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En cette rentrée, j’ai choisi de vous faire découvrir le travail photographique de deux passionnés de la nature et de la photographie animalière, Eric Ferry et Bruno Oertel. Au travers de cette interview, vous découvrirez leur passion commune, mais aussi leurs parcours, leurs idées et évidement leurs talents photographiques. Enseignant de profession, leurs magnifiques photos prises en Alsace ou en Lorraine sont le fruit de longues heures passées sur le terrain. Encore merci à Eric et Bruno dee nous faire découvrir de plus près leur passion pour la photo...Bonjour Eric et Bruno, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?Bruno : J’ai commencé à m’intéresser à la photo à la fin du collège, époque à laquelle j’ai acheté mon premier reflex : un canon AL 1. Je photographiais alors différents sujets. Actuellement, ma principale motivation est de passer un maximum de temps dans la nature et d’en ramener si possible de belles images.Eric : J’ai débuté la photographie il y a environ 12 ans. Je souhaitais immortaliser les rencontres que je faisais lors de mes sorties naturaliste ou lors de mes voyages. J’ai commencé avec un vieux Zeiss Contaflex puis, avec mes premières payes de prof, j’ai investi dans un boitier plus quelques objectifs. Depuis, cette passion ne m’a jamais quitté, mon fils de 7 ans m’accompagne maintenant de temps en temps et a photographié ses premiers chamois la semaine dernière !
D’où provient cette attirance pour la nature et la photographie animalière ?Bruno : Bonne question. Je me la pose souvent. J’ai grandi dans un milieu plutôt urbain bien que nous nous baladions souvent en forêt en famille. Plus tard, j’ai pratiqué le vol libre, parapente, puis deltaplane. A force d’avoir le nez en l’air, j’ai commencé à m’intéresser aux oiseaux. C’était mes débuts de naturaliste.Eric : J’ai été au contact de la nature dès mon plus jeune âge avec mes parents qui habitent dans les Vosges, puis dans des associations comme les Jeunes pour la Nature où j’ai appris beaucoup de choses. J’aime vivre dehors, jardiner et serait bien malheureux d’habiter en ville. Pouvez-vous nous parler de vôtre région l’Alsace ou la Lorraine, vôtre espace photographique ?L’Alsace est une petite région avec une forte densité d’habitants. Ce n’est pas un avantage en photo nature ! Par contre, on y trouve une grande diversité de milieux naturels : bande rhénane avec ses forêts alluviales, prairies inondables des rieds, collines calcaires, forêts de plaine et de montagnes et enfin Hautes Vosges.La Lorraine est beaucoup moins peuplée donc nous avons plus de facilités pour y installer des affûts, en particulier dans le pays des étangs en Moselle. Mais, c’est déjà un peu loin de chez nous. Il faut donc se lever très tôt pour faire de l’affût au printemps.
Comment s’articule votre collaboration, est ce plus facile de travailler à deux ?Nous sommes finalement assez rarement sur le terrain en même temps. Par contre, être deux est un vrai plus pour les expos, festivals ou autres conférences. Nous travaillons parfois sur le même sujet et cela nous permet de multiplier les heures de présence sur le terrain. Nous avons aussi chacun nos milieux de prédilection, la plupart du temps ceux qui sont proches de nos domiciles respectifs. On essaye ainsi de limiter l’usage de la voiture pour gagner du temps et pour moins polluer. Photo animalière rime souvent avec finance difficile, comment vous en sortez-vous ?
