
Dans le monde de la vidéo et du cinéma, la couleur a supplanté le noir et blanc. Bien que certains films soient encore faits avec cette dernière technique, ceux-ci restent très rares. En photographie, ce n’est pas le cas. Dans cet univers, le noir et blanc possède encore une place prépondérante de par son impact sur le message transmis et de par la qualité de certaines pellicules argentiques telles que la Kodak Tri-X 400 ou la Ilford HP5+ qui charment encore par la qualité de leur grain. Mais dans cet article, nous n’allons pas parler d’argentique mais bien de numérique.
Comme dans tous les domaines la technologie évolue. Avec le numérique, nous avons remplacé les pellicules par des cartes mémoires, les agrandisseurs par des ordinateurs, les révélateurs et fixateurs par des imprimantes. Pourtant, bien que la forme ait changée, le fond reste le même. En numérique, l’approche et la mise en scène du message est identique. Nous pouvons même nous vanter d’avoir un petit avantage lors de la prise de vue.
Contraintes du noir et blanc :
Quelque soit ce que nous souhaitons photographier, la première étape est la prise de vue et sa préparation. L’œil humain voit en couleur ; mais celles-ci sont bien évidemment absentes en noir et blanc. Dans cette vision monochrome, il est nécessaire de trouver d’autres éléments qui vont mettre en avant notre sujet. Il ne nous reste donc plus que la lumière et les contrastes pour marquer la différence entre les éléments qui composent la scène.
Photo 1 : cubes de constructions pris en couleur.
Photo 2 : Passage en noir et blanc, on constate que le cube rouge n’a plus le même impact visuel.
Nous constatons que la disparition des couleurs change complètement la lecture de la photo. Le noir et blanc ne retranscrit donc pas la réalité mais en fait une interprétation de celle-ci. De ce fait, il est important de connaitre dès la prise de vue quel message nous souhaitons transmettre et donc décider quel rendu final nous allons donner à notre photo, noir et blanc ou couleur. Néanmoins, même en l’absence de cette dernière, nous avons la possibilité d’influer sur celle-ci à l’aide de filtre qui nous permette d’éclaircir ou d’assombrir certaines couleurs.
Les filtres en noir et blanc :
En argentique, il n’est pas rare d’utiliser des filtres pour influer sur le rendu d’une photographie, surtout en noir et blanc. En numérique, nous avons toujours la possibilité d’en mettre un sur notre objectif mais cela n’est pas indispensable. Ce filtre, généralement de couleur, peut être appliqué directement en post-traitement ou mieux, lors de la prise de vue dans les paramètres de votre boitier numérique (voir ci-dessous « Régler sont appareil »).
Selon le filtre choisi, nous allons mettre en avant certaines couleurs plutôt que d’autres. Ce travail étant à faire en post-traitement, il est donc intéressant de connaître immédiatement son impact sur la photo finale. Mais comment les filtres influent-ils sur les éléments de la scène photographiée ? Nous allons regarder ensemble cet impact sur une photo via un exemple concret.
Voici une photo en couleur. Lors de la prise de vue, nous avons décidé de la prendre en noir et blanc afin de donner un côté authentique à la scène.
Nous avons traité cette photo en noir et blanc. Ici, aucun filtre n’a été appliqué. Il s’agit donc d’une simple conversion. Nous constatons que notre sujet, qui est la calèche avec les chevaux, vient se confondre avec le second plan.
Utilisation d’un filtre vert :
Le filtre vert va mettre en valeur et en évidence tous les tons verts de la scène photographiée et va assombrir les tons rouges.
Dans notre photo, nous constatons que les arbres en second plan sont éclaircis. Cela ne nous permet pas de détacher notre cheval marron du fond vert. Ce filtre n’est peut-être pas l’idéal pour notre scène photographiée
Utilisation d’un filtre rouge :
Le filtre rouge va assombrir les tons bleus et les tous verts pour éclaircir les tons rouges. Ce filtre a beaucoup été utilisé en cinéma (noir et blanc uniquement) pour avoir un effet nuit américaine.
