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Cette semaine, nous vous proposons de découvrir l’interview d’un photographe professionnel, Laurent Baheux. Depuis plus de quinze ans Laurent Baheux se passionne pour la photographie. Tout en restant autodidacte, ce photographe aux talents indéniables à débuté sa carrière dans le milieu sportif, en multipliant les reportages photo pour de grandes agences photo parisiennes. Aujourd’hui Laurent travail toujours pour l’actualité sportive internationale pour de grands magazines, mais en parallèle, Laurent se passionne pour l’Afrique et la vie sauvage. Il aime écrire entre ombre et lumière, rechercher les contrastes, les contre-jour, s’attarder sur les formes, les silhouettes... Au delà du choix artistique, le noir et blanc lui permet d'aller à l'essentiel pour saisir ce qu’il veut montrer. A travers ses images d'une Afrique éternelle, l'auteur invite au voyage avec un style empreint de tendresse et de sensibilité. Bonjour Laurent, alors la photographie une réelle passion, d’où vient-elle ?Je suis tombé dans la photographie après mes études en 1994. Attiré par le journalisme sportif, j’ai fait mes premières images pour la rédaction sportive du quotidien Centre Presse à Poitiers. Elles complétaient les comptes rendus de matches pour lesquels j’avais été initialement engagé. Je me suis progressivement intéressé à la photographie, de manière totalement autodidacte. L’image a ensuite pris le pas sur le texte, tout à fait naturellement…
Quel est votre statut de photographe ? Vivez-vous dorénavant de votre passion ?
Entre 1998 et 2003, j’ai travaillé au sein de plusieurs agences photographiques, spécialisées dans le sport. J’ai créé ma propre agence, Photovision, il y a cinq ans. L’essentiel de mes revenus me vient de mon activité dans le sport. Le travail que j’ai initié il y a sept ans sur la vie sauvage africaine et pour lequel vous me sollicitez, est d’abord une démarche personnelle. Qui distribue vos photos, travaillez vous avec une ou des agences photos ?Mes photos sont à la fois diffusées par mon agence et par d’autres agences spécialisées. Cela dépend de l’image, du support ou tout simplement du processus : commande en amont ou proposition spontanée a posteriori. Quel matériel utilisez-vous et comptez vous évoluer ?Je travaille actuellement avec des boitiers professionnels reflex numériques Nikon. J’ai toujours plusieurs boîtiers car ils me permettent de jongler entre mes différents téléobjectifs du 300mm f/2.8 au 600mm f/4, sans avoir à faire de changement. J’apprécie la gamme Nikon pour ses qualités de précision, de rapidité, de fiabilité et de souplesse d’utilisation en reportage, sur le terrain. Je n’utilise jamais de flash car je me refuse à travailler autrement qu’avec la lumière naturelle disponible.Globalement, je pense qu’il faut être précautionneux car le matériel photographique est couteux mais il devient aussi vite obsolète. Je protège mes appareils autant que faire se peut (housses, sacs…) et surtout dans des conditions extrêmes (eau, poussière, chaleur, humidité…).Cependant, je pense que ce n’est pas le matériel qui fait le photographe, en tous cas, là n’est pas l’essentiel. Avoir du matériel est une chose mais cultiver son regard et son approche sont bien plus importants.
Y a-t-il des objectifs à privilégier pour ce type de photographie ?J’aime bien travailler au 600mm car il me permet à la fois de travailler à distance sans déranger les espèces animales dans leur environnement naturel ainsi que de réaliser des portraits, des plans serrés. J’aime « entrer » dans le sujet, m’en imprégner et en dégager des choses profondes.
Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?C’est une question bien compliquée car le numérique a totalement démocratisé le monde de l’image. Tout le monde peut faire des photos, de qualité, partout et à n’importe quel moment. Le numérique a émancipé la photographie, l’a rendue accessible induisant du même coup une élévation du niveau d’exigence du travail issu des professionnels. Ils doivent aiguiser leur regard, innover pour tenter d’aller plus loin dans leur démarche ou de la rendre plus lisible, plus cohérente. Comment décrivez-vous votre approche de la lumière ?Comme je l’ai dit plus haut, sur le terrain, je n’utilise jamais de flash : je travaille avec la lumière naturelle disponible. Je n’ai par exemple aucun a priori sur les moments où je dois réaliser des images. Il n’y a pas, pour moi, d’instants plus propices que d’autres à photographier. Chaque période de la journée peut s’avérer intéressante que ce soit du point de vue des rencontres que des ambiances. Comment avez-vous fait pour capter l’émotion presque humaine dans les yeux du gorille ?J’appréhende les animaux comme des individus à part entière, avec chacun leur personnalité. Lorsque je sens qu’il y a matière à faire une image émouvante, je passe le temps qu’il faut pour attendre la bonne expression, la meilleure attitude, le bon profil. Je me fixe une certaine exigence par rapport à la photo que je veux. J’aime observer comment la lumière modèle le sujet. Je ne lâche pas tant que je n’ai pas quelque chose qui tient la route.Il ne faut pas oublier que l’homme et le gorille ont des origines communes et font partie selon la théorie de l’évolution de la même famille des grands singes. Il n’est donc pas étonnant que l’on puisse lire sur le visage du singe une expression « humaine ».
L’émotion serait-elle la même si le cliché était en couleur ?Je ne sais pas. Sans doute que oui. Il y a aussi des portraits très émouvants en couleur. L’important n’est pas le noir et blanc ou la couleur, c’est la qualité de la lumière, l’intensité d’un regard, l’harmonie qui se dégage de l’ensemble… L’essentiel est de faire passer une émotion, et qu’importent les moyens utilisés.Cela dit, le noir et blanc est souvent utilisé en photographie de portrait. On a coutume de dire qu’il renforce les expressions… C’est mon outil préféré.Comment travaillez-vous pour ne pas déranger les animaux ?
Je reste à distance respectable la plupart du temps pour interférer le moins possible sur leur quotidien. D’où l’intérêt d’avoir un long téléobjectif comme le 600mm et comme j’aime bien remplir l’image, rentrer dans le sujet, c’est l’optique que j’utilise le plus. Et puis je suis plutôt focale fixe et pas très zoom parce qu’on a souvent tendance avec un zoom à cadrer trop large.J’essaie de comprendre la situation, le comportement des animaux, ce qu’ils peuvent ressentir notamment leur niveau d’anxiété par rapport à ma présence car les animaux agissent toujours pour de bonnes raisons. Est-ce que vous vous êtes mis en danger pour certaines photos ?Concentré sur la prise de vue, on oublie facilement le danger. Par inattention, il m’est arrivé de me mettre dans une situation potentiellement risquée. Avec un hippopotame par exemple, je m’étais approché à pieds un peu trop près de lui et il me l’a fait savoir. Il m’a fallu prendre mes jambes à mon cou avec le 600mm sur l’épaule. Une grosse frayeur parce qu’un hippo est plus rapide qu’il n’en a l’air…Avec l’expérience, on apprend à ne pas trop s’approcher pour ne pas mettre les animaux en danger et ne pas s’y mettre soi-même. Les photos ont-elles été prises en pleine savane ou dans un parc de sauvegarde ?En Afrique, à cause de l’activité humaine, comme presque partout ailleurs sur cette planète, il n’y a aujourd’hui pratiquement plus d’animaux en dehors des zones protégées. Ce qu’il reste de vie sauvage se concentre dans les réserves et les parcs nationaux. Ces espaces sont à la taille du continent : ils sont souvent immenses mais ils sont dérisoires par rapport à ce que la faune africaine a pu connaître avant l’arrivée de l’homme blanc il y a 150 ans. Il est clair que pour nous, occidentaux généralement urbains qui débarquent sur le continent, tant d’espace nous donne d’abord l’impression d’une immensité. On a le sentiment que tout est grand, presqu’infini. Et pourtant, les territoires d’Afrique encore disponibles pour les espèces sauvages ne sont que des miettes accordées par l’Homme et qui se raréfient chaque jour un peu plus.Donc, à votre question si mes images ont été prises en pleine savane ou dans un parc de sauvegarde : je réponds les deux à la fois.