Nous nous sommes tous les deux équipés sur une durée assez longue ce qui adoucit l’addition. Malgré tout, ce n’est pas toujours simple de suivre l’évolution rapide du matériel et en particulier des boîtiers. Avec quelles agences photos travaillez-vous ? Travaillez-vous en direct avec des magazines ?Nous collaborons avec l’agence Biosphoto depuis 2005. Il nous arrive parfois de traiter en direct avec certains éditeurs ou magazines (comme pour un article dans le magazine Image et Nature dernièrement) mais nous ne prenons pas le temps de les démarcher. Selon vous, est-il encore possible pour un amateur de se lancer et de réussir dans une carrière de photographe animalier ?Pour faire des photos d’animaux sauvages dans notre région, nous passons beaucoup d’heures sur le terrain. En parallèle, nous constatons une érosion constante du prix de vente des images. Difficile dans ces conditions de penser en faire un métier. Quels matériels photos utilisez-vous ? Sont-il mis à rudes épreuves ?Nous utilisons depuis une dizaine d’année du matériel Canon, les nouveaux boitiers numériques ayant remplacé en 2004 nos bons vieux Canon EOS 3 et EOS 5, de solides trépieds et rotules Gitzo. Le gros investissement a été l’achat d’un téléobjectif de 500mm, l’un avec la version stabilisée et l’autre la version plus ancienne ouvrant à 4,5.Au cours des années, nous avons acquis tous deux des accessoires plus ou moins utiles (flashs, cellules de déclenchement, télécommandes et dernièrement une housse étanche Ewa marine). Nous apportons le plus grand soin à notre matériel, sachant qu’il nous serait très difficile de le remplacer en cas de casse. Nous avons construit des affûts, flottants ou fixes (tentes dômes, cubes), des caissons pour isoler les boitiers lors des déclenchements à distance et investi l’an dernier dans un canoë, très pratique pour le repérage dans les forêts Rhénanes. Nous avons chacun notre propre matériel mais il nous arrive de nous prêter certains objectifs pour un besoin particulier.
Aujourd’hui, que contient votre sac à dos ou votre fourre-tout sur le terrain ?Nous avons des boitiers Canon EOS 50D, des objectifs Canon sériel L (20mm, 17-40mm, 70-200mm, 150 macro et 500mm), des cartes mémoires et un videur de cartes. Nous travaillons presque exclusivement en lumière naturelle et n’utilisons donc jamais le flash.
Le contenu de vôtre sac photo est-il différent en fonction des sujets rencontrés ?Bien entendu. Lorsque nous partons pour un affût, nous emportons généralement uniquement le 500mm avec trépied et rotule. Pour les photos de paysages, de plantes et insectes, nous laissons le 500mm au placard pour «marcher léger » avec un petit sac comprenant un boitier, le 17-40, un 70-200 et un objectif macro.
Quelles sont vos techniques pour approcher les animaux ?Nous n’utilisons pas de technique révolutionnaire pour approcher les animaux. Il faut avoir une bonne connaissance des espèces photographiées et faire beaucoup de repérage sur le terrain. Une fois cette première phase réalisée, nous nous mettons à l’affût dans des caches installées à l’avance. Dans les milieux humides, l’affût flottant nous a été bien utile.Nous nous posons toujours pas mal de questions sur le dérangement que nous pouvons occasionner et nous sommes très prudents dans ce domaine.
Quel regard avez-vous sur le matériel photo et quels conseils donneriez-vous aux amateurs ?Le matériel photo est bien sur important, mais une bonne connaissance du milieu et de l’espèce que l’on veut photographier est primordiale en photographie animalière. Il est possible de sortir de très bonnes images macro par exemple avec un petit compact numérique.La nature attire de plus en plus de photographes depuis l’avènement du numérique, parfois équipés comme des pros mais ayant peu de connaissances naturalistes. L’achat d’un 300mm devrait toujours être accompagné de celui des mammifères sauvages d’Europe de Robert Hainard et de la collection des Geroudet !
