pas que ce métier est avant tout une passion et comme toutes les passions elle se vit différemment suivant les tempéraments.
Quels matériels photos utilisez-vous et pourquoi ce choix ?
Comme tous les professionnels, je n’utilise plus que des boîtiers numériques depuis plusieurs années. L’argentique est complètement dépassé depuis bien longtemps même si l’on garde une certaine nostalgie pour certaines pellicules ou boîtiers d’exception. Pour ma part, cela fait une trentaine d’années que je travaille en Nikon avec, actuellement des boîtiers D2X et D300. Je n’ai pas de D3 ou D700, j’attends le prochain… Pour les optiques, je possède une gamme qui s’échelonne du 20 mm au 600 mm, macro compris. Ouverture 2.8 pour tous les objectifs sauf le 600 mm qui ouvre à 4.
Mes préférés sont le 70-200 mm et le 300 mm stabilisés. Je ne suis pas marié avec un magasin et connaissant le matériel je le cherche au meilleur prix ! Un point important également est le choix des pieds. Il faut les avoir très stables et légers, en carbone si possible et y adjoindre une excellente rotule. Mon pied préféré est en carbone et la rotule est une Wimberley. Cette rotule, assez chère, permet un mouvement coulé et très souple pour suivre les oiseaux en vol par exemple.
Pourquoi est-il nécessaire d’avoir une grande variété d’objectifs pour la photo animalière ?
La réponse est simple, il faut pouvoir faire face à toutes les situations. Un animal peut être farouche ou dangereux et alors l’emploi de téléobjectifs lumineux s’imposent mais il peut aussi être proche. Le grand angle, à part les paysages, peut remettre l’animal dans son milieu. Résultats, minimum 2 boîtiers montés avec des optiques différentes, le reste, c’est à vous de jouer !
Quels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez-vous lors de vos reportages ?
Pour ma part, j’utilise un PC portable avec un écran de 17’’ pour la vision. Pourquoi PC plutôt que Mac, je ne sais pas, l’habitude. En matériel pourquoi Nikon plutôt que Canon, l’habitude aussi. Je travaille surtout sur Photoshop CS3 et depuis peu sur Lightroom, programme édité également par Adobe. J’utilise des cartes mémoire de 4 Gigas en moyennes. J’en possède également de 8 Gigas mais je les utilise moins souvent pour une simple raison : le nombre de photos stockées sur une carte ! Quand il faut visionner et dérawtiser un peu moins de 400 photos à la fois sur une seule carte, cela me « gonfle » et j’en perds ma passion. Oui, lorsque j’utiliserai des boîtiers de 20 millions de pixels avec une profondeur d’analyse de 16 bits alors les cartes de 8 ou de 16 gigas seront intéressantes.
J’ai également, toujours avec mon portable un disque dur de 1 tera avec moi pour sauver immédiatement les fichiers tif traités et raw. Je n’utilise plus jamais de filtres, tout étant possible avec Photoshop ensuite. De toute manière, dans mon domaine, c’est un accessoire excessivement peu utilisé. Finalement, lorsqu’on se déplace, il faut un sac. J’en utilise 2 au gré des besoins : soit un sac Lowepro qui peut contenir pas mal de matériel et est très solide, mais dans lequel on ne peut pas mettre des vêtements, de la nourriture, y adjoindre un affût ou une tente, etc., soit un sac à dos volumineux. Le pire ennemi dans tout cela : le poids…
La technique de l’affût permet de ne pas déranger les animaux, pouvez vous donner quelques conseils ?
Un affût bien installé effectivement ne dérange pas la faune. Mais installé vite, n’importe où, n’importe comment, non content qu’il est inutile, peut gravement perturber les animaux surtout en période de nidification chez les oiseaux. Il existe de nombreux affûts (des revues comme Chasseur d’image ou Image et Nature les testent de temps en temps) dans le commerce et il est inutile, sauf si on a beaucoup de temps, d’en construire un soi-même. C’est un peu différent pour l’affût-flottant qu’il faut impérativement construire soi-même. A nouveau, les 2 revues précitées vous aideront dans sa construction. Dire quand, commet et où installer un affût est chose impossible car la première chose, avant de chercher à photographier un animal c’est de le connaître, habitudes, mœurs, etc. Ce métier ou cette passion plus exactement demande beaucoup de temps « perdu ». Temps occupé à l’observation de la faune avant de faire quoi que ce soit.