Vous avez été récompensé à Londres pour l’image « Queue de lionne » en octobre 2007. Êtes-vous fier de cette reconnaissance ?Je suis fier de cette reconnaissance car le prix du musée d’histoire naturelle de Londres est l’un des plus prestigieux au monde. Je concours cependant peu et 2007 a été ma première participation. Mon prix a été une vraie satisfaction car c’est aussi une manière de faire partager son travail et son regard. Chaque photo récompensée à ce concours a le privilège d’être exposée pendant plusieurs semaines dans le musée et ainsi de toucher des dizaines de milliers de personnes.
Pourquoi cet engouement pour l’Afrique ?Dans un monde surpeuplé d’humains qui ne jurent que par le progrès, la croissance et le développement sans réelle conscience
de l’urgence d’endiguer cette expansion destructrice irraisonnée, l’Afrique, ou du moins ce qu’il en reste, est l’un des derniers endroits où l’on peut sentir toute la force et la beauté de la vie sauvage. J’imagine combien cela devait être extraordinaire avant les grands massacres perpétrés par l’homme blanc depuis le milieu du 19e siècle : des troupeaux immenses libres de se déplacer sur des territoires adaptés à leurs besoins, la nature comme au premier jour…J’éprouve la plus grande tristesse à penser que L’Afrique véritable, celle des origines et qui demeurait intacte jusqu’à il y a une centaine d’années, sans doute cent fois plus peuplée d’animaux, a disparu pour toujours, ne laissant pour tout vestige que des territoires morcelés que l’homme moderne étouffe inexorablement.Les grands mammifères terrestres me fascinent et il se trouve que les derniers spécimens vivent pour la plupart en Afrique. Forts et fragiles à la fois, ils touchent ma sensibilité, me font m’émouvoir à chaque nouvelle rencontre. Ils sont une source d’inspiration infinie… Et puis la grande faune africaine, ô combien menacée, a encore besoin, maintenant plus que jamais, de personnes qui témoignent de sa valeur inestimable. Rappelons simplement qu’au cours de ces vingt dernières années, la population d’éléphants en Afrique a été divisée par deux. Globalement, la biodiversité de la planète s’est érodée d’un tiers depuis que je suis né. C’est énorme. C’est le constat impuissant d’un massacre affligeant qui se poursuit quotidiennement sous l’action des hommes. Une extinction massive programmée… Avez-vous été témoin d’une chasse entre un fauve et sa proie ? Si oui, pouvez-vous nous décrire la scène ?Oui, à plusieurs reprises. En Afrique, le cycle naturel de la vie et de la mort est constamment présent. J’ai beaucoup de mal à vous le décrire. Je crois que cela ne se raconte pas, ça se vit. En tous cas, je n’aurai pas de mots assez forts pour vous retranscrire toute l’intensité d’un moment si particulier. D’une manière générale, je m’exprime plus facilement avec des images qu’avec des mots.
Avez-vous été témoin d’une naissance d’un animal sauvage ? Avez-vous pu immortaliser cet instant ?Je ne suis pas photographe animalier au sens naturaliste du terme. Je ne suis pas à la recherche d’images de comportement animal, même s’il m’arrive d’en capter, pour chercher à expliquer leur vie. Seul le beau m’attire, l’émotion d’un instant, le hasard d’une rencontre, l’ambiance d’une lumière, une silhouette, un contre-jour, un jeu d’ombres… De plus, il est vraiment rare d’assister à une naissance car les animaux sauvages sont craintifs et la mise bat nécessite calme, repos et sécurité. Ils cherchent souvent l’isolement. Vous avez immortalisé une empreinte d’animale dans la terre. Il en ressort une émotion particulière. Pouvez-vous nous l’expliquer ?