Combien de photo avez-vous dans votre photothèque, et comment les stockez-vous ?Nous possédons aujourd’hui plusieurs milieux de photographies numériques. Nous avons fait scanner nos meilleures diapositives il y a quelques années et rangé les ektas au placard. Nous procédons à un double classement, par date et lieu de prise de vue ainsi que par milieux et espèces. Nous faisons plusieurs sauvegardes sur des disques durs externes pour éviter les pertes d’images. Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?Avec l’avènement du numérique, la photo animalière s’est largement démocratisée et on voit beaucoup de bonnes et de très bonnes images. Quelquefois, on se pose des questions sur les conditions de prises de vue : en parc ou avec des animaux imprégnés ? Si tel est le cas, il serait bon de le préciser. Avec le nombre croissant de photographes, se pose inévitablement la question de la sur-fréquentation des milieux et de l’impact sur la faune.
Quel est votre regard sur les banques d’images et microstocks qui vendent des photos à 1€ ?Au-delà de l’aspect financier, c’est le travail même du photographe qui est déprécié. C’est dans l’air du temps car nous sommes régulièrement contactés par des éditeurs ou magazines pour leur fournir telle ou telle image à des prix dérisoires. Je comprends le désarroi et le pessimisme des professionnels aujourd’hui devant de telles pratiques. De plus, en photo naturaliste, où la précision est de rigueur dans l’identification de plantes ou d’animaux, il est risible de voir les légendes de certaines images de ces microstocks. Comment décrivez-vous votre approche de la lumière ?C’est une approche pragmatique : on fait avec ce qu’on a comme en reportage. Souvent les bonnes images de nature se font le matin ou le soir donc dans des conditions de faible éclairement. Les progrès des boîtiers numériques dans les hautes sensibilités sont alors bien utiles.Nous aimons travailler avec des lumières assez douces et diffuses comme celles des jours de brumes. A l’inverse, nous apprécions aussi les images contrastées, les contre - jours.
Pouvez-vous nous parler de vôtre reportage sur le pisciculteur mosellan ?Ce reportage est né d’une rencontre avec un pisciculteur en Moselle. Nous nous sommes dans un premier temps intéressés aux hommes qui travaillent sur ces étangs de pisciculture extensive, professionnels ou amateurs. Nous avons ainsi suivi une saison de la vie de la pisciculture, de l’alevinage à la vidange des étangs et à la pêche traditionnelle au filet. Ce fût très intéressant et riche en rencontres. Cela nous a ouvert les portes de quelques étangs bien gardés d’ordinaire. Nous nous sommes alors concentrés sur la faune et en particulier aux nombreux oiseaux qui fréquentent les lieux. Le parallèle entre l’activité humaine et la biodiversité nous a paru très intéressant.Quelle biodiversité peut on rencontrer dans ou proche des étangs Lorrains ?Les étangs du Saulnois offrent encore une biodiversité intéressante. On y trouve une juxtaposition de milieux qui attirent une belle diversité d’oiseaux : l’eau libre, la rive avec sa végétation lacustre avec parfois de belles roselières, les vasières, les près humides et enfin les bordures forestières.En plus des oiseaux communs tels que les grèbes, foulques et autres colverts, on peut citer des espèces plus prestigieuses telles que le butor étoilé, le blongios nain ou encore la rousserolle turdoïde. A l’automne, lors de la vidange des étangs, les vasières accueillent de nombreux limicoles. Mais, c’est aussi le début de la saison de chasse.Au niveau des mammifères, la région est un bastion du chat forestier, mais il fréquente plutôt les prés. Mais, la situation n’est malheureusement pas aussi idyllique que cette description pourrait laisser croire. L’urbanisation et l’agriculture intensive sont des menaces bien présentes et le statut de certaines espèces n’est pas très réjouissant.
