La photo vue par Christophe Perelle

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Découvrons ensemble cette semaine le travail photographique de Christophe Perelle. Photographe animalier depuis de nombreuses années, Christophe arpente la basse Normandie pour observer et photographier différentes espèces d’animaux. Christophe utilise essentiellement la technique de l’affût pour réaliser ses images car elle permet une certaine proximité avec l’animal. Il se glisse dans la vie de ces animaux sans les déranger. Depuis 2004, ces photographies sont distribuées par l’agence photographique BIOS spécialisée dans la nature et l’environnement et sont régulièrement utilisées par les associations naturalistes de sa région, la Normandie.Bonjour Christophe, comment est née cette passion pour la photo ?Bonjour Maxime. Ma passion pour la photographie animalière me vient de mon père et de mes oncles. A la maison il y a toujours eu des appareils photos mais c’est seulement vers 10 ans que j’ai commencé à avoir le droit d’en prendre un. A chaque retour de voyage ou de sorties de mon père j’attendais avec impatience le développement des diapos, s’en suivait alors une projection c’était aussi pour moi l’occasion d’apprendre les différentes espèces d’oiseaux, un bon exercice …Par la suite j’ai accompagné mon père lors de ses sorties et ça fait maintenant une bonne vingtaine d’année que cela dure…cerf Pouvez-vous nous parler de votre région, votre espace de photographie ?Je vis en basse Normandie et plus précisément dans le Calvados, c’est une région que j’affectionne car elle possède une multitude de milieux avec chacun des espèces phares. J’ai cependant une réelle attirance pour la plaine, on a l’impression au premier abord que c’est un désert au niveau faune ou flore et en regardant de plus près on s’aperçoit que c’est en fait un milieu assez riche. J’aime également découvrir d’autres endroits en France comme par exemple les marais salants de Guérande, la Brenne et ses étangs ou les Pyrénées « montagne sauvage ».Quels sont, selon vous, les atouts nécessaires pour devenir photographe animalier professionnel ?chevreuilDe nos jours je dirais une grosse dose de persévérance, un sens du commerce, un bon stock d’images, une motivation hors du commun et être polyvalent en faisant certes des images mais peut être aussi en organisant des stages de prises vues, de traitement de l’image, etc.Depuis un certain temps le prix des images est en chute libre, alors qu’il y a toujours une forte demande, certains disent que c’est à cause du numérique et des amateurs, personnellement je ne pense pas que ça soit la raison majeure. D’ailleurs je n’ai pas observé une baisse du prix des magazines ou des livres bien au contraire. Combien de photo avez-vous dans votre photothèque, et comment les stockez-vous ?Hou là ça c’est une colle, je n’ai jamais vraiment compté, mais en prenant mes dias et mes fichiers numériques je pense qu’on doit être proche des 10000.Pour le stockage les dias sont mises dans des panodias qui sont ensuite rangées dans des classeurs et pour les fichiers numériques sur différents disques durs. Mon mode de classement est assez simple un dossier pour chaque espèce. J’ai donc sur mon disque dur un dossier Raw dans lequel je classe chaque espèce, un dossier Tiff de certaines de mes images car je ne convertis pas toutes mes images. Je renomme tous mes fichiers Raw de la sorte : Nom de l’espèce.année.numéro de prises de vues, ce qui peut donner par exemple mouette rieuse.2008.10235Quels matériels photos utilisez-vous et comptez-vous évoluer vers le 24x36 ?Je suis équipé en Canon car à mes débuts n’ayant pas assez de budget j’empruntais les objectifs de mon père qui était en Canon, depuis j’ai continué avec cette marque. En argentique j’ai donc eu un EOS 50E et un EOS 5, du coté numérique j’ai un EOS 20D et un EOS 1D Mark 2.Pour les objectifs ça va du grand angle au Télé avec un 17-40 mm, un 90 mm macro, un 70-200 mm et un 500 mm auxquels j’ajoute de temps en temps un multiplicateur 1.4. J’ai longtemps possédé un 100-400 mm le couteau suisse de la photo que j ai remplacé par le 70-200 mm plus pratique pour les reportages.Pour l’instant le passage au plein format n’est pas d’actualité, mon sac est déjà bien assez lourd à porter.harfangQuels matériels informatiques, accessoires, logiciels, utilisez vous en reportage ou hors reportage ?A la maison j’ai un PC avec Windows XP et 2 disques durs externes de 350 gigaoctets, mes Raw sont travaillés à partir de Rawshooter puis ensuite le Tiff et les Jpeg avec Photoshop CS3.Je suis en train de me mettre à Lightroom pour le traitement des Raw qui me semble vraiment performant, surtout pour la gestion des mots clés.Sur le terrain ça dépend un peu de la durée des sorties, si c’est une journée je prends plusieurs cartes (j’ai environ 12 gigaoctet de cartes) si je pars plus longtemps j’emporte avec moi un PC portable qui a les mêmes logiciels que