C’est sans doute parce que c’est tout ce que l’on pourra laisser à nos enfants : des empreintes, des ossements… et quelques photos. Pendant tout ce reportage photo, quel a été votre moyen de transport pour ne pas déranger les animaux ?L’approche des animaux d’Afrique, à de rares exceptions, n’est possible qu’en voiture. C’est ce qui semble le moins les déranger à condition de respecter certaines règles, contrairement à la silhouette humaine qui les fait souvent fuir car elle est synonyme d’une menace certaine. Quel est votre prochaine expédition photographique ?L’Afrique encore : je partirai au Bostwana que je ne connais pas encore pour y découvrir notamment le Delta de l’Okavango, un lieu que l’on dit encore exceptionnel. C’est un endroit unique lui aussi menacé notamment par le réchauffement climatique. Dans un projet à plus long terme, je rêve de faire l’inventaire de tous ces morceaux de vie sauvage, ces dernières poches de résistance, ne serait que pour me faire une idée un peu plus précise de ce qu’a pu être la grandeur de ce continent sauvage libre de l’empreinte de l’homme moderne.
Avez-vous envie de photographier d’autres thèmes ?Bien sûr. Je vais poursuivre mes travaux personnels toujours autour de la vie animale qui me passionne terriblement, plus que celle des hommes… Sinon, je continue à photographier le sport qui, comme je vous l’ai dit, constitue actuellement l’essentiel de mon activité.Je travaille en ce moment sur la refonte de mon site internet laurentbaheux.com et vous verrez bientôt d’autres images d’Afrique et de vie sauvage, des photos de sport et d’autres sujets articulés autour de ma passion du noir et blanc.
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs de Photovore.fr ?Du fait de mon travail dans le sport qui se fait toujours dans l’urgence de l’actualité, le web m’est devenu indispensable : il faut transmettre le plus rapidement possible les meilleurs clichés pour illustrer l’article du lendemain. J’aime aussi chercher sur le Net les informations dont j’ai besoin et Photovore.fr fait partie de ces sites spécialisés où le sujet photographique au sens large est bien abordé. Nouveautés, actualités, il est régulièrement la vitrine du monde de la photo et ce fut un réel plaisir et honneur de faire partie de vos interviewés. Pour conclure, j’espère que les lecteurs de Photovore.fr auront passé un agréable moment en ma compagnie et je leur dirai, eux que j’imagine passionnés ou curieux de photographie, qu’ils n’hésitent pas à laisser s’exprimer et à aiguiser leur propre regard qui est forcément unique.Merci Laurent d'avoir répondu à nos questions, nous te souhaitons une excellente année photographique !Voir le site du photographe Laurent Baheux, Terre des Lions.
Quel est votre statut de photographe ? Vivez-vous dorénavant de votre passion ?
Entre 1998 et 2003, j’ai travaillé au sein de plusieurs agences photographiques, spécialisées dans le sport. J’ai créé ma propre agence, Photovision, il y a cinq ans. L’essentiel de mes revenus me vient de mon activité dans le sport. Le travail que j’ai initié il y a sept ans sur la vie sauvage africaine et pour lequel vous me sollicitez, est d’abord une démarche personnelle. Qui distribue vos photos, travaillez vous avec une ou des agences photos ?Mes photos sont à la fois diffusées par mon agence et par d’autres agences spécialisées. Cela dépend de l’image, du support ou tout simplement du processus : commande en amont ou proposition spontanée a posteriori. Quel matériel utilisez-vous et comptez vous évoluer ?Je travaille actuellement avec des boitiers professionnels reflex numériques Nikon. J’ai toujours plusieurs boîtiers car ils me permettent de jongler entre mes différents téléobjectifs du 300mm f/2.8 au 600mm f/4, sans avoir à faire de changement. J’apprécie la gamme Nikon pour ses qualités de précision, de rapidité, de fiabilité et de souplesse d’utilisation en reportage, sur le terrain. Je n’utilise jamais de flash car je me refuse à travailler autrement qu’avec la lumière naturelle disponible.Globalement, je pense qu’il faut être précautionneux car le matériel photographique est couteux mais il devient aussi vite obsolète. Je protège mes appareils autant que faire se peut (housses, sacs…) et surtout dans des conditions extrêmes (eau, poussière, chaleur, humidité…).Cependant, je pense que ce n’est pas le matériel qui fait le photographe, en tous cas, là n’est pas l’essentiel. Avoir du matériel est une chose mais cultiver son regard et son approche sont bien plus importants.