Proche de l’environnement et de la nature, comment contribuez-vous à sa conservation ?Nous contribuons à notre matière, en donnant des images aux associations de protection de la nature, en présentant nos photographies lors de diaporamas-conférences (Itinéraires sauvages en Alsace, les milieux humides en alsace, les Hautes Vosges ou encore les étangs mosellans), d’expositions (souvent en collaboration avec des associations comme la LPO lors de la fête de l’Oiseau par exemple). Depuis trois ans nous travaillons avec certaines écoles pour sensibiliser les jeunes enfants (maternelle et primaire) au respect et à la protection de la nature proche qui les entoure. A cet âge-là, ils sont intéressés et réceptifs, leur apprendre à connaître et aimer la nature, c’est espérer qu’ils la protègeront plus tard. Éric, pouvez-vous nous parler de cette prise de vue magnifique de la mésange nonnette ? Un grand coup de chance ?Un grand coup de chance un peu provoqué tout de même. Lors de l’hiver 2005 il avait beaucoup neigé sur les Vosges et les mésanges nonnettes étaient très familières à la mangeoire. Je n’avais plus besoin d’affût pour les photographier. Dans la pente enneigé ou j’ai construit l’affût, j’ai repéré cette branche de genêt et déposé quelques graines à proximité. Beaucoup de patience et de photos plus tard, j’ai eu effectivement la chance d’avoir cette image. Les conditions météo étaient idéales ce jour-là avec un ciel très légèrement voilé mais très lumineux évitant les ombres fortes mais permettant l’utilisation de hautes vitesses (1/2000ème de seconde).Avez-vous déjà été confronté à des situations atypiques, avez-vous des anecdotes ?Bruno : Je me souviens d’un matin, où, « confortablement » installé dans mon affût flottant, j’entendis un fracas de bouteilles cassées sur la route voisine. Quelques heures plus tard, alors que je regagnais ma voiture dégoulinant de vase dans mes waders, je croisais les gendarmes et les pompiers sur les lieux du sinistre. Un camion de transport de boissons était couché dans le fossé. Ils me regardèrent passer comme un extraterrestre, mais ne posèrent aucune question.Eric : Lors d’un affût aux guêpiers dans le nord de l’Espagne, je me suis fait encercler par une meute de chiens qui me sentaient mais ne me voyaient pas dans ma cache. Cela a duré plusieurs minutes, je n’ai pas bougé et ils ont fini par partir. J’ai eu une sacrée trouille !
Selon "Eric et Bruno", quelles sont les caractéristiques d’une photo réussie ?La première des qualités est le respect des animaux. La plus belle des photos ne justifie pas un dérangement significatif. Ce n’est malheureusement pas facile à juger à la seule vue d’une image. Ensuite, nous apprécions des images assez dépouillées et qui replacent l’animal dans son milieu. Il faut alors que la lumière et le cadrage soient au rendez-vous ! Aux images trop démonstratives, nous préférons celles, plus suggestives, qui laissent la place à l’imaginaire ou à la rêverie. Mais, il faut se garder de trop se focaliser sur une seule image. Il nous semble plus judicieux de s’intéresser à un travail dans sa globalité.
Les concours ou les festivals comme le célèbre Montier-en-Der sont de plus en plus convoités et difficiles, qu’elles seront, selon vous, les tendances à venir ?Je crois qu’il faut être de plus en plus imaginatif pour sortir du lot dans de tels concours, il ne suffit plus d’avoir une très bonne photo. Il faut apporter quelque chose de nouveaux, d’innovant, qui n’a jamais été vu. Le nombre de photographes amateurs a explosé ces dernières années (avec beaucoup de réels talents) ainsi que le nombre de participants aux concours. Cela fait toujours plaisir d’être primé à un concours mais pas du tout un but ultime pour nous. Vous travaillez en ce moment sur les vergers et les Vosges, en quoi consiste ce nouveau travail ?On ne peut pas réellement parler de travail car nous sommes amateurs mais nous essayons de réunir un maximum d’images sur un sujet précis pour pouvoir présenter un ensemble cohérent lors d’un diaporama ou d’une exposition. Pour le verger par exemple, nous essayons de photographier aussi bien le travail de l’arboriculteur, les fruits, que le chouette chevêche ou la mésange bleue...
Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?Nous préparons pour début 2010 une nouvelle exposition sur les Vosges qui sera présentée au festival Natur’Images de Tignécourt , nous continuons de présenter régulièrement nos diaporamas en Alsace, nous travaillerons également à nouveaux avec des écoles l’an prochain pour sensibiliser les jeunes enfants à la protection de la nature « à côté de chez eux ».
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?J’ai découvert le site Photovore il y a peu. Le contenu est très riche et fort intéressant, bravo à vous pour le travail accompli et merci pour l’invitation à nous exprimer ici. Longue vie à vous.Voir le site d’Eric Ferry et Bruno Oertel.
D’où provient cette attirance pour la nature et la photographie animalière ?Bruno : Bonne question. Je me la pose souvent. J’ai grandi dans un milieu plutôt urbain bien que nous nous baladions souvent en forêt en famille. Plus tard, j’ai pratiqué le vol libre, parapente, puis deltaplane. A force d’avoir le nez en l’air, j’ai commencé à m’intéresser aux oiseaux. C’était mes débuts de naturaliste.Eric : J’ai été au contact de la nature dès mon plus jeune âge avec mes parents qui habitent dans les Vosges, puis dans des associations comme les Jeunes pour la Nature où j’ai appris beaucoup de choses. J’aime vivre dehors, jardiner et serait bien malheureux d’habiter en ville. Pouvez-vous nous parler de vôtre région l’Alsace ou la Lorraine, vôtre espace photographique ?L’Alsace est une petite région avec une forte densité d’habitants. Ce n’est pas un avantage en photo nature ! Par contre, on y trouve une grande diversité de milieux naturels : bande rhénane avec ses forêts alluviales, prairies inondables des rieds, collines calcaires, forêts de plaine et de montagnes et enfin Hautes Vosges.La Lorraine est beaucoup moins peuplée donc nous avons plus de facilités pour y installer des affûts, en particulier dans le pays des étangs en Moselle. Mais, c’est déjà un peu loin de chez nous. Il faut donc se lever très tôt pour faire de l’affût au printemps.
Comment s’articule votre collaboration, est ce plus facile de travailler à deux ?Nous sommes finalement assez rarement sur le terrain en même temps. Par contre, être deux est un vrai plus pour les expos, festivals ou autres conférences. Nous travaillons parfois sur le même sujet et cela nous permet de multiplier les heures de présence sur le terrain. Nous avons aussi chacun nos milieux de prédilection, la plupart du temps ceux qui sont proches de nos domiciles respectifs. On essaye ainsi de limiter l’usage de la voiture pour gagner du temps et pour moins polluer. Photo animalière rime souvent avec finance difficile, comment vous en sortez-vous ?
Nous nous sommes tous les deux équipés sur une durée assez longue ce qui adoucit l’addition. Malgré tout, ce n’est pas toujours simple de suivre l’évolution rapide du matériel et en particulier des boîtiers. Avec quelles agences photos travaillez-vous ? Travaillez-vous en direct avec des magazines ?Nous collaborons avec l’agence Biosphoto depuis 2005. Il nous arrive parfois de traiter en direct avec certains éditeurs ou magazines (comme pour un article dans le magazine Image et Nature dernièrement) mais nous ne prenons pas le temps de les démarcher. Selon vous, est-il encore possible pour un amateur de se lancer et de réussir dans une carrière de photographe animalier ?Pour faire des photos d’animaux sauvages dans notre région, nous passons beaucoup d’heures sur le terrain. En parallèle, nous constatons une érosion constante du prix de vente des images. Difficile dans ces conditions de penser en faire un métier. Quels matériels photos utilisez-vous ? Sont-il mis à rudes épreuves ?Nous utilisons depuis une dizaine d’année du matériel Canon, les nouveaux boitiers numériques ayant remplacé en 2004 nos bons vieux Canon EOS 3 et EOS 5, de solides trépieds et rotules Gitzo. Le gros investissement a été l’achat d’un téléobjectif de 500mm, l’un avec la version stabilisée et l’autre la version plus ancienne ouvrant à 4,5.Au cours des années, nous avons acquis tous deux des accessoires plus ou moins utiles (flashs, cellules de déclenchement, télécommandes et dernièrement une housse étanche Ewa marine). Nous apportons le plus grand soin à notre matériel, sachant qu’il nous serait très difficile de le remplacer en cas de casse. Nous avons construit des affûts, flottants ou fixes (tentes dômes, cubes), des caissons pour isoler les boitiers lors des déclenchements à distance et investi l’an dernier dans un canoë, très pratique pour le repérage dans les forêts Rhénanes. Nous avons chacun notre propre matériel mais il nous arrive de nous prêter certains objectifs pour un besoin particulier.
