La photo de paysage par Emmanuel Boitier

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Publié le 26/10/2008

Nous continuons notre tour d'horizon du collectif Bouts de planète, avec cette semaine un photographe paysagiste talentueux, Emmanuel Boitier. Simple et passionné, découvrez cet interview...Bonjour Emmanuel, la photo une passion, comment la magie a-t-elle opérée ?Cette passion m’a pris en début d’adolescence, sans que je sache vraiment quel en a été le déclencheur… Il est évident que j’ai ressenti très vite le besoin de figer sur pellicule les petits morceaux de nature que je rencontrais au cours de mes pérégrinations, ayant eu la chance de passer l’essentiel de mon enfance à la campagne. De fil en aiguille, je me suis pris au jeu, et j’ai commencé relativement vite à orienter mes sorties en fonction de mes envies photographiques et non plus me contenter de me servir de mon appareil comme d’un simple « bloc-notes ». Ainsi, quatre ans seulement après avoir acheté mon premier appareil « sérieux » (un Nikon F801), en 1990, j’ai réalisé un ouvrage photographique sur une forêt domaniale de la Nièvre (la forêt des Bertranges), en auto-édition. Quelle aventure ! Puis, bon an mal an, la photographie est un peu sortie de mon quotidien, avec des années sans et des années avec si on peut dire, comme par exemple mon service militaire réalisé en tant que photographe. Je dois avouer que c’est l’arrivée du numérique qui m’a remis le pied à l’étrier ! En 2005, j’ai acheté un reflex Nikon D70 et la magie s’est de nouveau opérée au point qu’aujourd’hui, la photographie a repris et occupe une place essentielle dans ma vie, y compris professionnelle.Pourquoi vous êtes-vous dirigé vers la photographe de paysage plus que vers la macrophotographie ?Je pratique les deux de concert. J’aime ces changements d’échelle, passer de l’immensité au très petit, du décor aux acteurs en quelque sorte. J’aime l’idée de servir (un peu) d’intermédiaire entre toutes ces petites bêtes qui vivent tout près de nous et les gens qui n’ont souvent que peu de temps dans leur quotidien pour s’y intéresser.Mais il est vrai que j’apprécie tout particulièrement la photographie de paysage, sans doute parce que les livres des grands paysagistes nord-américains (Ansel Adams, David Muench…) ont très vite occupé ma table de chevet. Et puis la photographie de paysage est à mes yeux une sorte de challenge permanent : si accessible et à la fois si difficile… Surtout dans certaines régions de notre pays, où le paysage subit des agressions permanentes !Quels matériels photos utilisez-vous et pourquoi ce choix ?Depuis mon Nikon F801, je suis resté fidèle à la marque dont les produits correspondent parfaitement à mes besoins et exigences. L’un des avantages de Nikon est d’avoir conservé au fil des ans toujours la même monture pour les objectifs, si bien qu’aujourd’hui je peux encore utiliser des objectifs achetés il y a presque 20 ans… Quand l’autofocus est arrivé, j’ai trouvé que cet effort de conservation était un gage de sérieux de la part de la marque. J’ai aujourd’hui un Nikon D200 qui sera très bientôt complété par un D700, avec côté objectifs, une couverture du 20 au 300 mm. Au niveau des objectifs à proprement parler, je n’ai longtemps eu que des focales fixes, et je dois dire que même si aujourd’hui j’ai succombé à quelques zooms, ce sont les objectifs que je préfère car ma pratique des zooms me montre que je n’utilise que les focales extrêmes, bien souvent. Ma configuration actuelle est de type : 20 mm f2.8, 24-70 mm f2.8, 50 mm f1.8, 80-200 mm f2.8, 150 mm f2.8 macro et 300 mm f4.Quels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez-vous lors de vos reportages ?Je travaille sous environnement Windows, avec Photoshop. En reportage, loin de la maison, l’ordinateur portable est indispensable pour archiver les clichés sur des disques durs externes et pour faire un premier tri, si j’ai le temps. Sinon au quotidien, j’emmène environ 15 Go de cartes mémoires, mais il est très rare que je les remplisse en une seule journée… Tout est rangé dans un sac Lowepro Vertex 300, que j’ai choisi pour sa qualité de fabrication, mais aussi