La macrophotographie par Xavier COULMIER

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Après ces magnifiques photos de paysages et ces grands espaces, plongeons dans l’univers du tout petit, avec la macrophotographie. Cette technique photo employée par Xavier COULMIER présente une autre vision de la photographie et vous permet de découvrir ce monde infini du tout petit…Bonjour Xavier, alors la photo, une réelle passion, comment est elle née ?C’est le monde naturaliste qui m’a conduit à la photo. Étudiant, j’étais passionné par les sciences du vivant, et plus particulièrement par la botanique et l’entomologie. Je passais ainsi pas mal de temps à courir après les plantes et les insectes à la recherche de leur nom. Rapidement, j’ai souhaité conserver une trace de mes rencontres et j’ai donc pensé à la photo. Malheureusement, étudiant et débutant dans le monde de la photo argentique, j’ai vite arrêté faute de moyens ; c’était au milieu des années 1990. Quelques années sont passées et c’est à l’occasion d’un séjour d’un an en Guyane (2002) que j’ai voulu de nouveau faire de la photo : je ne pouvais revenir de ce superbe département d’Outre-mer sans cliché ! A cette époque, le numérique émergeait, et j’ai donc acheté mon premier appareil, un petit compact. Depuis, cela ne s’est plus arrêté…Mais cette attirance pour les Arts plastiques est sans doute plus ancienne et ancrée. Au collège, j’ai toujours aimé le dessin, je me sentais une sensibilité pour ce mode de création qui captait mon attention. Mais ce n’est pas la voie que j’ai alors suivie (et sans aucun regret, je suis très heureux de ce que j’ai fait et de où cela m’a conduit). C’est probablement cette combinaison qui a guidé mon style : mon goût pour la nature et une sensibilité artistique sans doute « inscrite en moi ».Même si pour nous cela paraît évident, pouvez nous expliquer ce qu’est la macrophotographie ?Je pense que cela n’est en fait pas si évident que cela. Comme je le dis souvent, la macrophotographie n’est qu’une notion technique qui correspond à la photo aux rapports importants (au moins 1:1). On fait habituellement l’amalgame entre « macrophotographie » et « Photos d’insectes ou de plantes » alors que la macro va bien plus loin que cela, tout comme la photo d’insectes ne se limite heureusement pas à la macrophotographie car elle va de l’hypermacro avec des rapports très élevés jusqu’à la photo au téléobjectif où le sujet n’est qu’une petite pastille de l’image.N’étant pas un « technophile », je dirais juste que pour moi, la macrophotographie est la photo « des choses pas bien grandes », même si c’est en toute rigueur inexacte.Peut-on devenir photographe professionnel en macrophotographie ? Ou doit-on l’associer à d’autre style de photo ?J’ai des doutes (mais sans certitude, ne m’étant jamais réellement penché sur ce sujet tant l'idée de devenir professionnel ne m’effleure pas l’esprit une seule seconde). Vivre de la photo est déjà très difficile, de la photo nature encore plus, alors de la macro…, en tout cas, probablement pas en macrophotographie Nature stricte ; peut-être dans des domaines plus « commerciaux » (photos de bijoux par exemple).Quels matériels photos utilisez-vous et pourquoi ce choix ?J’ai commencé avec un Nikon Coolpix 995 commandé depuis la Guyane ! Dès que mon goût pour la photo s’est confirmé, je suis passé au reflex numérique Canon à mon retour en métropole. J’ai enchaîné pas mal de modèles différents, en en changeant seulement si mon ancien ne me permettait plus de faire ce que je souhaitais. J’ai donc successivement eu entre les mains le maintenant vieux Canon d30 de 3Mpix, puis le 10d, le 1d2 et maintenant le 1ds2 depuis 2 ans. Ce dernier répondait à mon souhait de disposer d’un capteur plein format et d’un nombre suffisant de pixels car je projette de réaliser des tirages grands formats (de plus, je voulais conserver un boîtier de la série 1d dont j’apprécie grandement la construction). Il est peu probable que j’en change, sauf contraint et forcé par une grosse panne, tant ce boîtier me permet de faire tout ce dont j’ai besoin. C’est un boîtier vraiment fabuleux.Côté optiques, j’ai d’abord mis un peu de temps à comprendre que nous n’avons pas besoin d’en posséder beaucoup et qu’il est bien sûr préférable d’en avoir peu mais de bonne qualité (la chasse aux « trous dans les focales » est réellement le dernier de mes soucis maintenant). Parallèlement, j’ai pas mal tâtonné pour trouver ce qui me convenait bien en Macro. Le Sigma 