Le contenu de vôtre sac photo est-il différent en fonction des sujets rencontrés ?Bien entendu. Lorsque nous partons pour un affût, nous emportons généralement uniquement le 500mm avec trépied et rotule. Pour les photos de paysages, de plantes et insectes, nous laissons le 500mm au placard pour «marcher léger » avec un petit sac comprenant un boitier, le 17-40, un 70-200 et un objectif macro.
Quelles sont vos techniques pour approcher les animaux ?Nous n’utilisons pas de technique révolutionnaire pour approcher les animaux. Il faut avoir une bonne connaissance des espèces photographiées et faire beaucoup de repérage sur le terrain. Une fois cette première phase réalisée, nous nous mettons à l’affût dans des caches installées à l’avance. Dans les milieux humides, l’affût flottant nous a été bien utile.Nous nous posons toujours pas mal de questions sur le dérangement que nous pouvons occasionner et nous sommes très prudents dans ce domaine.
Quel regard avez-vous sur le matériel photo et quels conseils donneriez-vous aux amateurs ?Le matériel photo est bien sur important, mais une bonne connaissance du milieu et de l’espèce que l’on veut photographier est primordiale en photographie animalière. Il est possible de sortir de très bonnes images macro par exemple avec un petit compact numérique.La nature attire de plus en plus de photographes depuis l’avènement du numérique, parfois équipés comme des pros mais ayant peu de connaissances naturalistes. L’achat d’un 300mm devrait toujours être accompagné de celui des mammifères sauvages d’Europe de Robert Hainard et de la collection des Geroudet !
Combien de photo avez-vous dans votre photothèque, et comment les stockez-vous ?Nous possédons aujourd’hui plusieurs milieux de photographies numériques. Nous avons fait scanner nos meilleures diapositives il y a quelques années et rangé les ektas au placard. Nous procédons à un double classement, par date et lieu de prise de vue ainsi que par milieux et espèces. Nous faisons plusieurs sauvegardes sur des disques durs externes pour éviter les pertes d’images. Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?Avec l’avènement du numérique, la photo animalière s’est largement démocratisée et on voit beaucoup de bonnes et de très bonnes images. Quelquefois, on se pose des questions sur les conditions de prises de vue : en parc ou avec des animaux imprégnés ? Si tel est le cas, il serait bon de le préciser. Avec le nombre croissant de photographes, se pose inévitablement la question de la sur-fréquentation des milieux et de l’impact sur la faune.
