
Bonjour Cédric et merci d’avoir répondu à notre demande d’interview aussi rapidement. Nous sommes très heureux de recevoir ce jeune photographe talentueux que nous avons découvert par hasard il y a quelques mois lors d’une recherche sur le web. Cédric, nous fait découvrir la vie sauvage et la beauté de la nature au travers de ses clichés captivant. Alors Cédric :
1- Quand et comment avez-vous débuté en photographie ?
Le besoin de faire des photos s’est ressenti en 2002, lorsque nous avons commencé à avoir des chatons de manière régulière au niveau de notre élevage de chats. J’ai donc pris la décision d’acheter un petit compact numérique (qui coûtait une fortune à l’époque !) pour faciliter le travail… Parallèlement, nous venions d’emménager dans notre maison à la campagne, et j’ai donc commencé à m’intéresser à la nature de plus près. Très vite, j’ai éprouvé le besoin de photographier ce que je voyais : début 2003 j’ai acheté un bridge numérique « super zoom » (équivalent 300mm à l’époque), mais sans vraiment m’y consacrer réellement. En novembre 2003, je me suis rendu pour la première fois au Festival de Photographie Animalière et de Nature de Montier-en-Der : ce fut un choc terrible ! J’y ai aussi essayé le premier reflex numérique « à prix démocratique » (sic) jamais produit, le Canon EOS 300D… En janvier 2004, un concours de circonstances a fait que j’ai pu financier cet appareil – ce qui n’était pas du tout envisageable un mois plus tôt – et je débutais réellement la photographie…
2- Qu’est-ce qui vous a poussé à photographier la nature plus qu’autre chose ?![]()
À la base étaient les chats, qui me firent découvrir les bases de la photographie… Un déménagement à la campagne, l’observation quotidienne des oiseaux aux abords des fenêtres, la découverte d’une région riche en biodiversité, et cette visite au Festival de Montier-en-Der en 2003 furent autant de déclencheurs pour moi qui me poussèrent à explorer plus avant la nature qui m’entourait. D’un naturel curieux, et perfectionniste dans l’âme, j’ai très vite insupporté de ne pas savoir ce que j’essayais de photographier, et cela m’a d’ailleurs aidé à mieux le faire ! Les hommes et ce qu’ils créent ne m’ont jamais vraiment intéressé, et au fil du temps c’est surtout ce qu’ils font et ce qu’ils détruisent d’une manière ou d’une autre qui me motive à photographier notre environnement et ses habitants. Mon petit côté écolo sans doute !
3- Quels matériels photo utilisez-vous et comment l’avez-vous choisi ?
Je travaille avec du matériel Canon (boîtier EOS 5D, focales allant du 24 aux 700mm, et bien entendu quelques petits accessoires indispensables ou non : camouflage, télécommandes, filtres, etc.) ; à l’origine, ce fut le fait que Canon était le seul à proposer un reflex numérique à prix accessible qui a motivé mon choix. Je dois dire que j’apprécie par-dessus tout cette marque, pour la richesse des objectifs disponibles, les performances en matière de qualité d’image, même si elle n’est pas dénuée de défauts (autofocus en deçà de la concurrence Nikon, construction un peu légère de certains appareils mêmes en gamme pro, comparés aux Nikon par exemple…) ; reste que je ne changerai pas de marque, car les performances des boîtiers Canon me suffisent de toute façon !
4- Utilisez-vous un logiciel de retouche ou de traitement si oui lequel et pourquoi ?
Ne travaillant qu’en format RAW, j’utilise Canon Digital Photo Professionnal (DPP de son petit nom) pour traiter mes fichiers bruts. Je trouve que c’est de loin le plus « juste » en matière de colorimétrie, et plus généralement le plus apte à ce jour à rendre ce que je vois dans le viseur, même s’il n’est pas dénué de défauts. Accessoirement il est gratuit ce qui n’enlève rien !
Parallèlement, j’utilise Photoshop CS2, pour les optimisations de base (je ne retouche jamais mes photos au sens créatif du terme : cela se limite dans 95% des cas à un recadrage éventuel, un redressement d’horizon, un réglage des points blancs et noirs, une courbe de contraste…)
Enfin, depuis peu j’ai acquis Adobe Lightroom, qui me sert à… gérer ma photothèque ! Les puristes crieront au scandale, mais je trouve la gestion de bibliothèque parfaitement adaptée à mes propres besoins ! L’outil permet en outre des retouches de base sur du JPEG ou du TIF, mais j’attends quand même la version 2.0 finale pour voir s’il rattrape enfin DPP ou non en qualité des dématriçage, car c’est tout de même un outil de production très sympathique !