180/3.5 m’a accompagné plusieurs années et me donnait grande satisfaction. Malgré tout, le gain apporté par l’ouverture à 2.8 du Sigma 150 m’a fait choisir et conserver cet objectif que je trouve réellement très bon et polyvalent. Pour les forts rapports, j’utilise le Canon MP-E 65mm depuis environ 2 ans. C’est un superbe outil qui ouvre d’autres portes. Enfin, j’ai récemment eu l’opportunité d’acquérir un premier modèle du génial Canon 300/2.8 pour explorer le monde de la « proxi à distance ». Les premiers résultats me plaisent vraiment bien et j’espère que mes très bonnes premières impressions se confirmeront. Donc 3 optiques, pour 3 utilisations et 3 mondes très différents. J’attends maintenant une espèce de 200/2.8 stabilisé macro, mais ne rêvons pas, ce n’est sans doute pas pour demain et dans mes moyens…Habituellement, j’utilise un trépied, rendu souvent obligatoire car je tiens à la lumière naturelle, aussi bien par préférence esthétique que par ma répulsion à charrier tout un tas de matériel dédié à l’éclairage artificiel.Les moyens…, je ne fonctionne que sur le marché de l’occasion sans quoi je ne pourrais pas m’offrir du matériel de cette qualité. J’ai donc beaucoup suivi les petites annonces ces dernières années, achetant et revendant régulièrement pour faire évoluer mon parc. Ainsi, j’ai réussi à obtenir un bel ensemble sans jamais avoir eu à investir une grosse somme d’argent en une seule fois. Et d’ailleurs, si demain la photo devait ne plus me plaire et si je devais décider de tout revendre, ces 5-6 années photos ne m’auraient presque rien coûtées…Doit-on utiliser des objectifs bien précis pour la macro ? Y a-t-il des références ?Dès lors que l’on veut pratiquer la macro de façon un peu assidue, il est clair que l’investissement dans une optique dédiée est un plus indéniable. D’une part, les objectifs macro sont spécialement conçus pour donner de très bons résultats aux gros rapports ; et d’autre part, ils sont faciles à mettre en œuvre.Bien sûr, l’utilisation de bonnettes, téléconvertisseurs ou bagues allonges est toujours possible mais sera toujours plus compliquée dans la pratique, or cette discipline nécessite parfois (et même souvent) de la réactivité pas toujours en accord avec ces compléments optiques. Malgré tout, j’utilise souvent des bagues allonges sur mes objectifs macro afin d’allonger la distance de mise au point et augmenter les flous d’arrière plan.Quels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez-vous pour vos reportages ?Je travaille sur PC, en utilisant les logiciels Lightroom et Photoshop (juste pour les finitions). Je fais une double sauvegarde de mes fichiers sur 2 disques durs externes. Sur le terrain, je préfère avoir plusieurs cartes de capacité modeste (1, 2 ou 4Go maximum) ; je n’aime pas mettre mes œufs dans le même panier. Comme mes sorties sont habituellement assez courtes, 6 à 8 Go de mémoire sont souvent suffisants.Travaillez-vous l’ensemble de vos photos en post-production ?Je pense qu’il serait vraiment dommage de se priver des outils à notre disposition si ces derniers peuvent servir l’image, et ce, même via de petites interventions, toute en nuance. Le plus souvent, je les travaille assez peu en me limitant à de légers jeux sur les courbes et niveaux. Cette « limitation » n’est aucunement une question de principe car je suis ouvert à tous types de post-traitement, même les plus radicaux (l’auteur est le seul maître de ses photos), mais simplement, ces quelques opérations sont souvent suffisantes pour me satisfaire. De plus, mon travail de post-traitement n’est réellement engagé que si j’utilise une image (exposition, publication) ; dans le cas contraire, je ne perds pas de temps à le faire, à part très rapidement (quelques minutes) sur 1 ou 2 images types d’une série afin de juger de son potentiel.Comment se déroule une séance photo avec l’environnement du tout petit ?C’est souvent différent, en tout cas c’est ce que je tente. J’ai pas mal évolué ces derniers temps dans ma pratique. En effet, auparavant, j’avais quelques difficultés à partir sans la totalité de mon matériel sur le dos ; sait-on jamais, imaginez si je passe à côté de la photo de ma vie juste parce que je n’ai pas le bon objectif avec moi !