Quel est votre regard sur les banques d’images et microstocks qui vendent des photos à 1€ ?Au-delà de l’aspect financier, c’est le travail même du photographe qui est déprécié. C’est dans l’air du temps car nous sommes régulièrement contactés par des éditeurs ou magazines pour leur fournir telle ou telle image à des prix dérisoires. Je comprends le désarroi et le pessimisme des professionnels aujourd’hui devant de telles pratiques. De plus, en photo naturaliste, où la précision est de rigueur dans l’identification de plantes ou d’animaux, il est risible de voir les légendes de certaines images de ces microstocks. Comment décrivez-vous votre approche de la lumière ?C’est une approche pragmatique : on fait avec ce qu’on a comme en reportage. Souvent les bonnes images de nature se font le matin ou le soir donc dans des conditions de faible éclairement. Les progrès des boîtiers numériques dans les hautes sensibilités sont alors bien utiles.Nous aimons travailler avec des lumières assez douces et diffuses comme celles des jours de brumes. A l’inverse, nous apprécions aussi les images contrastées, les contre - jours.
Pouvez-vous nous parler de vôtre reportage sur le pisciculteur mosellan ?Ce reportage est né d’une rencontre avec un pisciculteur en Moselle. Nous nous sommes dans un premier temps intéressés aux hommes qui travaillent sur ces étangs de pisciculture extensive, professionnels ou amateurs. Nous avons ainsi suivi une saison de la vie de la pisciculture, de l’alevinage à la vidange des étangs et à la pêche traditionnelle au filet. Ce fût très intéressant et riche en rencontres. Cela nous a ouvert les portes de quelques étangs bien gardés d’ordinaire. Nous nous sommes alors concentrés sur la faune et en particulier aux nombreux oiseaux qui fréquentent les lieux. Le parallèle entre l’activité humaine et la biodiversité nous a paru très intéressant.Quelle biodiversité peut on rencontrer dans ou proche des étangs Lorrains ?Les étangs du Saulnois offrent encore une biodiversité intéressante. On y trouve une juxtaposition de milieux qui attirent une belle diversité d’oiseaux : l’eau libre, la rive avec sa végétation lacustre avec parfois de belles roselières, les vasières, les près humides et enfin les bordures forestières.En plus des oiseaux communs tels que les grèbes, foulques et autres colverts, on peut citer des espèces plus prestigieuses telles que le butor étoilé, le blongios nain ou encore la rousserolle turdoïde. A l’automne, lors de la vidange des étangs, les vasières accueillent de nombreux limicoles. Mais, c’est aussi le début de la saison de chasse.Au niveau des mammifères, la région est un bastion du chat forestier, mais il fréquente plutôt les prés. Mais, la situation n’est malheureusement pas aussi idyllique que cette description pourrait laisser croire. L’urbanisation et l’agriculture intensive sont des menaces bien présentes et le statut de certaines espèces n’est pas très réjouissant.
Proche de l’environnement et de la nature, comment contribuez-vous à sa conservation ?Nous contribuons à notre matière, en donnant des images aux associations de protection de la nature, en présentant nos photographies lors de diaporamas-conférences (Itinéraires sauvages en Alsace, les milieux humides en alsace, les Hautes Vosges ou encore les étangs mosellans), d’expositions (souvent en collaboration avec des associations comme la LPO lors de la fête de l’Oiseau par exemple). Depuis trois ans nous travaillons avec certaines écoles pour sensibiliser les jeunes enfants (maternelle et primaire) au respect et à la protection de la nature proche qui les entoure. A cet âge-là, ils sont intéressés et réceptifs, leur apprendre à connaître et aimer la nature, c’est espérer qu’ils la protègeront plus tard. Éric, pouvez-vous nous parler de cette prise de vue magnifique de la mésange nonnette ? Un grand coup de chance ?Un grand coup de chance un peu provoqué tout de même. Lors de l’hiver 2005 il avait beaucoup neigé sur les Vosges et les mésanges nonnettes étaient très familières à la mangeoire. Je n’avais plus besoin d’affût pour les photographier. Dans la pente enneigé ou j’ai construit l’affût, j’ai repéré cette branche de genêt et déposé quelques graines à proximité. Beaucoup de patience et de photos plus tard, j’ai eu effectivement la chance d’avoir cette image. Les conditions météo étaient idéales ce jour-là avec un ciel très légèrement voilé mais très lumineux évitant les ombres fortes mais permettant l’utilisation de hautes vitesses (1/2000ème de seconde).Avez-vous déjà été confronté à des situations atypiques, avez-vous des anecdotes ?Bruno : Je me souviens d’un matin, où, « confortablement » installé dans mon affût flottant, j’entendis un fracas de bouteilles cassées sur la route voisine. Quelques heures plus tard, alors que je regagnais ma voiture dégoulinant de vase dans mes waders, je croisais les gendarmes et les pompiers sur les lieux du sinistre. Un camion de transport de boissons était couché dans le fossé. Ils me regardèrent passer comme un extraterrestre, mais ne posèrent aucune question.Eric : Lors d’un affût aux guêpiers dans le nord de l’Espagne, je me suis fait encercler par une meute de chiens qui me sentaient mais ne me voyaient pas dans ma cache. Cela a duré plusieurs minutes, je n’ai pas bougé et ils ont fini par partir. J’ai eu une sacrée trouille !