parce qu’il correspond exactement à la taille maximale autorisée par les principales compagnies aériennes pour le voyage en cabine.Comment travaillez-vous la composition de vos photos ?Il se trouve que j’ai longtemps photographié (durant une dizaine d’années) avec seulement un objectif (50 mm f1.8), puis un second (24 mm f2.8). J’imagine que cela m’a exercé à composer mes images, si bien qu’aujourd’hui, en fait, je ne me pose pas trop de question là-dessus à la prise de vue… Il y a cependant quelque chose qui me semble assez récurrent dans ma pratique du paysage, c’est d’une part mon goût prononcé pour les vues au grand angle avec un premier plan « travaillé », souvent en prise verticale, et d’autre part la recherche des compositions épurées, voire minimalistes (j’essaie autant que possible de simplifier mes images quand le sujet s’y prête).Quels sont les objectifs idéals pour la photo de paysage ?L’objectif idéal est celui qui aura traduit avec fidélité ce que l’on aura vu et ressenti… Parfois c’est le 20 mm qui s’impose, parfois c’est le 300 mm. Je pense qu’il n’y a pas de règle, même si un objectif comme le 24-70 ou équivalent permet je crois de faire face à pas mal de situations en paysage.Pouvez-vous donner quelques conseils aux lecteurs qui aimeraient faire de belle photo de paysage ?Je ne sais pas si je suis bien placé pour donner des conseils… car je ne donne pas vraiment le bon exemple parfois : j’ai du mal à me lever tôt, j’oublie de consulter la météo et parfois c’est un peu ma voiture qui décide où aller ! Mais bon quand j’essaie de faire les choses bien, je m’informe sur le temps qu’il va faire, je prépare soigneusement mon sac (batteries chargées, vérifier que tout est là… c’est bête mais qui n’est jamais parti avec son fourre-tout sans appareil dedans ?), je prends le trépied et je suis sur place au lever du soleil, ou au coucher selon l’endroit. Ensuite, je pense que tout n’est qu’une histoire de pratique : il faut photographier, photographier toujours et photographier encore. Et puis il faut dans l’idéal, et si possible, se confronter à d’autres environnements, d’autres lieux que ceux du quotidien pour travailler sa réactivité, sa capacité à être opérationnel vite. Ça peut faire sourire, mais dans ma pratique de la photographie de paysage, j’ai en effet souvent l’impression de courir car les bonnes lumières sous nos latitudes sont souvent furtives et éphémères. Il faut être prêt et au bon endroit : un défi permanent pour le paysagiste. Je vois bien d’ailleurs que je suis mauvais conseilleur car les lecteurs trouveront bien peu d’informations techniques dans cette interview… c’est sans doute que je n’y attache pas une grande importance, veuillez m’en excusez !Quels sont vos plus beaux souvenirs et votre photo préférée ?Difficile… Il y a tellement de bons moments… J’ai le souvenir d’avoir passé la soirée de mon dernier anniversaire en hiver dans les dunes de la vallée de la mort, en Californie. Superbe cadeau d’anniversaire : presque seul sur les dunes, magnifiques, avec le soleil déclinant, et les images qui s’enchaînent, presque facilement, dans une sorte de torpeur voluptueuse et un silence précieux.Comment travaillez-vous pour réaliser vos images, vous partez simplement en balade ?Il y a deux types d’images à mes yeux : celles qu’on a imaginé au préalable, et puis celles glanées au hasard des balades. Les premières supposent un travail de préparation afin de « prévoir » les meilleures conditions possibles pour les réaliser (heure, saison, météo…). Les secondes viennent à vous toutes seules. Je n’ai jamais vraiment pensé à cela, mais je pense que pour moi, ce doit être « moitié-moitié », enfin je ne sais pas trop… Dans les faits, j’ai une approche assez passive en fait de la photographie, plutôt contemplative, je me contente souvent de capturer les instants qui se présente à moi, au fil de mes pérégrinations.La technique c’est bien ! Mais comment peut-on la dépasser pour laisser cour à sa créativité ?La créativité est intrinsèque à chaque individu. Je pense personnellement que tout découle d’une activité photographique intense. Comme je l’ai dit plus haut, il faut photographier, photographier toujours et photographier encore. Petit à petit, les questions techniques deviennent secondaires, c’est le signe qu’elles sont désormais maîtrisées. Et alors une nouvelle étape commence, où le photographe commence à s’exprimer vraiment et à sa forger une vision et un style personnels.