… Et bien j’ai fait un virage assez radical, car il y a d’autres raisons de passer à côté de superbes photos : c’est en voulant tout voir et tout faire en même temps, avec le risque donc de tout survoler. Maintenant, je décide avant de partir du matériel que j’emporte, en fonction de où je vais et de mon état d’esprit. Ainsi, je suis à 100% dans le monde auquel me donne accès ce matériel et je ne me disperse pas.Mon matériel en main, ma séance se passe par la suite quasiment toujours en solitaire car je pense que c'est une nécessité pour vraiment entrer dans sa bulle photo. Je pars avec un minimum d’a priori (le plus souvent, quand je pars avec une idée en tête, je reviens déçu et sans image vraiment profonde) et je me laisse guider par ce qui me passe devant et derrière les yeux. En général, je sens assez vite si je suis dans un bon état d’esprit, suffisamment disponible pour laisser mes envies divaguer et donc donner le plus d’espace à la découverte et à la créativité. Si ce n’est pas le cas, il est fréquent que je stoppe très rapidement la séance ; inutile d’insister, rien de bon ne sortira et il y a alors beaucoup mieux à faire. Malgré tout, même quand je suis dans de bonnes dispositions, mes séances sont souvent courtes, quelques heures tout au plus, et souvent dans des positions bizarres, les yeux apparemment rivés sur « rien » pour le passant interloqué qui doit vraiment se demander quelle mouche m’a piqué.N’importe qui peut s’adonner à la macro ? Doit-on avoir des connaissances particulières ?A mes yeux, tout le monde (tout comme dans beaucoup de domaines photographiques). Les styles que l’on peut aborder avec la macro sont très nombreux, comme les sujets et la façon de les traiter, de plus le matériel n’est pas forcément un frein ; je suis donc convaincu que chacun peut goûter à ce monde pour aller voir si la saveur lui convient et alors s’y exprimer.Le matériel, c’est bien ! Mais l’œil du photographe, c’est mieux ! Alors selon vous comment peut-on le développer ?Haaa, le matériel... Ce n’est bien sûr qu’un prolongement qu’il faut vite se sortir de la tête ; ne plus avoir à y penser. Je crois que pour développer son œil il faut être capable d’ouvrir son esprit et de ne rien s’interdire. Il me semble nécessaire de laisser chez soi ses a priori, ses certitudes, ses règles ou habitudes, ou en tout cas, être en mesure de les mettre dans un coin pour ne pas en être esclave. Ne rien s’interdire, donc tout s’autoriser, mais sans rien forcer (sinon cela sonne faux). Comme dit avant, le fait de partir avec peu de matériel sans aucune idée en tête, sans se mettre la pression, totalement « libre » en se disant que si on devait rentrer sans une seule photo réussie, et bien ce n’est pas bien grave, c’est déjà avoir mis beaucoup de chances de son côté pour capter son environnement et donc de belles images. Développer son œil, c’est juste se mettre dans les bonnes conditions pour voir.

Après, cet œil, il faut absolument le mettre dans le viseur, puis essayer, tourner autour du sujet, reculer, avancer, jouer de la mise au point…

Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?Je n’ai pas une grande culture photographique et me garderai donc bien de juger de ce qu’elle est aujourd’hui. Ce qui me semble évident, c’est que cela change, que le numérique fait évoluer les choses, et ce très vite, en cela appuyé par internet et la rapidité de la communication. L’évolution de la qualité, et de la quantité de cette qualité, dans les festivals photos comme celui de Montier-en-Der ces dernières années est assez bluffante ! J’ai parfois un peu peur que cette immense toile d’araignée ait des effets secondaires moins souriants : uniformisation des styles ; quelle définition du beau = photo qui aura reçu le plus de clics ?Très proche de la nature, quel est votre regard sur la biodiversité et l’environnement ?Je suis bien évidemment très sensible à notre environnement, et ce, tout à fait indépendamment de mes axes photographiques. Mes études et mon actuel métier y sont dédiés (je travaille dans le domaine de la gestion forestière). Je suis ainsi très attaché à tout ce qui touche au développement durable et je mets en œuvre un certain nombre d’habitudes de vie et de consommation destinées à réduire notre impact environnemental.Quels sont vos plus beaux souvenirs et votre photo préférée ?Très franchement, je n’en ai pas de préférés, seulement des beaux (en tout cas, je ne garde que ceux-là en mémoire). Ma photo préférée est régulièrement la dernière qui m’aura fait vibrer. Mais sans parler de « préférées », il y a malgré tout des photos charnières ; celles qui m’ont fait mettre un premier pied dans un autre univers que j’ai alors commencé à explorer. Par exemple, je pense à cette photo de Balanin qui fut ma première reconnaissance au concours de Montier-en-Der qui m’a par la suite encouragé, mais aussi à cette sauterelle (sauterelle psychédélique) qui m’a conforté dans l’idée que la netteté pouvait n’être qu’anecdotique dans une image, ou encore ce point d’interrogation qui m’a éclairé sur la beauté intérieure des choses, sur l’abstraction et la possibilité offerte de faire des images qui occultent complètement la réalité pour raconter autre chose. C’est d’ailleurs de plus en plus dans ce sens que je travaille : « une espèce de quête de perte du réel ».