Selon "Eric et Bruno", quelles sont les caractéristiques d’une photo réussie ?La première des qualités est le respect des animaux. La plus belle des photos ne justifie pas un dérangement significatif. Ce n’est malheureusement pas facile à juger à la seule vue d’une image. Ensuite, nous apprécions des images assez dépouillées et qui replacent l’animal dans son milieu. Il faut alors que la lumière et le cadrage soient au rendez-vous ! Aux images trop démonstratives, nous préférons celles, plus suggestives, qui laissent la place à l’imaginaire ou à la rêverie. Mais, il faut se garder de trop se focaliser sur une seule image. Il nous semble plus judicieux de s’intéresser à un travail dans sa globalité.
Les concours ou les festivals comme le célèbre Montier-en-Der sont de plus en plus convoités et difficiles, qu’elles seront, selon vous, les tendances à venir ?Je crois qu’il faut être de plus en plus imaginatif pour sortir du lot dans de tels concours, il ne suffit plus d’avoir une très bonne photo. Il faut apporter quelque chose de nouveaux, d’innovant, qui n’a jamais été vu. Le nombre de photographes amateurs a explosé ces dernières années (avec beaucoup de réels talents) ainsi que le nombre de participants aux concours. Cela fait toujours plaisir d’être primé à un concours mais pas du tout un but ultime pour nous. Vous travaillez en ce moment sur les vergers et les Vosges, en quoi consiste ce nouveau travail ?On ne peut pas réellement parler de travail car nous sommes amateurs mais nous essayons de réunir un maximum d’images sur un sujet précis pour pouvoir présenter un ensemble cohérent lors d’un diaporama ou d’une exposition. Pour le verger par exemple, nous essayons de photographier aussi bien le travail de l’arboriculteur, les fruits, que le chouette chevêche ou la mésange bleue...
Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?Nous préparons pour début 2010 une nouvelle exposition sur les Vosges qui sera présentée au festival Natur’Images de Tignécourt , nous continuons de présenter régulièrement nos diaporamas en Alsace, nous travaillerons également à nouveaux avec des écoles l’an prochain pour sensibiliser les jeunes enfants à la protection de la nature « à côté de chez eux ».
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?J’ai découvert le site Photovore il y a peu. Le contenu est très riche et fort intéressant, bravo à vous pour le travail accompli et merci pour l’invitation à nous exprimer ici. Longue vie à vous.Voir le site d’Eric Ferry et Bruno Oertel. Tags : Interview photographe, Actualité photo, Interview photographe, Photographe animalier, Photo animalière, photographie nature
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alex
29 août 2009 à 18h45
Interview dans la droite lignée des précédents, merci Photovore et merci à ces deux photographes talentueux de mettre en avant nos magnifiques Vosges (entre autres)!
alex (haut-vosgien...aussi!)
alex (haut-vosgien...aussi!)
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Bravo.
fabien (haut-vosgien du sud)