Quelle est votre approche préférée, la billebaude ou l’affût ? Quelles méthodes est la plus efficace ?
Je pense que l’affut est plus efficace. On travaille sur pied, assis, les animaux ne font pas attention à vous et on a le temps de soigner ses réglages : cadrage, vitesse, obturation. La billebaude, c’est un peu l’aventure. C’est une partie de cache-cache. Depuis quelques mois, je la redécouvre pour des approches au lièvre, au chevreuil, au cerf. C’est un vrai régal, mais épuisant physiquement.
Comment un amateur peut s’équiper d’un téléobjectif sans se ruiner ?
Il faut aller sur le marché de l’occasion ou dans des marques comme Sigma, qui fait d’excellents objectifs par ailleurs, qui commercialisent les optiques à des prix souvent moitié moins cher que les « grandes marques ».
Je possède un 70-300 mm VR Nikon, est il intéressant d’utiliser un téléconvertisseur pour éviter le 500 mm ?
Oui et non. En numérique, vu le rapport du capteur cet objectif « vaut un 105-450 mm, on est donc près du 500 mm ! Par contre comme ce genre d’objectif n’ouvre qu’à 5,6 sur sa plus longue focale, avec un téléconvertisseur de 1.4 vous n’aurez plus qu’une ouverture minimum de 6.3. Il faut savoir que la mie au point automatique ne se fait bien que pour des objectifs dont l’ouverture est de maximum 5.6. Votre matériel risque donc de « pédaler dans la choucroute » surtout par faible lumière ou faible contraste. Raison des objectifs ouverts à 2.8
Le matériel, c’est bien ! Mais l’œil du photographe, c’est mieux ! Alors selon vous comment peut-on le développer ?
De 3 manières. En allant voir des expositions ou des festivals comme celui de Montier-en-Der fin novembre pour voir ce qui se fait de mieux dans le domaine, en consultant des livres et des revues, comme Chasseur d’Images, et en déclenchant encore et encore !
Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?
La photo évolue. Le numérique repousse des limites encore jamais atteintes. Les algorithmes de ce matériel, surtout en faible lumière, sont extraordinaires. Il est possible maintenant de faire des photos avec très peu
de lumière et avec une qualité telle qu’aucune pellicule ne pourrait rivaliser ! Cette année, je suis le président du jury au Festival de la Photo Animalière et de Nature à Montier-en-Der.
Certains ont cru qu’étant naturaliste, je dédaignais le graphisme. Que du contraire, j’adore le graphisme. Mais c’est devenu une mode et de nombreux utilisateurs de photos comme les éditeurs de calendriers, de revues, de cartes postales ou de livres veulent avant tout que l’on puisse reconnaître l’animal. Et, évidemment, une photo très graphique ou épurée aura sa place… de temps en temps. Il faut savoir si on veut vivre de la photo ou faire des concours. Ce sont deux choses, quoiqu’on en pense, fort différentes.
Très proche de la nature, quel est votre regard sur la biodiversité et l’environnement ?
Sans tomber dans le scénario catastrophe, il faut reconnaître que même si certaines espèces d’oiseaux du sud se retrouvent de plus en plus haut vers le nord (ceci du au réchauffement climatique), les biotopes subissent quant à eux une pression incroyable due autant à la démographie, l’urbanisation, la pollution quelle qu’elle soit, mais aussi du tourisme « vert ».
Êtes-vous autodidacte ou avez-vous suivi des cours ? Est-ce nécessaire pour faire de belles photos ?