Êtes-vous autodidacte ou avez-vous suivi des cours ? Est-ce nécessaire pour faire de belles photos ?Complètement autodidacte. Je ne sais pas si c’est nécessaire, mais je sais que la passion est une caractéristique commune à tous les autodidactes. Et la passion est un excellent carburant.Avez-vous déjà rencontré des problèmes ou avez-vous été confronté à des situations atypiques ?Le problème pour bon nombre de photographes est celui de l’équipement, qui est très cher. Tout photographe doit dépenser beaucoup d’argent avant même de pouvoir travailler… C’est une caractéristique incontournable de ce métier et cela peut poser problème.Que souhaitez-vous apporter ou quelles émotions avec vos photos souhaitez-vous faire transparaître ?Loin de moi l'idée d'une quelconque mission de témoignage par mes photographies, ou de tout autre objectif grandiloquent, mais juste le besoin de montrer, en toute simplicité. Nous savons tous que l'émotion est un langage universel, et chaque photographe de nature espère un peu, je pense, susciter de l’émotion avec ses clichés, en se disant que cette émotion peut conduire vers le respect de la nature, qui en a bien besoin.Vous travaillez pour le collectif Bouts de planète, pouvez-vous nous présenter ce site et cette activité ?Ce collectif est la réunion de 6 photographes ayant une pratique et une passion communes pour le paysage, avec de réelles convergences de goûts et d’intérêts, et une vraie amitié. La motivation principale est simplement de se faire plaisir (et si possible faire plaisir) en regroupant nos clichés les plus réussis dans un site web. Ça peut paraître simple et banal… Nous nous posons toutefois actuellement la question de l’évolution ou non de ce site vers une structure qui évoluerait peu à peu vers une agence d’illustration spécifiquement spécialisée en clichés de paysage.Vous êtes collaborateur des agences Bios et Naturimages, quelle est cette activité ?Collaborateur est un bien grand mot… disons qu’à l’instar de nombreux photographes, j’ai confié la diffusion de quelques-uns de mes clichés à des agences d’illustration, en l’occurrence Bios et Naturimages. Je suis assez sensible à l’approche de l’agence Bios, qui a en outre des partenariats de diffusion avec certains médias que j’affectionne, comme la revue Terre Sauvage par exemple.Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?L’actualité immédiate, c’est une exposition de paysages d’Auvergne, en commun avec Philippe Bousseaud, au festival photo de Montier-en-Der en novembre.Ensuite à Noël, devrait paraître « Le petit peuple des Maures », aux éditions Parthénope, ouvrage consacré aux Maures en Provence, et au fabuleux bestiaire que le compose. Fin 2008 et début 2009, plusieurs reportages seront publiés dans les revues Ushuaïa Magazine et Terre Sauvage. Je vais également débuter un projet de livre pour les éditions Belin et je suivrai, pour la seconde année, l’opération scientifique Ibisca-Auvergne d’un point de vue photographique. Il y a d’autres projets, mais il faut bien garder un peu de mystère…Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?Je les plains d’avoir eu à subir ce petit exercice hautement narcissique ! J’avoue que je ne connaissais pas vraiment Photovore jusqu’à présent. J’ai donc commencé à explorer un peu le site et ce qui me plaît de prime abord c’est le mariage heureux entre l’information technique pure et dure et la présence humaine très forte, avec les reportages et interviews. Cela donne une âme certaine au site en ne se focalisant pas seulement sur l’outil, mais aussi sur celles et ceux qui l’utilisent !Merci Emmanuel de nous avoir accordé cet bel interview, à bientôt et bonne photo ;)Voir le site d'Emmanuel Boitier et pour ceux qui ne le connaissent pas encore le site du Collectif Bouts de planète.




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