La photo vue par Didier Cantin

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Publié le 02/03/2009

Cette semaine, je vous propose de découvrir l’interview et le travail photographique de Didier Cantin. Passionné par la nature et l’ornithologie, ce photographe amateur né aux portes du Marais Poitevin, est un adepte de la digiscopie. Situé sur le trajet migratoire de nombreuses espèces d’oiseaux, Didier Cantin pratique l’affût près de ces grandes zones humides de l’ouest de l’Europe. Ses photos plusieurs fois récompensées, témoignent de son talent et de sa grande passion pour la photographie et la nature. Découvrez, une interview intéressante et enrichissante pour tous ceux qui aiment de près ou de loin la photo et l’ornithologie…Bonjour Didier, la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?Bonjour, une réelle passion, je pense que oui, dans la mesure où j’y passe le plus clair de mon temps libre. Cette passion est née de mon attirance quasi viscérale pour le monde sauvage. J’ai fait mes débuts avec le reflex de mon père, pendant mes années d’études au début des années 1980. Puis, pour des raisons financières j’ai du faire le choix entre une longue vue et du matériel photographique, c’est la première option qui a été retenue.HéronCe n’est qu’en 2003 au hasard des surfs sur la toile que j’ai découvert la digiscopie. Après l’achat d’un compact numérique, moult bricolages et tâtonnements je me suis lancé. Depuis, j’aime de plus en plus me retrouver dans l’affût au lever du jour, au cœur d’un site sauvage. J’aime aussi le contraste entre cette solitude et le partage des photos qui en fait suite. Finalement la photo est devenue pour moi le prétexte pour une immersion dans la nature.Comment est née cette attirance et cette passion pour les oiseaux ?Marais PoitevinJe suis né, j’ai passé mon enfance et j’habite toujours aux portes du Marais Poitevin. Cette région dont la baie de l’Aiguillon est l’exutoire vers l’océan est un lieu de passage et d’hivernage dans l’ouest de l’Europe pour des milliers d’oiseaux migrateurs, je suis admiratif quand je vois les grands vols de ces voyageurs. Ils symbolisent à mes yeux la liberté, cela me rappelle chaque fois le texte d’une chanson de Georges Brassens « l’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons …». Plus prosaïquement, la multitude de formes, de tailles de couleurs que prennent les oiseaux est à elle seule attrayante, tenez, rien que pour les limicoles : quelle diversité dans la formes des becs !Pourquoi si peu de photographes animaliers réussissent à percer dans ce domaine ?Il me semble que la demande d’images de nature n’a jamais été aussi forte (livres journaux, magasines, plaquettes, expos, support publicitaires…) pourtant au contact de certains « pro » j’ai ressenti qu’ils subissaient une mutation dans leur métier. Même si l’avènement du numérique et l‘arrivée de matériels plus performants ont facilité les conditions de prise de vue et le traitement des photos, le côté « commercial » a pris un part non négligeable. Parallèlement à la demande, l’offre a elle aussi fait un bon, le « régionalisme » d’un photographe n’est plus un avantage, avec Internet le réseau s’est considérablement étendu, on peut proposer des images à l’autre bout de la planète. Ceux qui s’en sortent le mieux sont à mon sens les plus créatifs.chouette chevêquePouvez-vous nous parler de votre région, du Marais Poitevin, cet espace de photographie ?grenouilleBien que profondément transformé par la mise en culture et des assèchements successifs cette région reste une des plus grande zone humide de France, la diversité du paysage varie en fonction de la salinité de l’eau. Du marais mouillé bocagé en eau douce à la vasière de la frange littorale en eau salée en passant par les prairies naturelles humides bref autant de milieux fragiles entièrement dépendant des actions humaines. Comme je l’ai déjà dis cette région est un lieu de passage et d’hivernage dans l’ouest de l’Europe pour milliers d’oiseaux migrateurs canards, oies, grues et limicoles autant de sujet pour la photographie, mais il faudrait pas oublier renoncules, iris et orchidées pour le monde végétal et une multitude d’espèces d’insectes, de reptiles et de batraciens …Quels matériels photos utilisez-vous et comptez-vous évoluer ?Actuellement j’utilise 2 types de matériel. Pour la digiscopie je conserve le couple Swarovski ATS 80 HD pour la grande qualité optique de seslièvre verres traités, sa luminosité exceptionnelle et un compact Nikon Coolpix 8400, petit mais déjà très perfectionné, généralement