12 mai 2009

Faire du noir et blanc en numérique – 2nde Partie : Le post-traitement

Loin des agrandisseurs, révélateurs, fixateurs et autres produits chimiques faisant tourner la tête, nous allons troquer tout cela contre un ordinateur, un écran, un clavier et une souris. Pourtant, malgré une technique diamétralement opposée à l’argentique, un traitement numérique du noir et blanc reste en tout point identique dans la personnalisation de la photographie. De la même manière que la prise de vue, nous restons toujours dans ce jeu de contraste pour accentuer ou atténuer certaines parties de la photo.

Rappels sur la prise de vue :
Avant de se lancer dans le post-traitement d’une photo, nous allons brièvement revenir sur la prise de vue. L’absence de couleur nous oblige à travailler sur d’autres critères qui sont la lumière et le contraste. Pour nous aider dans cette tâche nous avions vu ensemble que notre boitier numérique possède un mode « monochrome » ou « noir et blanc ». Dans ce mode, il est possible de régler un filtre. Celui-ci peut être de couleur vert, jaune-oranger ou rouge. Il a une importance dans le rendu final car il va permettre d’éclaircir ou d’assombrir certaines zones de la scène photographiée selon la couleur choisie. (Voir la première partie, Le noir et blanc en numérique).

Conversion en Noir et Blanc :
La première étape à effectuer devant notre ordinateur est le passage de notre photo en noir et blanc. Si la photo a été enregistrée dans le format RAW, nous pouvons récupérer un fichier converti via le logiciel qui nous a été fourni avec notre appareil ou directement grâce à des logiciels tels qu’Adobe Photoshop ou Adobe Lightroom qui ont la capacité de lire les formats bruts. Par contre, avec ces logiciels, il faut se renseigner auprès de l’éditeur (généralement sur son site internet) afin de savoir si la version installée sur notre ordinateur est capable de lire et interpréter les fichiers issus de notre boitier. Dans le cas contraire, il est nécessaire télécharger la mise à jour du logiciel qui prend en compte notre appareil photo. Cette interrogation ne se pose naturellement pas si nous lisez les photos avec le logiciel fourni avec votre appareil ou si nous avons notre photos dans un format déjà travaillé (JPG par exemple). Certains logiciels qui lisent et convertissent les formats RAW intègrent directement l’outil « noir et blanc » que nous allons voir ensemble dans les trois méthodes proposées.

A titre d’exemple pour la conversion et la personnalisation, voici une photo prise lors d’un voyage. L’objectif du post traitement est de donner le sentiment que le lecteur de la photo va emprunter le chemin qui se situe en bas à gauche de la photo et va se diriger vers la lumière du contre-jour. Pour ce faire, nous ne pouvons travailler que sur la luminance de la photographie.

photo non traité
Photo : image non traitée

photo résultat recherché
Photo 2 : résultat recherché

Désaturation :
La première méthode consiste à désaturer complètement les couleurs de la photographie. Cette méthode est applicable avec tous les logiciels qui permettent de retoucher une image. Nous pouvons voir sur la capture d’écran que la molette qui gère la saturation de toutes les couches (toutes les couleurs) se trouve complètement à gauche. Cela nous donne bien une photo noir et blanc au final. Cette conversion n’est pas une mauvaise solution, simplement, elle ne nous permet pas l’application de filtre.
Donc, si nous ne souhaitons reproduire leur effet, elle reste la solution la plus simple et la plus rapide.

Faire du noir et blanc en numérique   2nde Partie : Le post traitement
photo desaturée

Mélangeur de couche :
Cette méthode est la plus populaire car elle est reprise par les meilleurs logiciels de retouches d’images, gratuits ou payants. Elle consiste à régler indépendamment les trois melangeur de couchecouches principales RVB (Rouge Vert Bleu). Dans un premier temps, il faut définir la couche de sortie qui doit être le gris. Cette sélection s’effectue généralement en cochant « monochrome » mais cela peut varier en fonction des logiciels. Ensuite, vous avez à votre disposition une molette par couche. Les valeurs sont en pourcentages, l’objectif est que l’addition des trois couches fasse 100%. Si nous souhaitons reproduire l’effet d’un filtre de couleur comme nous l’avions vu lors de la prise de vue, voici un tableau de correspondance des pourcentages à appliquer sur les couches :

Filtre

Rouge

Vert

Bleu

Bleu

0

0

100

Vert

0

100

0

Rouge

100

0

0

Oranger

50

50

0

Jaune

34

66

0

Bien entendu, nous ne sommes pas obligés de nous limiter à ces valeurs là. Nous pouvons affiner nos trois niveaux de manière à assombrir et éclaircir certaines parties de la photo. A partir de ce moment là, nous pouvons dire que nous personnalisons notre filtre. Ce qui est important de garder en tête, c’est que dès que vous augmenter une des trois couches, vous allez l’éclaircir au détriment d’une des deux autres couches, voir des deux.
Dans notre cas, l’idéal est d’appliquer un filtre rouge car il va nous permettre d’éclaircir notre chemin tout en assombrissant légèrement le vert des champs de thé.

photo noir et blanc

Outil « Noir et blanc » :outil noir et blanc
Cette méthode est apparue de manière explicite dans le logiciel le plus populaire, Adobe Photoshop, à partir de la version CS3. Pourtant, elle existe depuis un certain temps car c’est celle que nous retrouvons dans les applications qui nous permettent de transformer nos fichiers bruts (RAW) issus de notre appareil. Son principe est très proche du principe du mélangeur de couche. La différence réside sur le fait que nous allons pouvoir travailler en parallèle sur les couches RVB (Rouge-Vert-Bleu) et CMJN (Cyan-Magenta-Jaune-Noir). En faisant varier chaque curseur de chaque couche, nous allons éclaircir la couche choisir si nous allons vers la droite, et l’assombrir si nous allons vers la gauche.