5- Comment avez-vous appris les bases de la photographie, êtes-vous autodidactes ou avez-vous suivi une formation ?
J’ai appris dans les livres et sur le web concernant les bases techniques de la photographie ; pour le reste, c’est un long apprentissage sur le terrain et en faisant de nombreux essais à l’occasion… J’ai eu aussi la chance de faire à mes débuts la connaissance de Remy Courseaux, qui était exposant à Montier-en-Der en 2003 et qui fait référence dans de nombreux domaines, en matière de photographie numérique notamment. Très vite il m’a transmis sa passion et ses connaissances, ce qui m’a fortement aidé dans ma progression. Nous partageons depuis nos expériences, et sortons régulièrement ensemble sur le terrain. La photographie reste néanmoins un éternel apprentissage, et je m’ouvre progressivement à de nouvelles techniques dès que j’en ai les moyens techniques et… financiers !
6- Quel conseil donneriez-vous aux débutants dans ce domaine ?![]()
La photographie en tant que telle n’est qu’une question de pratique et d’expérimentations, qui doit chez son adepte susciter curiosité et exploration. Je crois n’avoir jamais essayé le mode « tout automatique » (le fameux mode Vert) sur mes reflex numériques !
Pour ce qui est de photographier la nature, il ne faut pas oublier que cette pratique passe d’abord par des connaissances naturalistes, avant les connaissances techniques en matière de photographie stricto sensu. On ne fait jamais une photo pour une photo, au risque de provoquer un dérangement (même si souvent c’est inéluctable… reste à en jauger les conséquences : un passereau qui s’envole en sous-bois à votre approche ne risque rien. Une portée de poussins photographiée au nid en faisant fuir les parents « pour faire la photo » sera quasi condamnée…)
Tout est patience et humilité. Il n’est pas rare de revenir bredouille, malgré de nombreuses heures passées à observer la nature. Il faut savoir aussi parfois ne pas déclencher, et profiter de l’instant présent, lorsque l’animal convoité ignore votre présence et que vous pénétrez son intimité, plutôt que de ramener une photo ratée qui le fera fuir.
Enfin, je dirais qu’il faut savoir rechercher la lumière et l’instant, afin de magnifier la beauté de notre chère nature. On ne fait pas de la photographie animalière pour la photographie animalière : c’est aussi une manière d’exprimer la sensibilité qui est en-soi.
7- Utilisez-vous des techniques photo particulières, lors de vos reportages ?
Non. Je travaille au feeling. Il m’arrive souvent d’aller très vite dans les prises de vue, en privilégiant les gros plans ou les détails aux plans d’ensemble (j’avoue ne pas être fan du grand angle !) J’aime beaucoup varier les points de vue et je tache toujours, lorsqu’il s’agit de quelque chose de prévu à l’avance, d’aller voir ce qui s’est déjà fait auparavant pour m’en démarquer…
Pour les reportages plus axés nature / faune sauvage, c’est une autre démarche : cela demande généralement une grande préparation, de l’observation, de la documentation. Si besoin et si cela est possible, j’aime me faire appuyer par des personnes spécialisées (ce qui m’a par exemple amené à travailler avec la cellule Étangs du Parc Naturel Régional de la Forêt d’Orient, concernant les amphibiens).
8- Faut-il utiliser des méthodes particulières pour photographier un oiseau ou une chenille ?
Oui. La base de tout est la connaissance des espèces que l’on veut photographier. Un oiseau se photographiera dans 90% des cas à l’affût (plus ou moins complexe à mettre en œuvre, puisque cela peut aller de l’affût depuis une fenêtre de la maison, jusqu’à l’affût flottant ou dans un trou creusé dans le sol pour se retrouver au ras d’une mare), et donc demandera un minimum de préparation, notamment en repérage et observation. Il n’est pas rare que la préparation soit sensiblement plus longue que la prise de vue à proprement parler !
Pour les chenilles (et plus généralement les lépidoptères, c’est-à-dire les papillons) la base est la connaissance des plantes hôtes des espèces que l’on veut photographier, pour pouvoir… trouver ses sujets ! Par exemple, les fleurs de cardamine hébergent les papillons Aurore (dont le doux nom scientifique est… Anthocaris cardamines : on reconnaît là un précieux indicateur !) ; je n’ai pas la prétention de toujours appliquer ces règles, mais des connaissances minimales permettent de réaliser des sorties macrophoto productives, lorsque l’on sait dans quel milieu se rendre et à quelle époque y trouver tel ou tel sujet. Accessoirement, on préfèrera pour à peu près tous les sujets, le matin ou le soir, pour des questions de lumière, mais aussi de température concernant les insectes (qui sont beaucoup moins actifs lorsqu’il fait frais, et donc plus aisément approchables !)