pour obtenir une meilleure qualité je n’utilise son zoom qu’à mi-course en pleine ouverture (F3.5) avec une correction d’exposition allant jusqu’à –2/3 IL. Il faut quand même reconnaître plusieurs inconvénients à ce système, la trop grande lenteur dans l’enregistrement d’images en format natif, la piètre qualité au-delà de 200 iso et la faible réactivité de la mise au point manuelle.Pour le matériel reflex j’utilise un boîtier numérique Canon EOS 40D, un milieu de gamme très correct, solide, facile d’utilisation avec un bémol pour la position des collimateurs de mise au point, je préfère les 9 collimateurs sur 3 lignes du Nikon à la forme de losange du Canon. En ce qui concerne les objectifs mon choix s’est porté sur un Canon 300 mm F4 L IS USM, un rapport qualité prix imbattable un piqué et une souplesse d’utilisation que ce soit en affût ou en billebaude et même pour la proxi-photo, j’utilise aussi depuis peu un Canon 100mm F2.8 macro USM, là aussi les résultats sont encourageants.Le tout acheté indifféremment chez un détaillant, d’occasion ou sur internet. En ce qui concerne l’évolution de mon matériel c’est sûr qu’un Canon 300mm F2.8 me ferait bien plaisir, pourquoi ne pas rêver au Canon 500 F4 ou au SIGMA 500 F4.5… par sûr que mon banquier soit d’accord et puis je n’ai pas fini d’explorer les possibilités de celui que j’ai actuellement…Adepte de la digiscopie, pouvez vous nous parler de cette technique photo ?Il me semble que c’est Laurence Poh, ornithologue de Malaisie, qui est l'inventeur de la digiscopie. Il a eu la bonne idée en 1999 d’adjoindre un petit compact numérique un Nikon CP 950 à un télescope terrestre. La digiscopie consiste donc à photographier avec un appareil photo numérique compact à travers l'oculaire d'une longue-vue. Grâce à de grandes distances focales (jusqu’à 3000mm), vous pouvez photographier des espèces animales sensibles de très loin sans les déranger. L'appareil photo numérique se comporte en quelque sorte comme votre œil.GorgebleueLa lumière pénètre dans la grande lentille de l'objectif à l'extrémité de la longue-vue et ressort par l'oculaire sous forme d'une pastille de lumière. C'est cette pastille de lumière que l'appareil photo photographiera. Cela dit, il ne faut pas rêver, pour obtenir des photos d’une qualité acceptable, il ne faut pas être trop « gourmand » je ne dépasse que très rarement une focale résultante de 1 200mm (c’est déjà pas mal).Quels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez vous en reportage ou hors reportage ?canardUn PC, car c’est le système le plus courant. Je suis un angoissé de la sauvegarde, sur le terrain j’ai un videur de cartes compact drive de 80Go et avec la baisse des prix des cartes mémoires j’en ai une dizaine n’excédant pas 4 Go chacune. En cas de bug, je ne perdrais qu’une partie des images. A la maison j’utilise plusieurs disques durs externes.Pour le post-traitement des images j’utilise Photoshop et Digital Photo Professional. Je ne me borne parfois qu’à un léger recadrage et à l’ajustement des niveaux, mais c’est un domaine que je connais peu alors j’y vais avec parcimonie. En ce qui concerne, le reste du matériel je n’ai pas de préférence pour les marques, un sac à dos conçu à l’origine pour la varappe, un trépied en carbone Swarovski et 2 rotules ball Feisol.Combien de photo avez-vous dans votre photothèque, et comment les stockez-vous ?Environ 5 000. Je sais c’est beaucoup trop mais j’ai du mal à jeter. Je garde un lien affectif avec mes images car je conserve à l’esprit la partie non visible de l’image les sons, les odeurs et l’ambiance lors de la prise de vue. Je fais souvent appel à la neutralité et la clairvoyance de mon entourage pour en éliminer. Elles sont stockées sur des disques durs externes et classées par familles, genres et espèces…Développez-vous certaines de vos photos sur papier et par quel service ?Oui bien sûr c’est un moyen plus pratique qu’un écran d’ordinateur pour partager les images avec mes amis et mes proches, pour ça j’ai de plus en plus confiance aux sites de développement et de tirages de photos numériques en ligne.La technique de l’affût permet de s’approcher sans déranger les animaux, pouvez vous donner quelques conseils ?Même en digiscopie avec des focales résultantes importantes, j’ai toujours pratiqué l’affût. J’aime arriver avant le lever du jour. Pour moi il est indispensable de s’imprégner de l’ambiance. Après un repérage soigneux, sa mise en place va de quelques heures, quelques jours voire quelques mois avant la prise de vue. Pour les migrateurs