Y a-t-il des objectifs à privilégier pour ce type de photographie ?J’aime bien travailler au 600mm car il me permet à la fois de travailler à distance sans déranger les espèces animales dans leur environnement naturel ainsi que de réaliser des portraits, des plans serrés. J’aime « entrer » dans le sujet, m’en imprégner et en dégager des choses profondes.
Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?C’est une question bien compliquée car le numérique a totalement démocratisé le monde de l’image. Tout le monde peut faire des photos, de qualité, partout et à n’importe quel moment. Le numérique a émancipé la photographie, l’a rendue accessible induisant du même coup une élévation du niveau d’exigence du travail issu des professionnels. Ils doivent aiguiser leur regard, innover pour tenter d’aller plus loin dans leur démarche ou de la rendre plus lisible, plus cohérente. Comment décrivez-vous votre approche de la lumière ?Comme je l’ai dit plus haut, sur le terrain, je n’utilise jamais de flash : je travaille avec la lumière naturelle disponible. Je n’ai par exemple aucun a priori sur les moments où je dois réaliser des images. Il n’y a pas, pour moi, d’instants plus propices que d’autres à photographier. Chaque période de la journée peut s’avérer intéressante que ce soit du point de vue des rencontres que des ambiances. Comment avez-vous fait pour capter l’émotion presque humaine dans les yeux du gorille ?J’appréhende les animaux comme des individus à part entière, avec chacun leur personnalité. Lorsque je sens qu’il y a matière à faire une image émouvante, je passe le temps qu’il faut pour attendre la bonne expression, la meilleure attitude, le bon profil. Je me fixe une certaine exigence par rapport à la photo que je veux. J’aime observer comment la lumière modèle le sujet. Je ne lâche pas tant que je n’ai pas quelque chose qui tient la route.Il ne faut pas oublier que l’homme et le gorille ont des origines communes et font partie selon la théorie de l’évolution de la même famille des grands singes. Il n’est donc pas étonnant que l’on puisse lire sur le visage du singe une expression « humaine ».
L’émotion serait-elle la même si le cliché était en couleur ?Je ne sais pas. Sans doute que oui. Il y a aussi des portraits très émouvants en couleur. L’important n’est pas le noir et blanc ou la couleur, c’est la qualité de la lumière, l’intensité d’un regard, l’harmonie qui se dégage de l’ensemble… L’essentiel est de faire passer une émotion, et qu’importent les moyens utilisés.Cela dit, le noir et blanc est souvent utilisé en photographie de portrait. On a coutume de dire qu’il renforce les expressions… C’est mon outil préféré.Comment travaillez-vous pour ne pas déranger les animaux ?
Je reste à distance respectable la plupart du temps pour interférer le moins possible sur leur quotidien. D’où l’intérêt d’avoir un long téléobjectif comme le 600mm et comme j’aime bien remplir l’image, rentrer dans le sujet, c’est l’optique que j’utilise le plus. Et puis je suis plutôt focale fixe et pas très zoom parce qu’on a souvent tendance avec un zoom à cadrer trop large.J’essaie de comprendre la situation, le comportement des animaux, ce qu’ils peuvent ressentir notamment leur niveau d’anxiété par rapport à ma présence car les animaux agissent toujours pour de bonnes raisons. Est-ce que vous vous êtes mis en danger pour certaines photos ?Concentré sur la prise de vue, on oublie facilement le danger. Par inattention, il m’est arrivé de me mettre dans une situation potentiellement risquée. Avec un hippopotame par exemple, je m’étais approché à pieds un peu trop près de lui et il me l’a fait savoir. Il m’a fallu prendre mes jambes à mon cou avec le 600mm sur l’épaule. Une grosse frayeur parce qu’un hippo est plus rapide qu’il n’en a l’air…Avec l’expérience, on apprend à ne pas trop s’approcher pour ne pas mettre les animaux en danger et ne pas s’y mettre soi-même. Les photos ont-elles été prises en pleine savane ou dans un parc de sauvegarde ?En Afrique, à cause de l’activité humaine, comme presque partout ailleurs sur cette planète, il n’y a aujourd’hui pratiquement plus d’animaux en dehors des zones protégées. Ce qu’il reste de vie sauvage se concentre dans les réserves et les parcs nationaux. Ces espaces sont à la taille du continent : ils sont souvent immenses mais ils sont dérisoires par rapport à ce que la faune africaine a pu connaître avant l’arrivée de l’homme blanc il y a 150 ans. Il est clair que pour nous, occidentaux généralement urbains qui débarquent sur le continent, tant d’espace nous donne d’abord l’impression d’une immensité. On a le sentiment que tout est grand, presqu’infini. Et pourtant, les territoires d’Afrique encore disponibles pour les espèces sauvages ne sont que des miettes accordées par l’Homme et qui se raréfient chaque jour un peu plus.Donc, à votre question si mes images ont été prises en pleine savane ou dans un parc de sauvegarde : je réponds les deux à la fois.