Selon le logiciel utilisé, nous avons aussi la possibilité de choisir des paramètres prédéfinis. La plupart du temps, lorsque cette option est accessible, les différents filtres (que nous trouvons sur notre boitier numérique) sont accessibles. En sélectionnant un, les différentes couches vont se régler afin d’apporter la modification choisie.

Personnalisation :
Notre photo est enfin en noir et blanc sur notre ordinateur. Mais ce n’est pas pour autant que notre tâche est terminée. Nous allons personnaliser notre photographie. C’est à partir de ce moment que nous allons lui donner une âme, notre touche de photographe. Cette manipulation n’a rien de compliqué. L’objectif est de gérer l’exposition en sur-exposant ou sous-exposant localement afin d’accentuer l’importance de notre sujet ou donner du relief à notre photo. Mais pour cela il est important de savoir que :

  • les tons clairs vont attirer l’œil du lecteur,
  • les tons sombres vont repousser l’œil du lecteur.

Ce travail n’a rien de différent d’un travail que nous pouvons effectuer lors d’un tirage argentique. Le principe est le même, nous allons découper notre photographie en plusieurs partie afin de les traiter indépendamment niveau exposition. Le mieux est encore de reprendre notre exemple afin de mieux comprendre tout cela.

exposition

Dans cette découpe, les parties qui n’ont pas de numéro sont celles pour lesquelles nous n’allons apporter aucune modification.
Pour les parties numérotées, nous allons apporter les modifications suivantes :

1. le chemin fait partie de notre sujet, c’est celui que l’œil du lecteur doit suivre. Nous allons donc légèrement éclaircir cette zone de la photo.
2. ce premier plan est complètement opposé à notre source de lumière, nous allons assombrir cette partie de la photographie afin d’ajouter du relief à notre paysage.
3. au même titre que la zone n°2, cette partie de la colline est opposée à la source de lumière, nous allons aussi l’assombrir de manière à ajouter du relief.
4. cette zone fait aussi partie de notre sujet. Elle contient l’aboutissement du chemin de notre lecteur. Bien que le ciel soit très lumineux, il existe tout de même des nuances qui vont nous permettre de ressortir de la matière. Nous allons donc appliquer sur ce ciel un assombrissement en dégradé avec la partie la plus sombre en haut. Cela n’assombrira pas notre source de lumière qui est quasiment proche du blanc mais ce qu’il y a autour de manière a maintenir le regard de notre lecteur vers la lumière, les tons clairs attirant le regard à l’opposé des tons sombres.

Pour éclaircir ou assombrir cette zone, l’idéal, et si notre logiciel de retouche en possède, et d’appliquer localement une correction d’exposition. Une correction négative va assombrir notre zone et une correction positive va l’éclaircir. Cette outil n’altère pas les différente nuances et permet un effet beaucoup plus naturel.
Dans le cas contraire, il va falloir jouer avec la luminosité et le contraste afin d’obtenir un résultat semblable. Le travail seul sur la luminosité va rendre les gris très fade et une augmentation ou une réduction du contraste va redonner du volume dans nos nuances de gris.

photo résultat recherché

Par contre, il est important de garder en mémoire que, pour avoir un beau noir et blanc, il faut que nos blancs soient blancs, que nos noirs soient noirs et que nous ayons un maximum de nuance de gris.
Une fois notre retouche terminée, nous pouvons constater le volume et le caractère qu’a pris notre photo.

Conclusion :
En l’absence de couleur, le noir et blanc doit jouer sur d’autres tableaux afin de mettre en avant notre sujet. La luminance est donc le facteur sur lequel nous devons travailler. Au cours de ce post-traitement, nous avons travaillé en gardant toujours en tête le sujet de notre photo et donc ce que nous souhaitons éclaircir et assombrir. Lors de la conversion, le travail sur les couches revient à personnaliser un filtre que nous aurions pu utiliser lors de la prise de vue. Ensuite, le post-traitement nous permet d’appliquer des expositions légèrement différentes par zone afin de mettre en avant notre sujet de d’orienter la lecture de la photographie. Cette méthode n’est pas propre au numérique. Bien au contraire, elle a été adaptée du travail argentique en laboratoire où nous exposons plus ou moins certaines zones sous l’agrandisseur afin d’assombrir ou éclaircir toujours dans l’idée d’orienter la lecture.

Photos et Texte : Éric Martzloff.

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