j’en pose l’été alors qu’ils ne fréquenteront les lieux qu’en novembre et même les affûts flottants sont généralement amarrés sur site. Pratiquant la photo le plus souvent en milieux humides c’est ce dernier type que j’utilise le plus, c’est pour moi le plus performant en termes de résultats et de non-dérangement. Mais il faut adapter la technique au terrain et à l’espèce convoitée, affût dôme, simple filet de camouflage ou bien la voiture, sont aussi de très bonnes méthodes.digiscopieComment peut-on suivre la LPO, s’inscrire ou sortir en groupe ? Est-ce enrichissant pour un jeune photographe ?C’est effectivement une démarche à encourager, pour moi en matière de photo animalière il est indispensable de bien connaître ce que l’on veut photographier. La lecture, les sorties en groupe, les échanges que l’on peut avoir avec des membres d’association telle que la LPO sont de bons moyens pour enrichir ses connaissances et ne pas commettre d’erreurs quand on débute.Votre photo, un Hibou des marais, lauréate du concours organisée par la LPO, une réelle fierté ?Ca fait toujours plaisir, quand une photo est appréciée au point d’être choisi parmi d’autres, surtout quand elle résulte d’un cheminement long pour l’obtenir. Mais il faut avouer qu’il y a dans la réalisation de celle-ci une grande part de chance. En effet, il est assez rare qu’il neige dans ma région et il est encore plus rare que cette neige ne fonde pas aussitôt. Ce jour là le thermomètre n’a pas dépassé les -5°C. Les hiboux des marais ont chassé toute la journée, ignorant complètement le véhicule qui faisait des allées et venues le long du chemin bordant leur territoire de chasse.HibouAu soir tombant, il y en a un qui s’est reposé sur un piquet de clôture, dans le contre-jour du soleil déclinant. Les aigrettes ressorties sur la tête trahissent à peine son inquiétude. Après une vingtaine de clichés il est reparti à sa quête comme si rien ne s’était passé. J’aime beaucoup ce genre d’instant, avec comme impression d’être absent du décor…Passionné par la nature, j’aimerais photographier différentes espèces d’oiseaux, pouvez-vous me conseillez ?De manière générale, commencez par vous documenter sur l’espèce, par l’observer, par comprendre ses déplacements et ses rythmes quotidiens. Ensuite, si vous êtes sûr de ne pas la déranger, vous pouvez y aller. Au risque de décevoir je vous conseillerais d’aller au début vers des espèces très tolérantes et peu sensibles au dérangement, les oiseaux de votre jardin sont de bons sujets même s’il n’est pas facile de bien les mettre en valeur. Si vous en avez la possibilité, il y a aussi les bécasseaux qui arpentent les rivages, ils sont faciles à approcher avec tout de même une bonne dose de patience. Si vous avez la chance d’avoir un cours d’eau près de chez vous, il n’est pas rare qu’un martin pêcheur le fréquente, mettez votre affût à bonne distance d’un perchoir qu’il affectionne et ça ne devrait pas rater. Gardez toujours à l’esprit que pour la photo de nature il y a presque autant de temps dans la préparation que dans la réalisation.Le matériel à mes côtés, la technique assimilée, mais l’inspiration me manque, comment puis je évoluer ?Faites une pose, rangez le matériel et passez du temps dans la nature. Promenez vous avec une paire de jumelles, l’inspiration viendra toute seule. En progressant on s’aperçoit que l’empressement n’est pas générateur de bonne choses. Il faut prendre le temps de la réflexion pour que la photo se forge dans l’esprit ce n’est qu’ensuite qu’il faut faire preuve d’opiniâtreté et tout mettre en œuvre pour la réaliser.Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?Je n’en pense que des bonnes choses. Ce que je vois me plait beaucoup, je trouve les photos de nature qui sont publiées actuellement de plus en plus belles. J’ai fait un break pendant plus de 20 ans, durant cette période je n’ai quasiment pas ouvert un livre de photos ni visité une expo. Je peux vous assurez que les progrès faits tant du côté technique qu’esthétique sont ébouriffants comme dirait mon héron cendré préféré.Très proche de la nature, quel est votre regard sur la biodiversité et l’environnement ?oiseauC’est un vaste problème qu’il n’est pas facile de résumer en 10 lignes. En ce qui concerne les zones humides, domaine que je crois connaître le mieux, il est certain que l’on assiste à une régression rapide. Les causes en sont multiples et les principales sont bien connues : notre consommation galopante d’espace, les mutations dans les modes d’exploitation agricoles et une mauvaise gestion