[Interview] Laurent Baheux : "il faut apprendre à communiquer avec la nature"

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[Interview] Laurent Baheux :
Le mardi est pour Photovore.fr le jour dédié à l'interview de la semaine. En effet, chaque semaine l'équipe interroge une personne voulant partager son expérience photographique : photographes professionnels ou amateurs, organisateurs d'exposition de photos ou de cours de photographie... Aujourd'hui, découvrez Laurent Baheux photographe professionnel spécialisé dans la faune africaine.

Laurent BaheuxLaurent Baheux a d'abord commencé sa carrière de photographe en autodidacte dans le journalisme sportif, mais son amour pour la nature le rattrapant, il s'est consacré depuis 2002 à la photographie de la faune sauvage africaine. Photographier les animaux de la savane est pour lui une manière de leur rendre hommage et ainsi participer à leur préservation. Découvrez grâce à lui cet univers plein d'émotions...

 

Vous aviez déjà été interviewé par Photovore.fr en 2009, et nous désirons aujourd’hui savoir ce qui a changé dans votre vie de photographe. D’abord un petit rappel sur votre parcours. Vous avez commencé la photographie en tant que journaliste sportif, pour ensuite développer votre passion en 2002 en photographiant les animaux d’Afrique. Pouvez-vous nous parler un peu de cette passion ? D’où vient cet attrait pour la faune sauvage ?

Du plus profond de mon enfance : d’aussi loin que je me souvienne, mes parents m'ont initié à la nature. J’ai eu la chance de grandir à la campagne. Ça aide à se connecter aux éléments, à être en contact avec la terre qui nous porte : observer les oiseaux, écouter leur chant, sentir le vent, à voir le soleil se coucher sur un horizon dégagé… Aujourd’hui cette passion photographique, pour le monde animal en général et l’Afrique sauvage en particulier, prend toute la place dans ma vie. Une mutation s’est opérée tranquillement, naturellement : sur un plan professionnel, je suis passé d’une passion à une autre. L’Afrique et ses grands mammifères ont remplacé le sujet sportif qui m’attire moins qu’auparavant. Disons que j’ai pris du recul et un peu de distance avec le sport pour différentes raisons mais cela reste une passion quand même. Si je le photographie moins aujourd’hui, je continue de le pratiquer avec grand plaisir. Je suis un acharné de tennis pour tout vous dire…

Vos clichés renvoient beaucoup d’émotions. Comment faites-vous pour capter tant d’intensité chez les animaux ?

Je crois que tout est question de sensibilité et d’état d’esprit : il faut apprendre ou réapprendre à communiquer avec la nature. Chaque organisme vivant est une richesse pour cette planète. J’essaie de respecter la vie sous toutes ses formes parce qu’elle est précieuse dans son ensemble. Chaque espèce a son importance. J’essaie de capturer ces richesses en donnant à voir les moments de grâce que le monde animal nous renvoie.

Auriez-vous des conseils à donner aux photographes qui souhaiteraient se lancer dans ce type de photographie ?

D’y mettre de la conviction, de la passion et du cœur. De penser photo, de manger photo, de dormir photo… Bref de vivre photo avant de pouvoir vivre de la photo parce qu’en dehors de toute considération financière, la photographie est plus qu’un métier, c’est une quête, une philosophie… Une façon de vivre avec une certaine liberté. Ce doit être la principale motivation car il y a peu de photographes qui vivent pleinement de leur travail.

Vous avez publié de nouveaux livres depuis 2009, comme D’ivoire et d’ébène ou encore Africa. Pouvez-nous nous parler de l’expérience que représente la publication d’un livre photographique ?

C’est une forme d’aboutissement de la démarche photographique, au même titre qu’une exposition : montrer son travail, le partager. J’ai mis longtemps à le comprendre. Au départ, la prise de vue en Afrique et l’intensité des moments vécus sur le terrain suffisaient à satisfaire ma passion. C’est en voyant les réactions des visiteurs lors de ma première exposition sur le sujet que j’ai pris conscience qu’il était important de confronter ses images à un public, d’aller à sa rencontre, d’échanger au travers du ressenti, de la sensibilité de chacun. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de m’enrichir au contact de personnes qui avaient une lecture différente de mes images. Un livre laisse une trace encore plus durable qu’une exposition temporaire. Laisser ma trace, mon empreinte à travers ce travail me donne l’espoir de croire qu’il a peut-être une certaine utilité.

Un nouvel ouvrage est-il déjà en cours de production ?

En dehors des livres que vous avez cités, j’ai eu l’honneur d’être sollicité par Yann Arthus-Bertrand pour participer à un ouvrage collectif à l’initiative de la fondation GoodPlanet au profit de la CITES qui vient d’être publié aux éditions de La Martinière : « SAUVAGES, PRÉCIEUX, MENACÉS ». La CITES est la convention internationale qui veille à protéger la biodiversité depuis 40 ans. Les images des sept photographes présentés dans le livre font l’objet d’une exposition itinérante qui devrait voyager dans les aéroports de grandes villes un peu partout sur la planète.

Par ailleurs, tout en poursuivant mon travail sur l’Afrique, je travaille également à la production de nouveaux sujets qui ne sont pas encore prêts à être publiés.

Sur votre site, nous pouvons voir que vous vous lancez dans les stages photo en Afrique. Comment vous est venu cette idée ? Quel est le but pour vous de ce type de stage ?

J’accompagne des séjours en Afrique depuis plus de 6 ans en tant que conseiller photo. La meilleure façon de protéger la faune africaine est d’aller la voir. En manifestant votre intérêt pour les lions et les éléphants, vous contribuez à leur protection. En effet, l’écotourisme représente une ressource financière indispensable pour le pays qui vous accueille en safari. Le jour où il n’y aura plus de visiteurs dans les réserves de biodiversité, les animaux seront condamnés à disparaître car ils n’auront plus aucune valeur marchande. La déforestation et l’extension des zones exploitées par l’homme auront raison de l’habitat naturel des espèces sauvages.

J’encadre cette année des séjours photographiques en petits groupes au Kenya en camp de brousse dans des conditions exceptionnelles : campement au bord de la rivière en immersion totale pour observer l’incroyable phénomène naturel de la grande migration des herbivores d’Afrique de l’Est.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

D’avoir du temps pour pouvoir bien faire les choses. J’aime bien l'idée qu’il faut toute une vie pour construire son œuvre. J’y travaille…

Exemples de photographies de Laurent Baheux

Pour découvrir l'ensemble du travail de Laurent Baheux (clichés, expositions, livres et stages photo), rendez-vous sur son site http://www.laurentbaheux.com.





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Photo de Ariane Journois

Article d'Ariane Journois

Publié le 07/05/2013

Les escaliers de la Butte sont durs aux miséreux, les ailes du Moulin protègent les amoureux.

All-I

Compression des images indépendamment les unes des autres pour faciliter le montage