mon PC de maison, ce qui me permet un premier tri et surtout de commencer à classer mes images par espèce. Comme avec le numérique on devient parano de la disparition des fichiers j’emporte également un disque dur externe 2.5.Dans quels formats d’images travaillez-vous, en Jpeg ou en Raw et pourquoi ?Je travaille en Raw car c’est un format non compressé et qui comporte le maximum de détail, c’est un peu la diapo numérique. Les fichiers sont certes plus lourds et sur une carte on en met moins que des Jpeg mais je préfère privilégier la qualité des fichiers, surtout que le prix des cartes mémoires a vraiment baissé.Pouvez-vous nous expliquez quels sont les avantages des objectifs à focales fixes ?photo d'oiseauLes avantages d’une focale fixe sont généralement la qualité optique et la luminosité de meilleure qualité que sur les zooms, cependant il y a de très bons zooms comme le 70-200 ou le 200-400 de chez Nikon. Dans certains cas la focale fixe peut être un handicap car on peut être trop près et du coup couper le sujet. Ce n’est pas toujours évident de faire un choix. Lors de mes affûts j’emporte souvent mon 70-200 pour compléter mon 500 mm.Quel est, selon vous, l’objectif idéal pour la photographie animalière ?Je te répondrais que ça dépend de ton domaine de prédilection, le 180 macro peut-être idéal pour celui qui fait des papillons, une longue focale pour faire des mammifères, etc.J’adore travailler au 500, il m’arrive parfois de faire des fleurs ou des papillons avec cette focale, ça donne une autre dimension aux images. Lorsque je travaille sur un sujet j’essaie si c’est possible de prendre différente focale. Quel regard avez-vous sur le matériel photo et quelles sont, selon vous, les plus belles évolutions de ces dernières années ?Depuis que j’ai commencé le matériel a bien évolué, je me rappelle le temps où fallait faire la mise au point à la main et mettre la barre dans le cercle pour l’exposition. L’autofocus est pour moi une très belle évolution cela a permis de réellement voir de nouvelles choses surtout dans le domaine de l’animalier. Aujourd’hui je trouve que les boîtiers changent trop rapidement avec peu d’évolution à chaque fois.Développez-vous certaines de vos photos sur papier et par quel service ?Il m’arrive de développer des images, je passe par un laboratoire près de chez moi ou par Photoweb et récemment pour les besoins d’une exposition sur la Guifette Moustac « à fleur d’eau » j’ai travaillé avec Pascal Bourguignon « déclic éditions ».guifette moustacQuelle est votre approche préférée, la billebaude ou l’affût ? Pouvez-vous nous donner quelques conseils ?Je préfère la technique de l’affût car si celui-ci est bien installé il se révèle être très efficace. Par contre il demande plus de préparation surtout au niveau des repérages, il m’arrive de passer plusieurs heures avant d’en placer un. Une fois mis en place lorsque l’animal convoité se trouve à quelques mètres de vous sans avoir la moindre inquiétude c’est un réel bonheur. Avec la billebaude je trouve qu’on finit trop souvent par une fuite de l’animal.Vos photos sont distribuées par l’agence BIOS, comment se déroule cette collaboration ?Je suis chez Bios depuis 2004, c’est vraiment une équipe très sympathique et compétente, à l’écoute de ses photographes, ils ont fêté l’année dernière leur 20 ans, c’est une bonne preuve de sérieux je pense. Pour expliquer un peu l’organisation avec Bios, je leur propose une sélection de mes dernières images en basse définition, il me renvoie ensuite la liste des images qu’ils ont sélectionnées et je leur fourni cette sélection en Tiff sur DVD. Après ils se chargent de les commercialiser. De magnifiques photos de rapaces, quels conseils donneriez-vous pour les approcher ?En France, ils sont assez craintifs, faut dire qu’ils ont été pas mal persécutés. Les conseils que je pourrais donner c’est de bien observer leurs habitudes, ils ont souvent des perchoirs qu’ils affectionnent soit pour repérer leur proie ou pour se reposer, après mettre un affût assez loin et le rapprocher si possible progressivement. Les rapaces ont un œil très affûté et détecte le moindre geste, ça prend du temps mais quand ça fonctionne, ce sont des oiseaux fascinant à observer.hibou des maraisQuels sont les cinq règles ou conseils que vous donneriez aux lecteurs de Photovore pour réussir une bonne photo ?Connaître l’espèce que l’on désire photographier, aller sur le terrain pour les repérages encore et toujours, connaître un minimum son matériel et prendre du plaisir à faire ça.Que pensez-vous et quel regard avez-vous sur la photographie d’aujourd’hui ?La photographie nature a pas mal évolué depuis quelques temps, on s’aperçoit que cela intéresse du monde, que cela suscite des envies, je trouve ça plutôt positif si l’image arrive à sensibiliser…Après je trouve qu’il y a quand même des gens qui mettent la charrue avant les bœufs, c’est à dire qu’ils veulent tout photographier sans