Vous avez été récompensé à Londres pour l’image « Queue de lionne » en octobre 2007. Êtes-vous fier de cette reconnaissance ?Je suis fier de cette reconnaissance car le prix du musée d’histoire naturelle de Londres est l’un des plus prestigieux au monde. Je concours cependant peu et 2007 a été ma première participation. Mon prix a été une vraie satisfaction car c’est aussi une manière de faire partager son travail et son regard. Chaque photo récompensée à ce concours a le privilège d’être exposée pendant plusieurs semaines dans le musée et ainsi de toucher des dizaines de milliers de personnes.
Pourquoi cet engouement pour l’Afrique ?Dans un monde surpeuplé d’humains qui ne jurent que par le progrès, la croissance et le développement sans réelle conscience
de l’urgence d’endiguer cette expansion destructrice irraisonnée, l’Afrique, ou du moins ce qu’il en reste, est l’un des derniers endroits où l’on peut sentir toute la force et la beauté de la vie sauvage. J’imagine combien cela devait être extraordinaire avant les grands massacres perpétrés par l’homme blanc depuis le milieu du 19e siècle : des troupeaux immenses libres de se déplacer sur des territoires adaptés à leurs besoins, la nature comme au premier jour…J’éprouve la plus grande tristesse à penser que L’Afrique véritable, celle des origines et qui demeurait intacte jusqu’à il y a une centaine d’années, sans doute cent fois plus peuplée d’animaux, a disparu pour toujours, ne laissant pour tout vestige que des territoires morcelés que l’homme moderne étouffe inexorablement.Les grands mammifères terrestres me fascinent et il se trouve que les derniers spécimens vivent pour la plupart en Afrique. Forts et fragiles à la fois, ils touchent ma sensibilité, me font m’émouvoir à chaque nouvelle rencontre. Ils sont une source d’inspiration infinie… Et puis la grande faune africaine, ô combien menacée, a encore besoin, maintenant plus que jamais, de personnes qui témoignent de sa valeur inestimable. Rappelons simplement qu’au cours de ces vingt dernières années, la population d’éléphants en Afrique a été divisée par deux. Globalement, la biodiversité de la planète s’est érodée d’un tiers depuis que je suis né. C’est énorme. C’est le constat impuissant d’un massacre affligeant qui se poursuit quotidiennement sous l’action des hommes. Une extinction massive programmée… Avez-vous été témoin d’une chasse entre un fauve et sa proie ? Si oui, pouvez-vous nous décrire la scène ?Oui, à plusieurs reprises. En Afrique, le cycle naturel de la vie et de la mort est constamment présent. J’ai beaucoup de mal à vous le décrire. Je crois que cela ne se raconte pas, ça se vit. En tous cas, je n’aurai pas de mots assez forts pour vous retranscrire toute l’intensité d’un moment si particulier. D’une manière générale, je m’exprime plus facilement avec des images qu’avec des mots.