9- Que souhaitez-vous apporter ou quelles émotions souhaitez-vous faire transparaître ?![]()
Je ne recherche pas la rareté ni le scoop, je désire juste montrer au public la nature qui l’entoure, et lui faire prendre conscience de ses actes quand ils impactent cette nature. Je pense que je suis de la génération « Hulot » ou « YAB », de cette génération qui fait tout pour sauver ce qu’il reste à sauver autour de nous… à mon échelle ; c’est pourquoi je collabore avec la LPO, l’ASPAS, Agir Pour l’Environnement, et dernièrement avec le WWF. C’est ma façon à moi d’apporter une pierre à cet édifice qui nous sauvera peut-être de nous-mêmes. Plus localement, je tâche de montrer dans mon entourage et lors d’expositions le département de l’Aube et sa nature, sous des angles inconnus du grand public : faune sauvage, photographies aériennes des milieux, etc…
Parmi mes plus grandes satisfactions, c’est lorsqu’une personne reconnaît sur l’une de mes photos un oiseau qu’elle croise tous les jours dans son jardin, et qu’elle me dit « Ooohhh je n’avais jamais remarqué qu’il était aussi beau ! ». Les gens ne savent plus regarder ce qui les entoure, alors je tâche de les y aider.
10- Quels sont les moments les plus intenses lors de telle séance photo ?
Plus que l’acte photographique en lui-même, il y a deux étapes que j’affectionne par-dessus tout en photographie. Tout d’abord l’instant immédiat qui suit le déclenchement… Généralement on « sent » si la photo va être bonne, très bonne, ou exceptionnelle ! Et dans les rares cas où cela se produit (quelques fois par an ? Je suis optimiste !) la sensation de bonheur qui m’envahit est intense, et j’en oublie les heures d’attente qu’il m’a fallu parfois endurer pour ça, ou les efforts consentis pour mener à bien la séance de prise de vue ! Le second moment est propre à la photographie naturaliste de terrain : c’est lorsque l’on arrive, après une prise de vue en totale osmose avec son sujet, à tranquillement se retirer de son intimité sans le déranger, sans même qu’il devine notre présence… Un voyeurisme sain en quelque sorte ! C’est là les plus beaux souvenirs que j’ai de mes sorties de terrain…
11- Avez-vous déjà rencontré des problèmes ou avez-vous été confronté à des situations atypiques ?
Il m’est arrivé de faire un affût (sous tente) aux hérons, et de voir un héron cendré se poser à 1 mètre de ma tente !!! Sans possibilité évidemment de faire quoi que ce soit… Mais quel moment de bonheur (car je pouvais l’observer par un interstice de ma tente d’affût !)
Le même jour, un rouge-gorge se glissa sous ma tente pour venir me tenir compagnie ! Une anecdote parmi tant d’autres, qui montre que la photographie de nature est tout sauf simple…
De manière générale je n’ai jamais rencontré de problèmes particuliers, même s’il m’est arrivé de me retrouver au milieu d’une battue de chasse non indiquée (j’étais arrivé sur le terrain bien avant les chasseurs !)
12- Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?
Petit à petit, l’oiseau fait son nid ![]()
Il y a un an, je n’aurais jamais cru pouvoir en vivre un jour. Il y a un an, je n’aurais jamais cru que j’aurais sorti un livre sur ma région. Aujourd’hui, certaines choses ont changé… Mais étant d’un naturel très méfiant, je me laisse encore quelques années pour préparer mon avenir, qu’il soit photographique ou non d’ailleurs
13- Voulez-vous vous orienter vers un autre style de Photographie, portrait, nu, etc. ?![]()
Les animaux domestiques sont une de mes spécialités, je pratique donc le studio depuis quelques mois… Quant à changer de sujets et photographier les « humains », non certainement pas !
Par contre, j’aimerais expérimenter quelques techniques qui me sont encore inconnues, comme le déclenchement automatique par piégeage, l’utilisation d’objectifs à bascule et décentrement ou la photo subaquatique…
14- Pour finir, avez-vous une remarque à faire aux lecteurs de Photovore.fr ?
J’aimerais simplement dire merci à tous ceux qui un jour m’ont donné envie de faire ce que je fais… Ne jamais douter de ses capacités, oser, expérimenter encore et toujours, c’est ma méthode : « tout simplement » !
Merci Cédric et bonne continuation.
Merci
Vous pouvez bien entendu vous rendre sur le site web de Cédric à cette adresse : www.aube-nature.com ou visiter, comme j’aime le faire régulièrement son blog aube-nature.
Super sympas l’interview bravo a photovore.fr