vraiment connaître leur sujet, cette démarche peut avoir de lourdes conséquences sur un milieu ou une espèce. Les conseils que je pourrais donner c’est de prendre son temps, apprendre à connaître une espèce en l’observant aux jumelles dans un premier temps est déjà un réel plaisir et ce n’est surtout pas du temps de perdu.Constatez-vous une dégradation de la biodiversité et de l’environnement ?Oui malheureusement, étant proche de la mer on voit régulièrement des boulettes de mazout sur la plage ou des oiseaux échoués mazoutés, énormément de déchets sur le sable etc. Je pense que les photographes ont également un rôle à jouer en montrant aussi les mauvais cotés. Des images choquantes entraînent souvent des réactions (suffit de voir par exemple le massacre des bébés phoques ou des baleines.)Protéger les espèces à l’autre bout de la terre c’est bien mais n’oublions pas aussi que juste à coté de chez nous on peut également agir, c’est pourquoi avec des amis ornithologues ont mis en place un groupe de protection du busard dans la plaine de Caen, cela consiste à repérer les nids dans les champs de céréales et de prendre contact avec les agriculteurs pour baliser le nid durant les moissons. C’est un gros boulot, mais sans intervention humaine il y aurait peu de busards à l’envol… un des effets de la modernisation agricole. Même si cette question reste difficile, quelle est votre photo préférée, votre plus beau souvenir ?Effectivement c’est assez difficile, je dirais que j’en ai plusieurs comme celle du hibou des marais, de l’Harfang des neiges ou du grand tétras, ce ne sont pas des images techniquement parfaites, mais c’est pour moi de grand moments d’émotions, de vieux rêves de gamin que j’ai pu concrétiser.grebe a cou noirQuelle scène animalière ou de nature rêveriez-vous d’immortaliser ?Une rencontre avec l’ours des Pyrénées, je me contenterais même d’une observation aux jumelles et même de loin. A chacune de mes visites j’y pense c’est d’ailleurs ce qui fait, je trouve, le charme de ces montagnes. Ça renforce ce coté sauvage. J’espère seulement qu’on trouvera un jour un terrain d’entente et qu’on laissera évoluer ces ours comme on peut le faire en Finlande ou dans les pays de l’Est.Avez-vous déjà été confronté à des situations atypiques, avez-vous des anecdotes ?J’ai une histoire que j’aime bien raconter, c’était au printemps sur une plage du calvados j’étais allongé sur le sable sous des filets de camouflages pour photographier le Gravelot à collier interrompu tout se passait très bien lorsque tout d’un coup j’ai vu le Gravelot inquiet à travers le viseur, en relevant la tête je me suis aperçu que j’étais observé par un drôle d’oiseau intrigué par cette masse allongé sur le sol : c’était un naturiste… Je n’ai pas bougé pour ne pas compromettre mon affût mais j’avais le sourire jusqu’aux oreilles en imaginant la scène…Selon "Christophe Perelle", quelles sont les caractéristiques d’une photo réussie ?Une image qui provoque des émotions chez la personne qui la regarde est une bonne photo pour moi. Je pense qu’il faut prendre du recul par rapport à la technique, des règles de cadrages etc. Pour apprécier une image.grand tetras Comment voyez-vous la suite de votre aventure en tant que Photographe ?J’espère continuer à prendre autant de plaisir à faire des images, de pouvoir découvrir de nouvelles régions et de montrer à mon fils la beauté et la fragilité de dame nature.Quelles questions aimeriez-vous poser à un photographe comme Vincent Munier ?Je lui demanderais t’écoutes quoi en ce moment Vincent ? Pouvez-vous nous donner votre actualité à venir, exposition, reportage, voyage, livre, etc. ?Mon actu, je viens d’avoir quelques images de publiées dans un magazine local qui s’appelle au fil de la Normandie qui a traité un dossier sur la Normandie sauvage, j’accompagne un voyage en Finlande spécial photo avec rencontre de l’ours brun, du grand tétras et du tétras lyre avec Thomas Roger de regard du vivant en mai et un projet de livre qui je l’espère verra le jour…mouettePour finir, avez-vous une remarque à faire sur le site Photovore.fr et aux lecteurs ?J’ai découvert Photovore grâce à des interviews de copains que vous aviez réalisés, c’est un site complet très plaisant à consulter. On y apprend pas mal de choses… Merci.Merci Christophe d'avoir répondu à nos questions et merci pour ces commentaires sur Photovore...Voir le site du photographe Christophe Perelle.Rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle interview, n'hésitez pas à vous abonner gratuitement à Photovore pour rester informer des dernières actualités photo.
Avatar de Julien Boisard
17 mar 2009 à 19h00
Magnifiques photos ! J'ai vu ton article sur "fil de la Normandie" et c'est vraiment bluffant ! Félicitations.
En tant que bas-normand également (je suis sur Lisieux), n'hésites pas à me contacter si tu veux partager des lieux de shooting ;-)
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