Êtes-vous autodidacte ou avez-vous suivi des cours ? Est-ce nécessaire pour faire de belles photos ?Je n’ai jamais pris de cours et je n’en ai jamais ressenti l’envie. Cela ne me semble pas une nécessité pour réussir une image car comme je dis avant, je pense que c’est avant tout notre œil et notre esprit qui comptent ; le plus dur étant de voir la photo et non de la prendre (en tout cas dans mon approche).Quels sont vos terrains de photographie préférés, ceux qui vous inspirent ?Pour rejoindre ce que je disais au dessus, je tente de ne rien m’interdire et donc aussi de ne pas avoir de terrains préférés car je crois dans le potentiel de tous les milieux. Néanmoins, disons que j’essaie de me rendre dans des endroits diversifiés, qui me donnent la possibilité de m’adapter à mon humeur une fois sur place. Ainsi, si dans le même secteur, il peut y avoir un peu forêt, un peu de prairie et un peu d’eau, je ne m’en plaindrais pas. De plus, je recherche la photo de proximité ; mes lieux de sortie sont quasiment toujours proches de chez moi, refusant de faire des dizaines de km (voir plus) pour pratiquer ma passion.Que souhaitez-vous apporter ou quelles émotions avec vos photos souhaitez-vous faire transparaître ?J’aime que les gens soient surpris, qu’ils regardent une image en se disant : « et bien dis donc, je n’aurais pas dit qu’on pouvait voir ça, ou comme cela ». Quand j’arrive à faire un peu voyager les visiteurs avec simplement quelques mètres carrés de prairie, et quand j’arrive à leur montrer l’étendue du monde qui se trouve sous leurs pieds et l’immensité du potentiel créatif qu’il recèle, je dois admettre être plutôt content de moi. A ma dernière expo, j’avais remarqué  un visiteur qui était resté longtemps face à une photo, visiblement interrogatif. Il est parti, puis revenu un peu plus tard ; puis il est de nouveau reparti et de nouveau revenu. Il est alors venu me voir en disant : « j’adore votre photo, elle me fascine mais en même temps elle me perturbe et je ne sais pas pourquoi » ; typiquement le genre de remarque que j’affectionne beaucoup.Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?Je la vois comme elle a commencé et comme elle se déroule depuis le début : objectif numéro un, me faire plaisir ! J’ai la chance de m’être vu témoigner certaines reconnaissances, un peu comme ça, sans réellement les rechercher. C’est évidemment très flatteur et plaisant, et ce sera toujours un plaisir si mon travail suscite de l’intérêt, même si mon ambition première n’est pas là. Ma position d’amateur qui a la liberté de photographier comme bon lui semble me va parfaitement bien.Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?Je serais très prochainement l’invité d’une émission sur France3 Lorraine - Champagne Ardenne pour parler de mes photos (une toute première pour moi). Quelques-unes de mes images seront exposées sur le stand de l’Office National des Forêts au festival de Montier-en-Der cette année, et je participerai aux 3èmes rencontres Natur’images à Tignécourt (Vosges) les 4 et 5 avril 2009.En parallèle, je suis en réflexion autour d’un petit livre aux éditions Luigi Castelli. Enfin, je tente de trouver des sponsors pour un projet d’expo de grands formats en extérieur. J’espère être amené à en parler plus longuement dans l’avenir…Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?En toute honnêteté, je connaissais peu Photovore avant que vous me fassiez l’honneur de m’y inviter (notamment car j’ai grandement réduit mon temps sur la toile). Mais les lectures attentives que j’ai pu avoir depuis m’impressionnent de part la diversité du contenu et son actualisation régulière. De toute évidence un site photo qui vit, c’est suffisamment peu fréquent pour être vivement encouragé ! Bravo !Merci Xavier pour votre implication et votre sympathie ;)Voir le site du photographe Xavier COULMIER.



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