de la ressource en eau. La prise de conscience de l’importance de ces zones est relativement récente. Espérons qu’elle ne vienne pas trop tard. Il est effrayant de constater qu’on aura mis guère plus de 150 ans pour détruire la production de richesses biologiques qui sont le fruit de millions d’années d’évolution. N’importe quelle autre espèce animale qui aurait épuisé son environnement à cette vitesse là, serait classée instantanément dans les « nuisibles ».Quels espèces d’oiseaux ou quel oiseau en particulier souhaiteriez-vous photographier ?Je n’ai pas l’esprit « cocheur ». Je préfère une belle image de moineau domestique à une photo ratée d’un oiseau plus rare. Cela dit je ne dédaignerais pas de faire une photo de prédation d’un aigle royal sur un jeune isard baignée d’une lumière douce et rasante avec en fond une forêt de montagnes pyrénéennes à la fin d’un mois d’octobre…Quels sont vos plus beaux souvenirs et votre photo préférée ?Des beaux souvenirs j’en ai plusieurs. Je pense aux soirs sur la vasière quand la lumière est douce et les limicoles sont présents. Il y a aussi les superbes ambiances des steppes espagnoles et ces heures passées près des chouettes chevêches. J’ai du mal à choisir ma photo préférée. Peut être cette photo de Guêpiers d’Europe, prise en Espagne. J’avais déjà fait plusieurs jours de repérage et je me suis installé de nuit dans l’affût. Avant que le soleil ne passe le sommet de la colline je me suis aperçu qu’il y avait un champ couvert de coquelicots dans le fond de la vallée sur ma droite, j’ai immédiatement décidé de me déplacer et d’improviser un autre affût sous un chêne en pleine garrigue et ça a plutôt bien marché.SierrasVos études de biologie et d’environnement ont-elles facilitées votre parcours ?Bien sûr, même si elles commencent à dater, elles m’ont permis de développer mes connaissances théoriques et de terrain. J’en conserve une méthode d’approche globale de chaque milieu en intégrant l’ensemble de ses composants, pour moi il est difficile d’en dissocier les éléments. La présence de tel ou tel oiseau sur un site est essentiellement due à la présence d’autres organismes vivants, plantes, microfaune, etc. Je pense qu’il faut observer chaque milieu dans son ensemble du grain de sable au paysage dans son entier, de l’objectif macro au grand angle.Avez-vous déjà été confronté à des situations atypiques ?Il m’est arrivé la même aventure qu’Olivier Simon, j’avais posé plusieurs supports dans un étang pour y faire des photos de martin pêcheur. Il ne s’est jamais posé sur ces perchoirs mais à 2 reprises sur ma tête. Il faut croire que le photographe est un bon poste d’affût pour la pêche…escargotSelon "Didier Cantin", quels sont les détails d’une photo réussie ?photo oiseauJ’ai du mal à vraiment les définir, je les ressens plus que je ne les explique… une belle lumière douce du soir ou du matin, un léger contre-jour, un sujet dynamique bien mis en valeur dans son milieu, de l’émotion dans un comportement. Il y a beaucoup d’éléments qui participent à la bonne composition d’une image, parfois même cela peut être l’absence de tout ça.Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?En tant qu’amateur, je n’ai pas l’obligation de résultat, c’est un avantage. Je n’ai pas de projet de « carrière » en tête. Je voudrais bien continuer à errer au gré de mes envies, des rencontres et des opportunités. Bien entendu des projets j’en ai plein, il y a certaines destinations qui m’attirent, comme les pays nordiques par exemple.Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?Je reviens d’Espagne, avec un ami j’ai fait des images des grands rassemblements de grues cendrées. Je devrais y retourner 1 à 2 fois au cours de cette année, ces paysages me plaisent beaucoup. Il y a aussi des petits projets d’expositions dans ma région mais rien n’est encore bien défini.ChouettePour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?J’avoue avoir été surpris et flatté d’être sollicité pour cette interview, d’autant que j’avais découvert Photovore peu de temps auparavant, j’y avais aussi appris un nouveau terme : «  webzine ». La forme est attrayante et les contenus sont intéressants et collant parfaitement à l’actualité du monde de la photo numérique, avec ces atouts là, je suis sûr de sa réussite. Merci à toute l’équipe de rédaction.migrationMerci Didier d'avoir répondu à notre interview, et encore merci de nous faire découvrir ces magnifiques photos d'oiseaux...Voir le site du photographe Didier Cantin.




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