Avez-vous été témoin d’une naissance d’un animal sauvage ? Avez-vous pu immortaliser cet instant ?Je ne suis pas photographe animalier au sens naturaliste du terme. Je ne suis pas à la recherche d’images de comportement animal, même s’il m’arrive d’en capter, pour chercher à expliquer leur vie. Seul le beau m’attire, l’émotion d’un instant, le hasard d’une rencontre, l’ambiance d’une lumière, une silhouette, un contre-jour, un jeu d’ombres… De plus, il est vraiment rare d’assister à une naissance car les animaux sauvages sont craintifs et la mise bat nécessite calme, repos et sécurité. Ils cherchent souvent l’isolement. Vous avez immortalisé une empreinte d’animale dans la terre. Il en ressort une émotion particulière. Pouvez-vous nous l’expliquer ?
C’est sans doute parce que c’est tout ce que l’on pourra laisser à nos enfants : des empreintes, des ossements… et quelques photos. Pendant tout ce reportage photo, quel a été votre moyen de transport pour ne pas déranger les animaux ?L’approche des animaux d’Afrique, à de rares exceptions, n’est possible qu’en voiture. C’est ce qui semble le moins les déranger à condition de respecter certaines règles, contrairement à la silhouette humaine qui les fait souvent fuir car elle est synonyme d’une menace certaine. Quel est votre prochaine expédition photographique ?L’Afrique encore : je partirai au Bostwana que je ne connais pas encore pour y découvrir notamment le Delta de l’Okavango, un lieu que l’on dit encore exceptionnel. C’est un endroit unique lui aussi menacé notamment par le réchauffement climatique. Dans un projet à plus long terme, je rêve de faire l’inventaire de tous ces morceaux de vie sauvage, ces dernières poches de résistance, ne serait que pour me faire une idée un peu plus précise de ce qu’a pu être la grandeur de ce continent sauvage libre de l’empreinte de l’homme moderne.
Avez-vous envie de photographier d’autres thèmes ?Bien sûr. Je vais poursuivre mes travaux personnels toujours autour de la vie animale qui me passionne terriblement, plus que celle des hommes… Sinon, je continue à photographier le sport qui, comme je vous l’ai dit, constitue actuellement l’essentiel de mon activité.Je travaille en ce moment sur la refonte de mon site internet laurentbaheux.com et vous verrez bientôt d’autres images d’Afrique et de vie sauvage, des photos de sport et d’autres sujets articulés autour de ma passion du noir et blanc.
Pour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs de Photovore.fr ?Du fait de mon travail dans le sport qui se fait toujours dans l’urgence de l’actualité, le web m’est devenu indispensable : il faut transmettre le plus rapidement possible les meilleurs clichés pour illustrer l’article du lendemain. J’aime aussi chercher sur le Net les informations dont j’ai besoin et Photovore.fr fait partie de ces sites spécialisés où le sujet photographique au sens large est bien abordé. Nouveautés, actualités, il est régulièrement la vitrine du monde de la photo et ce fut un réel plaisir et honneur de faire partie de vos interviewés. Pour conclure, j’espère que les lecteurs de Photovore.fr auront passé un agréable moment en ma compagnie et je leur dirai, eux que j’imagine passionnés ou curieux de photographie, qu’ils n’hésitent pas à laisser s’exprimer et à aiguiser leur propre regard qui est forcément unique.Merci Laurent d'avoir répondu à nos questions, nous te souhaitons une excellente année photographique !Voir le site du photographe Laurent Baheux, Terre des Lions. |
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sans
9 mai 2010 à 12h18
trop belle les images !!
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robin
21 oct 2011 à 20h53
merci pour cette belle pensée
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GUITON
26 oct 2011 à 16h08
Bonjour!
photos magnifiques, je suis content d'apprendre et de découvrir le trvail réalisé par Laurent que j'ai connu il y à 25 ans à Poitiers alors qu'il était lycéen !
photos magnifiques, je suis content d'apprendre et de découvrir le trvail réalisé par Laurent que j'ai connu il y à 25 ans à Poitiers alors qu'il était lycéen !
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