Dans notre photo, nous avons un sujet qui est bien mis en avant avec un assombrissement léger du ciel et du second plan, au profit de notre calèche et du visage de notre personnage.
Utilisation d’un filtre jaune ou oranger :
les filtres jaune ou oranger vont nous permettre de mettre en avant un grain de peau et une personne pour un portrait. Ils vont aussi avoir comme impact un assombrissement des tons bleus et donc d’un ciel bleu pour lui donner un rendu plus dramatique.
Dans notre photo, le filtre jaune utilisé apporte un résultat presque semblable au filtre rouge. Une petite nuance est néanmoins visible au niveau du foin se trouvant dans la calèche qui est un peu plus clair.
Dans cette scène nous pouvons donc constater que, idéalement, l’utilisation d’un filtre jaune ou oranger apporte réellement un plus à notre résultat final. Il nous permet de mettre en avant notre sujet en l’éclaircissant tout en assombrissant légèrement notre second plan vert et notre ciel bleu (l’impact aurait été différent avec un ciel gris). Grace au numérique, et si l’appareil photo en est équipé, il nous est possible de constater tout cela dès la prise de vue.
Régler son appareil :
En numérique comme en argentique, le travail du noir et blanc s’effectue en post-traitement. Pourtant, comme je vous l’ai dit en introduction, le numérique possède un petit avantage qui est la visualisation directe après la prise de vue sur l’écran de votre boitier. Nous allons donc paramétrer notre appareil en fonction de notre travail.
Dans un premier temps, nous réglons la qualité des photos sur RAW. Il s’agit d’un format brut contenant le maximum d’informations possibles de la scène photographiée. Cette particularité nous offre une plus grande marge de manœuvre possible dans le travail des lumières lors de la phase de post-traitement. Par contre, les réglages qui vont suivre ne sont pas pris en compte lors de l’enregistrement de la photo en format RAW (la photo est donc enregistrée en couleur) ; mais ils nous permettent une meilleure appréciation du résultat final en noir et blanc.
Sur les appareils réflexes récents, il existe un paramètre « noir et blanc » ou « monochrome » qui nous permet d’enregistrer directement en noir et blanc la photo (pour une qualité autre que RAW) et qui nous permet surtout de visualiser directement sur notre écran le résultat en noir et blanc. Nous allons donc utiliser ce réglage pour cette dernière raison. Mais ce n’est pas tout, notre boitier peut aussi nous permettre d’affiner ce mode en choisissant :
- un rendu plus net
- un rendu plus ou moins contrasté
- une application de filtres (jaune, oranger, rouge ou vert)
Conclusion :
Quelque soit la technique que nous employons, argentique ou numérique, les principes de bases de la photographie restent les mêmes. Seul notre support de travail change. C’est donc à nous, photographe, de nous adapter et de maitriser notre outil de travail en fonction de la technologie choisie. Nous avons donc vu ensemble quelques éléments de base de la photographie en noir et blanc, ainsi que sa préparation lors de la prise de vue en numérique. En l’absence de couleur, la lumière et le contraste deviennent les deux véhicules essentiels qui vont permettre de distinguer les différents éléments de notre scène photographiée. Pour nous aider, il existe des filtres de différentes couleurs qui influent sur les tons des objets en fonction, justement, de leur couleur. Notre tâche sera donc de choisir, si nécessaire, le filtre le plus judicieux en fonction de la scène et du message que l’on souhaite transmettre à notre lecteur.
Maintenant que notre appareil photo est réglé pour travailler le noir et blanc dans les meilleures conditions, il ne nous reste plus qu’à trouver notre sujet et le mettre scène en tenant compte de tout cela. Une fois notre photo prise, le travail sur notre laboratoire numérique apportera la touche personnelle qui fait que notre photo sera différente de toute autre photo.
Texte et photos : Éric Martzloff.






DU BON TRAVAIL ERIC, plus qu’a tester tout sa….
Merci Shog !