Je suis, comme 99,9% des photographes animaliers professionnels, autodidacte. La photo ne s’apprend pas dans un livre. Surtout dans notre métier, elle s’apprend sur le terrain. Par contre, je le répète, voir des expos, des beaux livres, des revues spécialisées, discuter avec des pros du milieu éduque l’œil mieux que n’importe quel cours. Il est toutefois certain que quelqu’un qui a fait les Beaux-arts sera plus sensible dès le départ au cadrage, à la composition, aux couleurs. Mais pour être photographe, ce n’est pas un passage obligé !
Avez-vous déjà rencontré des problèmes ou avez-vous été confronté à des situations atypiques ?
Comme tous les photographes animaliers ou de terrain, j’ai du subir la charge d’un cerf en période de brame, je suis passé à travers un trou cacher sous la neige sur la banquise lors de la photographie des phoques du Groenland, j’ai dérapé sur des plaques de glace en montagne et cassé du matériel, tombé à l’eau et que sais-je (en fait, je le sais très bien !), subi des pannes de matériel au mauvais moment, etc. Mais c’est là le lot des photographes de terrain. Ces détails, je les réserve pour l’un de me prochains livres…
Quels sont vos terrains de photographie préférés, ceux qui vous inspirent ?
En fait, j’aime tous les terrains, mais j’ai une prédilection pour le Grand Nord, sans doute la lecture de Jack London dans ma jeunesse… Bizarrement, mais si j’y suis déjà allé, je ne raffole pas des forêts équatoriales et pluviales ni de l’Afrique en général. En réalité, il existe d’excellents documents sur ces thèmes et ils ne m’attirent pas vraiment.
Que souhaitez-vous apporter ou quelles émotions avec vos photos souhaitez-vous faire transparaître ?
Pendant des années, je me suis attaché à me rapprocher le plus possible des animaux, mais sans les déranger. Je possède des quantités de gros plans. Avec l’arrivée du numérique et le rapport de grossissement induit par le capteur, les gros plans sont devenus plus faciles. Maintenant je recherche plus une ambiance, un mouvement, comme les aigrettes, les oies cendrées ou les bernaches (visibles sur mon site réalisées fin septembre début octobre aux Pays-Bas).
Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?
Je suis obligé de produire plus et encore de meilleure qualité, car le marché devient très difficile. Vendre une photo est aisé, en vendre suffisant chaque mois pour vivre l’est moins. En plus, tout doucement je vais ajouter une corde de plus à mon arc : la réalisation de courts métrages en vidéo.
Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?
Du 20 au 23 novembre, je serai à Montier-en-Der, car je suis le président du jury du Festival de la Photo Animalière et de Nature. Ensuite, au mois de décembre, je par pour 3-4 mois dans le Nord des États-Unis : Yellowstone, Grands Tetons, Alaska, avec à la clé un nouveau livre. Pour 2009 la publication de 3 nouveaux livres, mais je ne puis en dire plus pour l’instant (j’en suis déjà à 25 à ce jour !) et la réédition de mon livre « Camargue des chevaux » prix Centauriades du public. Normalement une expo au festival de la Montagne à Pralognan et une double expo à Montier-en-Der l’année prochaine : une sur ce que j‘aurai fait cet hiver et une rétrospective sur 35 ans de photo animalière. La revue Chasseur d’images publiera également une rétrospective sur mon travail. Le reste, on verra… De toute façon, il suffit de voir ma rubrique Actualités sur mon site (qui sera mis à jour prochainement ! Promis).
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?
Bon nombre d’articles techniques sont intéressants sur votre webzine. Je viens d’ailleurs d’y découvrir la possibilité d’augmenter le buffer du Nikon D3. Je n’étais pas au courant ! C’est la raison pour laquelle j’ai accepté cette interview, car actuellement je n’ai plus beaucoup de temps d’autant plus que la télévision et certains magazines internationaux m’ont demandé la même chose ! Tout est question de priorité avec cependant quelques entorses.
Merci Henry pour votre implication et cette belle interview, en espèrent vous revoir bientôt sur Photovore.
Voir le site du photographe Henry AUSLOOS.









vos photos sont super belles;tant de beauté dépasse l’entendement.passionnée d’animaux, je souhaite aussu me mettre à la photo.